CHAPITRE VI
Du don de miracles accordé à la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy.
Depuis soixante ans Anne de Saint-Barthélémy travaillait à glorifier Dieu. L'Espagne et la France avaient été, tour à tour, le théâtre de son zèle. Pendant cette longue période, elle avait conquis le titre de très-fidèle et de très-invincible dans le service de Dieu. En retour, Dieu l'avait glorifiée en Espagne et en France, en faisant éclater au dehors sa sainteté; mais dans les Pays-Bas il voulut la glorifier en quelque sorte à la face de toute TÊglise. Il voulut montrer au grand jour com-
bien cette séraphique.vierge lui était chère, et de quel immense crédit elle jouissait auprès de lui. Il fit resplendir en elle ses grandeurs; il la traita en véritable épouse, mettent entre ses mains les trésors de sa grâce et de sa clémence. Il l'orna dans un degré incomparablement plus élevé qu'auparavant du don de miracles et de prophétie; il rendit son nom célèbre dans le monde entier, et enfin, par les grâces dont il ne cessa de l'enrichir, il la ht monter à vol d'aigle jusqu'aux plus sublimes hauteurs de la sainteté.
Nous traiterons, d'après les historiens, du don de miracles, du don de prophétie et du renom de sainteté qui illustrèrent cette vierge ; quant aux faveurs élevées qui couronnèrent les dernières années de sa vie, son propre récit nous en offre le tableau.
Et d'abord, relativement au don de miracles, voici une merveille qui brilla en elle, tout le temps qu'elle fut à Anvers. Les habitants de cette ville, qui avaient entendu parler des grandes choses que Dieu avait opérées par sa servante, en Espagne et en France, la regardèrent, dès son arrivée, comme une sainte toutepuissante par ses prières. Ainsi l'on recourait à elle pour les maladies et les maux du corps. On la suppliait d'en demander la guérison à Dieu, et l'on se tenait assuré que si elle priait elle serait exaucée. En présence de tant de suppliants, un combat s'éleva dans son âme entre son humilité et sa charité. Elle se confondait à la seule pensée qu'on pût croire qu'elle fût capable d'obtenir quelque chose par ses prières, et d'autre part, sa tendre compassion pour ceux qui imploraient son secours ne lui permettait pas de les abandonner. Quel fut donc le moyen qu'elle employa pour concilier les intérêts de ces deux vertus, l'humilité et la charité? Ce moyen, le voici : elle bénissait de l'eau et y trempait des reliques des saints qu'elle avait,