‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 160 sur 239 · LIVRE III, CILYP. XXII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CILYP. XXII

nieuse à l'honorer que fidèle à l'imiter. C'est au moyen de ces pieux exercices qu'elle se disposa cala grâce de la profession. Elle avait acquis déjà un degré de vertu si élevé, que son recueillement était continuel; elle avoua que pendant la retraite de dix jours qui précéda son sacrifice, elle avait deux fois à peine levé les yeux. On peut dire que toute sa vie religieuse ne fut qu'une course rapide vers le sommet de la perfection; sa piété tendre et naïve se manifestait de mille manières et lui inspirait d'ingénieuses pratiques, soit envers le Saint Enfant Jésus dont elle imitait l'obéissance et la vie cachée, soit envers le Saint-Sacrement de l'autel qui captivait tellement son cœur qu'elle se disait « heureusement liée à ses pieds, » soit enfin pour honorer la sainte Vierge et les saints. Pendant la sainte messe, elle versait quelquefois d'abondantes larmes; à l'oraison, elle était perdue et absorbée en Dieu. Sa demeure ordinaire était le sacré Cœur de Jésus : c'est dans cette fournaise ardente qu'elle a puisé tant de lumières pour elle et pour les autres ; c'est là qu'elle a découvert d'immenses trésors de grâce et de miséricorde ; elle s'y réfugiait dans toutes ses peines et dans tous ses besoins.

a L'humilité de la sœur Saint-Pierre était la base solide de toutes ses vertus : aidée de la grâce, cette âme fidèle faisait de l'humiliation sa plus délicieuse nourriture, et elle parvint à se délivrer de ces retours d'amour-propre qui gâtent les meilleures œuvres. Elle a été d'une obéissance si exacte qu'à son dernier moment elle a pu dire : Ce qui fait ma consolation à la mort, c est d'avoir toujours obéi... Elle pratiquait la mortification d'une manière aussi pariaite qu'étendue, étudiant toutes les occasions du sacrifice dont elle était saintement affamée. Jamais on ne la surprit en défaut sur ce point. Elle était si fidèle aux moindres

observances qu'on pouvait la regarder comme une règle vivante, et qu'il eût suffi de la suivre attentivement pour connaître et aimer le devoir; car sa vertu avait tant de simplicité, d'aisance, de gaieté même, qu'on voyait en elle le type d'une véritable Carmélite. Elle savait se rendre aimable à tout le monde, malgré l'extrême violence qu'elle était souvent obligée de se faire pour se produire au dehors et pour interrompre son occupation intérieure avec Dieu.

« Les regards du divin Maître se fixaient avec amour sur cette àme généreuse, et au moment marqué par sa providence, il lui communiqua les plus intimes secrets de son cœur adorable. Dès Tannée 1843 et pendant les suivantes, Dieu lui accorda des faveurs extraordinaires par lesquelles il lui annonça que sa justice était irritée à cause des péchés des hommes, qu'il châtierait la France coupable et frapperait avec d'autant plus de rigueur qu'il aurait plus longtemps attendu. Pressée fortement par le mouvement de la grâce, elle s'offrit à Dieu pour apaiser sa colère : alors il lui inspira, comme un puissant moyen de la désarmer, rétablissement d'une association réparatrice. Elle vit dans le sacré Cœur de Jésus le désir, le besoin même qu'il a de faire miséricorde, n'y mettant pour condition que la réparation des outrages faits à son divin Père. Elle reçut de vives lumières sur la Face adorable de Notre-Seigneurqui devait être l'objet sensible de la réparation, comme le Cœur de Jésus est l'objet sensible de son amour pour les hommes. De plus, dans une de ces communications, Notre-Seigneur fit à la sœur Saint-Pierre cette consolante promesse : Parce que vous avez honoré ma face couverte de plaies par les pécheurs, je renouvellerai en vous, à Vheure de votremort, l'image de Dieu, et tous ceux qui contempler ont sur la terre les claies de ma face, la verront un jour rayonnante de

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