‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 161 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XXII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XXII

gloire dans le ciel. Que de prières, que de larmes, que de souffrances furent pour cette chère sœur le résultat de ces inspirations î Elle avouait tout à ses supérieurs avec la plus grande naïveté et se soumettait comme un enfant à leurs décisions. Ils employèrent tous les moyens que dicte la prudence en pareille occasion; pour s'assurer de l'esprit qui animait la sœur, ils l'éprouvèrent en lui donnant des fonctions distrayantes, en lui défendant de s'occuper des choses qui se passaient en elle ; toujours il la trouvèrent humble et docile. Malgré les obstacles, Dieu permit que l'œuvre inspirée à sa servante se réalisât. Par un concours de circonstances providentielles, l'association réparatrice des blasphèmes et de la violation du dimanche fut érigée canoniquement par Mgr Parisis, dans la paroisse de Saint-Martin, diocèse de Langres, en juin 1847. Comblée des bénédictions de notre Saint-Père Pie IX, qui voulut être inscrit en tête des associés, elle s'est répandue dans le monde entier avec un immense succès.

« Dès qu'elle vit cette œuvre accomplie, la sœur Saint-Pierre crut que sa mission sur la terre était terminée et elle prédit sa mort prochaine. Effectivement, dès le 30 mars de l'année suivante, Notre- Seigneur lui dit : Votre pèlerinage s'avance, le terme du combat approche, vous verrez bientôt ma face dans le ciel, je vais vous purifier pour vous en rendre digne. À ces paroles, elle se prosterna, disant : Seigneur, je ne mérite que l'enfer. Peu de temps après, elle fut frappée d'une cruelle maladie de poitrine qui lui causa des tortures presque semblables à celles d'un purgatoire, car elle se croyait dans lb feu et aucun soulagement ne pouvait adoucir ses maux. Une fièvre ardente et continue la dévorait, sa gorge ulcérée laissait à peine passer quelques cuillerées de liquide, des plaies douloureuses ajoutèrent

à ses souffrances ; mais au milieu de ces tourments cette douce victime s'offrait sans cesse à Dieu avec une générosité héroïque pour les besoins de la sainte Église, pour le salut de la France, pour l'œuvre de la Réparation. Comme on l'engageait à demander du soulagement : Non, répondit-elle, en fait de souffrance et de sacrifice je n'ai jamais rien demandé à Dieu de particulier, mais aussi je ne lui ai jamais rien refusé. La pensée de sa mort prochaine la faisait tressaillir d'allégresse; on l'entendait répéter souvent : Mon heure est venue, bientôt tous mes liens seront brisés; quand, ô mon Dieu, vous verrai-je face à faceetsans voile? Cependant cette âme si pure eut à subir divers genres de martyre ; par moments, elle sentait comme le poids de la justice divine et on l'entendait s'écrier avec un accent douloureux : O mon Dieu, que vos desseins sont rigoureux! si Von savait ce que j 'endure; ô mon divin Époux, que vous m'êtes amer, vous qui êtes si doux! Mon amour est crucifié, et je suis crucifiée avec lui. Mon Dieu, je suis votre victime, ne m'abandonnez pas. Malgré ces inexprimables douleurs, la sœur Saint-Pierre conservait une paix profonde, mie sérénité admirable, et même dans ses courts instants de trêve, elle reprenait sa douce gaieté. Elle ne cessait de donner à la mère prieure des témoignages d'attachement et de reconnaissance ; après un rude combat pendant lequel cette bonne mère l'avait soutenue : Oh! disait- elle, qu'il fait bon de tout dire à ses supérieurs. Ses sœurs ne pouvaient se lasser d'admirer le beau spectacle de tant, de vertus : la chère mourante les recevait avec affection, recevait leurs commissions pour la patrie, et elle aimait à leur dire: Oh! mes sœurs, qu'on est heureuse de mourir Carmélite!

« Le moment de sa délivrance approchait. Quelques heures avant sa mort, sœur Saint-Pierre se rappelant que Notre-Seigneur lui avait promis de rétablir en son

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