LIVRE III, CHAP. XXII
àme à sa dernière heure l'image de Dieu, voulut renouveier les vieux de son baptême; elle fit le signe <!o la croix avec de l'eau bénite, comme symbole de la giàce qu'elle désirait recevoir. Après cette petite cérémonie, sa figure prit un air céleste: on eût dit que c'était un ange descendu du ciel, qui allait y remonter. Étrangère à tout le reste, elle ne cessait de prier, répétant : Jésus, Marie, Joseph ; Venez, Seigneur Jésus; Sit nomen Domini bénédiction. Bientôt on ne l'entendit plus, ses yeux se fermèrent, elle jeta un cri, dernier trait de ressemblance avec son divin Maître, et expira doucement, un samedi à midi, ainsi qu'elle l'avait désiré; c'était le 8 juillet 1848; elle n'avait pas trente-deux ans, et à peine en avait-elle passé neuf au Carmel.
« Son corps devant être enterré au cimetière commun, dans la partie réservée à la communauté, les Carmélites voulurent du moins garder son cœur ; ainsi ce cœur fut extrait, embaumé et placé dans une boite en forme de cœur, où on le voit à travers un cristal. Mais la dépouille mortelle de cette vierge ne devait être que passagèrement exilée du sanctuaire et du tabernacle, près desquels elle avait vécu, et où elle s'était consumée en véritable holocauste dans le feu de l'amour divin. En 1857, le cimetière de la ville ayant été transféré hors des murs, cette dépouille virginale fut rapportée au monastère. Elle repose maintenant dans la salle du chapitre, construite sous la nef de l'église, ayant devant elle le tableau de la sainte Face de Notre-Seigneur, irradiée des splendeurs du tabernacle, rafraîchie par la rosée $a sacrifice, et investie par les flammes qui débordent nuit et jour du cœur de Celui qu'elle aima uniquement en ce monde. »
A ces pages extraites des Annales manuscrites du couvent, nous joindrons un Document précieux qui
nous révèle une nouvelle face de la mission accomplie par la sœur Saint-Pierre en nous faisant connaître les rapports qui existèrent entre elle et la vénérable fondatrice de V Adoration-réparatrice, mademoiselle Dubouché, dont on écrit en ce moment la Vie. Les documents en sont fournis par les personnes qui ont eu des rapports intimes avec elle : c'est d'une de ces personnes qu'émane le document qu'on va lire. Il sera la première page offerte au public sur la vie de la fondatrice de la Réparation, et cette page ne pouvait être écrite d'une main plus fidèle.
« Sœur Saint-Pierre, entrée au Carmel depuis trois années seulement, édifiait la communauté par sa trèsvive dévotion envers l'Enfant Jésus, lorsque tout d'un coup, le 26 août 1843, elle vint se jeter après la messe aux pieds de la révérende mère prieure : Noire-Seigneur, lui dit-elle, vient de me donner ordre de dire et de faire dire, le plus souvent que je pourrai, l'invocation suivante relative au grand crime du blasphème: a Qu'à jamais soit loué, béni, aimé, adoré, glorifié, le très-saint, très-sacré, très-adorable, inconnu :, inexprimable Nom de Dieu, au ciel, sur la terre, dans les enfers, var toutes les créatures sorties des mains de Dieu, et par le sacré Cœur de Jésus au très-saint Sacrement de l'autel. »
« A partir du 26 août 1843, des communications fréquentes eurent lieu. Mais toujours, pour ne point paraître y attacher de l'importance, la mère prieure renvoyait la sœur en lui disant : Je n'ai pas le temps de vous entendre, mettez cela par écrit. Et quand l'écrit lui était remis, la prieure n'en prenait jamais lecture devant elle, et ne lui en parlait jamais, et cela pendant plus de cinq ans, c'est-à dire jusqu'à la mort de la so?ur Saint-Pierre, le 8 juillet 1848.
« La sœur Saint-Pierre n'avait pas tardé à déclarer que la sainte Face devait être le signe extérieur et