‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 157 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XXI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XXI

Le zèle de la révérende mère Marie de l'Incarnation, vraie fille de l'Église et de sainte Térèse, s'étendait à tout : elle ne négligeait aucune occasion de leur témoigner son filial dévouement. Il se fit surtout admirer en deux circonstances solennelles : la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception et le jubilé obtenu pour célébrer les trois cents ans écoulés depuis la réforme du Carmel par sainte Térèse. Les fêtes qu'elle donna alors portaient le double caractère que sa piété imprimait à toute chose : dignité, simplicité; on y voyait l'élan de son cœur. Elle voulut que le fac-similé de la profession de sainte Térèse selon la première règle figurât avec honneur dans les décorations du triduum, désirant proclamer ainsi hautement son amour pour la réforme. On devait cette pièce intéressante au zèle du révérend père Marcel Bouix, dont le nom est désormais inscrit au rang des plus insignes bienfaiteurs du Carmel. Tous les enfants de sainte Térèse en France et en Belgique lui doivent la traduction pure et fidèle des écrits de leur séraphique mère, trésor inappréciable que Tàme si carmélite et si reconnaissante de la vénérée mère Marie de l'Incarnation ne pouvait se lasser de goûter, en bénissant l'auteur et l'instrument d'un tel bienfait. Cette digne religieuse possédait éminemment l'esprit de sa sainte mère dont elle rappelait les vertus autant que le caractère fort et généreux. Lorsqu'il s'agissait de la gloire et des œuvres de Dieu, rien ne pouvait ébranler son courage, parce qu'elle s'appuyait toujours sur l'esprit de foi. Toutes ses actions en étaient empreintes; elle travaillait avec une ardeur infatigable à soutenir la règle et* les anciens usages tels qu'elle les avait reçus des vénérables mères de qui elle tenait ce dépôt sacré. Aussi elle répétait souvent à ses filles, pendant sa dernière maladie : Conservez bien l'esprit de notre saint Ordre, ne souffrez pas qu'il s altère jamais parmi

vous; mon Dieu, ne permettez pas ce malheur! Sainte Térèse lui avait encore légué son amour pour la souffrance; aucun genre de douleur et d'épreuve ne lui fut épargné ; elle ne se rappelait pas, à la fin de sa vie, avoir passé un seul jour sans souffrir; tantôt dans son esprit, parles soins et les sollicitudes; tantôt dans son cœur, par les anxiétés, les sacrifices, les pertes douloureuses de tout ce qui lui était cher au monde ; dans son àme, par les peines souvent cuisantes de l'ordre surnaturel; enfin dans son corps, par des maladies fréquentes, des infirmités habituelles : pendant plusieurs aimées elle fut privée de la vue, ce qui devint pour elle la source des plus pénibles sacrifices. Jamais sa mâle énergie ne s'étonna de ces tourments ; elle les acceptait avec une sérénité sans égale et un courage surhumain. Ses vertus ne furent pas moins héroïques que son courage : on voyait briller en elle la foi, la confiance, l'humilité, l'amour de la pauvreté et de la simplicité évangéliques; sa douceur était incomparable; une charité sans bornes mettait le plus précieux et dernier diamant à cette admirable auréole.

Le ciel était jaloux d'une si belle àme ; toutefois l'Époux divin voulut la purifier encore pour la rendre plus digne de lui. Pendant la dernière année de sa vie. la vénérai île mère eut à endurer un véritable martyre: mais sa soumission et sa patience restèrent inébranla blés. Jamais il ne lui échappa une plainte, un regret, un geste même, qui ne fût en harmonie avec la volontc de Dieu. On ne pouvait même pas surprendre sur soi visage impassible et serein l'expression de l'abattement ou de l'ennui. Cependant ses souffrances étaien extrêmes et sans relâche ; aucun remède, aucune positionne les soulageait ; les nuits surtout se passaien dans de cruelles tortures, qui obligeaient cette chère malade à quitter son lit pour s'étendre sur le plancher,

Page 1