‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 156 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XXI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XXI

l'Ordre et alors exilé comme eux. C'est ce noyau qui rétablit en France les couvents de religieux Carmes. Sa charité s'étendait à toutes les bonnes œuvres : favoriser les vocations au sacerdoce, éclairer et consoler les âmes, soulager les pauvres, venir au secours des églises délaissées et des missions : en un mot, tout ce qui intéressait la gloire de Dieu et le bien du prochain trouvait auprès d'elle le concours le plus empressé, le plus généreux ; elle avait peu de ressources, mais beaucoup d'industrie et de confiance en Dieu.

Dans une longue maladie qui mettait ses jours en danger, la révérende mère Marie de l'Incarnation entendit la voix de Notre-Seigneur au moment le plus désespéré ; il lui avait dit : Je te rends la vie, pour travailler et pour souffrir. Cette parole se vérifia à la lettre; la servante de Dieu revint à la vie et la consuma tout entière dans les douleurs et les travaux. Le Seigneur l'avait choisie pour être l'ange de la communauté au milieu de ses épreuves, et l'admirable instrument de ses desseins. Déjà cette digne mère avait pris une part active aux efforts des anciennes mères pour rendre au couvent de Tours ce que lui avait enlevé le malheur des temps; mais le calice n'était pas épuisé et d'autres sacrifices se préparaient. L'intelligente et respectable prieure sut triompher avec avantage de toutes ces circonstances difficiles ; son dévouement sans bornes se déploya surtout lorsqu'il fallut, une fois encore, changer de monastère. L'entreprise était douloureuse et délicate tout à la fois : mais la volonté divine se manifestait et la chère mère ne savait qu'obéir.

Elle trouva impuissant appui près de S. Em. Aigrie cardinal Morlot , alors archevêque de Tours , et de M. Aileron, curé de Notre-Dame la- Riche, supérieur de la communauté. L'un et l'autre ont acquis un droit éternel à la reconnaissance du monastère de Tours par

les importants services qu'ils lui ont rendus pendant de longues années et surtout au moment delà reconstruction nouvelle. Dieu bénit cette entreprise en donnant des preuves manifestes de sa protection. Le nouveau Carmel peut être justement appelé le monument des bienfaits de la providence et le chef-d'œuvre de la mère Marie de l'Incarnation. Elle venait d'y établir ses chères filles lorsque le divin Maître lui en ravit plusieurs et les appela au séjour de la paix. L'une d'elles avait dit en arrivant à la nouvelle demeure : Nunc dimittis ; car elle ne desirait plus rien que la visite de l'Époux. C'était une âme d'élite, victime de la piété filiale. Pour sauver l'àme de sa mère qui était dans un péril imminent, elle se rendit nu-pieds à un lieu de pèlerinage et y fit vœu de se consacrer à Dieu par la vie religieuse. Elle entra généreusement au Carmel et y vécut trentetrois ans, dont trois en pratiquant la règle, et trente dans un état continuel de souffrance et d'immolation. Sa nourriture n'était suffisante que pour l'empêcher de mourir; elle ne se couchait jamais, et toutes ses nuits se partageaient entre la douleur et la prière. Un peu avant minuit, elle se rendait au chœur pour adorer le Verbe anéanti, trouvant dans la contemplation de ses mystères d'ineffables délices qui lui faisaient ou blier les heures. Au milieu de ses cruelles souffrances, dont on n'a jamais bien connu ni la cause ni le caractère, elle ne perdait rien de son union intime et continuelle avecDieu, de sa sérénité, de sa douceur. Toujours joyeuse et confiante, son àme se perdait dans l'océan des divines miséricordes, et par ses manières aimables, cette bonne sœur faisait l'étonnement et l'édification de tous ceux qui la voyaient. Ce Ions: martyre la consuma; elle s'éteignit doucement quelques instants après avoir dit ces paroles : Seigneur , je remets mon âme entre vos mains. Elle se nommait Cécile de Jésus.

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