‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 178 sur 239 · LIVRE IV, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. VI

afin que tous les effets produits par cette eau fussent attribués non à elle, mais à l'intercession des saints et h la puissance de leurs reliques. Les intérêts du ciel et de la terre étant ainsi conciliés, la servante de Dieu ne comprima plus l'élan de sa charité, et elle montra la compassion de la plus tendre des mères pour tous ceux qui recouraient à elle. L'eau sanctifiée par sa bénédiction et par les reliques des saints était envoyée aux malades ; et ils n'en avaient pas plus tôt bu, qu'ils étaient guéris, au grand étounement de tous ceux qui en étaient témoins. Et quand ils venaient la remercier, elle disait humblement que la guérison n'était point due à ses prières, mais uniquement aux mérites des Saints dont les reliques avaient conféré à l'eau cette vertu. Ces miracles furent si continuels et en si grand nombre, qu'on peut les regarder comme un miracle continu. Après la mort de la vénérable Mère, ils furent examinés; et l'évêque d'Anvers, après avoir vu et pesé les dépositions des religieuses, après une mûre délibération, et de l'avis des théologiens et des médecins, les confirma et les approuva. Nous rapporterons ici le témoignage de quelques-unes des religieuses à ce sujet.

La mère Marie du Saint-Esprit, qui a exercé la charge de prieure au couvent d'Anvers, s'exprime ainsi : «La vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy « a guéri en ce lieu plusieurs fièvres avec l'eau qu'elle « bénissait, faisant trois croix et disant trois Ave Maria. « Et pour sauvegarder son humilité et couvrir le miracle, « elle trempait dans cette eau des reliques de saints. »

La mère Catherine du Christ raconte ainsi ce dont elle fut témoin, pendant qu'elle exerçait l'office de portière au couvent d'Anvers : « Tandis que j'étais « portière, il venait une grande quantité de gens pour « se recommander aux prières de notre bienheureuse

(( Mère, disant qu'ils suppliaient la sainte Mère de les « recommander à Dieu. Ne sachant pas d'abord dis- « cerner si par ce nom de sainte Mère, ils désignaient « notre sainte Mère Térèse ou notre sainte prieure, je u m'en informai, et j'acquis la certitude que, par cette a appellation, ils désignaient la vénérable mère Anne (t de Saint-Barthélémy. Tel était le renom de sa sain- « teté, et telles la foi et la dévotion qu'on avait à ses « prières, qu'on venait de toutes parts chercher poui ({ les malades de l'eaa qu'elle avait bénite; et les maa lades qui recouvraient la santé étaient en très-grand <( nombre. Il venait chaque jour tant de personnes av. a couvent, qu'elles ne donnaient pas peu d'occupatior (( aux portières ; et notre bienheureuse Mère prenai a plaisir à leur faire la charité. »

Les autres témoins de tant de miracles en parlen tous de la même manière.

Après cet exposé général des miracles de la servante de Dieu, nous en rapporterons quelques-uns en particulier.

Dans le secret de son amour pour sa fidèle servante Notre-Seigneur lui envoya une épreuve, en apparence des plus terribles, en permettant qu'une de ses filles Anne de Sainte-Térèse, fût frappée de la peste. A a coup, l'affliction des religieuses fut sans mesure, mais loin cependant d'égaler celle de leur sainte Mère. C( fut pour elle un glaive qui lui perça le cœur, quanc elle vit qu'il fallait séparer la malade de la commu nauté, et qu'elle ne pourrait ni aller la visiter, ni converser avec elle, ni la soigner et la servir, comme elle le pratiquait à l'égard des autres malades, quoique prieure.

Mais ce cas foudroyant de peste, après avoir répande l'effroi et la douleur, ne devait servir cju'à glorifiei Dieu : il allait faire éclater au grand jour la charité

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