LIVRE IV, CHAP. VI
j pies, car il faudrait un grand volume pour les rapporter tous.
Jean de Cors, habitanl d'Anvers, après avoir été longtemps affligé d'une fièvre aigttô et maligne, était
arrive à son dernier terme. Abandonné des médecins, et déjà entré en agonie, il se souvient de la grande sainteté de la vénérante mère Anne de Saint-Barthélémy; et, en même temps, il sent en lui une ferme assurance que par sa média don il recouvrera la santé. II lui députe donc une personne pour la conjurer de vouloir bien le recommander à Dieu. La Sainte ne diffère point de l'assister; elle bénit un peu d'eau et la lui envoie. A peine le malade en a-t-il bu, qu'il revient à lui, recouvre ses forces, et demeure entièrement guéri; et, pour plus grande évidence du miracle, il se lève de son lit et va travailler à son office, comme s'il n'eût jamais été malade. Ce miracle eut la plus grande notoriété dans toute la ville d'Anvers.
Le docteur Diego de Barreda, chapelain de l'oratoire de la sérénissime infante et aumônier général de l'armée de Sa Majesté dans les Pays-Bas, étant à la mort et fort éloigné de la vénérable Mère, recouvra la santé par son intercession. Pendant qu'il était aux portes du tombeau, la sainte prieure le vit en esprit ; et, connaissant le danger où il était, elle le recommanda à Dieu et obtint son retour à la vie. C'est ce qu'elle lui déclara à lui-même, quelque temps après, lorsqu'il vint lui faire visite au couvent d'Anvers.
Dans la guérison que nous allons rapporter, le divin Maître fait éclater dans sa servante une visible participation de cette vertu qui sortait de lui, tandis qu'il était sur la terre, et qui guérissait tous les malades.
Au monastère de Trésigneu vivait une religieuse en proie à des souffrances auxquelles la mort seule pou-
vait mettre un terme. Depuis trois ans, un cancer la rongeait et la consumait en lui causant les plus cruelles douleurs. Quand il n'y avait plus pour elle de remède sous le ciel, que la patience, elle espéra fermement en trouver un dans les prières de la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy. Elle vint donc la visiter à Anvers. Pleine de foi en son crédit auprès de Dieu, elle la supplia de toucher sa poitrine de sa main, et de lui donner sa bénédiction. L'humble vierge s'excusa d'abord; mais bientôt vaincue par les prières de la malade et des religieuses qui l'avaient accompagnée, elle se mit pendant neuf jours en prière, et chaque jour elle donnait sa bénédiction à la malade. Au bout de ces neuf jours, la religieuse fut entièrement guérie, et le miracle eut d'autant plus de retentissement, que la gravité du mal et l'impossibilité du remède étaient plus constatées.
Ce n'était pas seulement de ses mains que s'échappait cette vertu miraculeuse; elle émanait encore de ses vêtements , ainsi que des rosaires, des images, des papiers que le contact de ses mains avait sanctifiés. C'est ce qu'on lit dans la déposition de la mère Térèse de Jésus, qui succéda à la servante de Dieu dans la charge de prieure. Yoici ses paroles :
« Plusieurs malades ont été guéris seulement en (( portant sur eux quelque objet que notre bienheu- « reuse Mère avait eus à son usage. » Et la mère Marie- Marguerite des Anges s'exprime ainsi : « Un très-grand « nombre de malades guérissaient en mettant sur eux « quelque papier écrit de sa main ; et d'autres les <( portaient sur eux comme des reliques. Un soldat, qui « portait sur sa poitrine un de ces papiers écrits de la « main de notre bienheureuse Mère, fut délivré mira- (( culeusement de la mort; car un coup de fusil ayant « été tiré sur lui, la balle perra l'habit qui couvrait