LIVRE IV, CHAP. VII
la vénérable Mère que, depuis qu'elle avait entendu parole, elle l'avait regardée comme certaine. Elle I II; saint habit des mains de la fondatrice du Garnie! d'Anvers, et elle porta en religion le nom de Claire de la Croix.
Jean Cornez Cano avait deux filles qui ne pensaient nullement à la vie religieuse, et qui selon toutes les apparences, devaient rester dans le monde. Cependant Notre-Seigneur donna à entendre à sa servante qu'il les avait choisies pour le Carmcl. Cédant à un mouvement intérieur du Saint-Esprit, elle prophétisa à ces deux demoiselles leur entrée au Carmel. Elles eurent d'abord une grande difficulté à y croire; mais, le moment de la grâce étant venu, elles demandèrent avec les plus vives instances le saint habit à la veeerable Mère. L'une reçut le nom de Marie- Térèse de Jésus, et l'autre celui de Catherine de la Mère de Dieu.
Elle prophétisa, longtemps avant que l'événement s'accomplît, à Marie de Saint-Joseph, qu'elle entrerait au Carmel et qu'elle serait présente à sa mort : double prédiction qui s'est vérifiée.
Dona Leonor de Pastrana vint un jour visiter la servante de Dieu, et fit apporter avec elle une fille qui n'avait que quinze mois. La vénérable Mère la regarda et, la prenant avec beaucoup d'amour entre ses bras, elle dit : Que Dieu fasse d'elle une sainte! Chose admirable! Dieu délia la langue de la petite fille, et celle qui jusque-là n'avait point formé de parole et qui n'en prononça que quelques mois après, répondit distinctement d'une voix intelligible : Amen, Amen, Amen! Notre-Seigneur confirmant par ce miracle la vérité et la certitude de la prophétie.
Erneste de Ligne, femme du comte Jean de Nassau, était très-affligée, parce qu'elle n'avait point d'enfants.
Se confiant au crédit de la vénérable Mère auprès de Dieu, elle vint la trouver, et la conjura de lui obtenir un fils. Éclairée d'une lumière surnaturelle, la Sainte lui répondit : Confiez-vous au Seigneur, il vous le donnera. Selon la prédiction de la Sainte, Erneste de Ligne mit au monde un fils. Mais, hélas! elle se vit bientôt en danger de le perdre. S'adressant avec foi à celle qui le lui avait obtenu, elle la supplia de le lui conserver par ses prières. La servante de Dieu se mit à prier ; et l'enfant fut miraculeusement guéri.
Ce qui suit est textuellement extrait du Récit de sa Vie :
« Un jour de l'octave du très -saint Sacrement, Notre-Seigneur me témoignant beaucoup d'amour, me convia à lui faire quelque demande. La vue du divin Maître m'ayant fait entrer dans un recueillement surnaturel, je vis devant moi trois personnes : l'une était ma sœur, l'autre mon cousin germain, et la troisième, Antonio Perez, secrétaire de Philippe II; et tous les trois étaient alors bien loin de moi. Je demandai le salut de ces trois âmes, et Notre-Seigneur me témoigna qu'il agréait ma demande. A peu de temps de là je reçus des lettres qui m'annonçaient la mort de ma sœur et de mon cousin; ma sœur s'était noyée, et mon cousin avait succombé à une fièvre, mais Dieu les avait appelés l'un et l'autre, le jour même où ils m'étaient apparus. La mort d'Antonio Perez montra également que ma demande avait été exaucée. Secrétaire et favori de Philippe II, il avait commis quelques méfaits. Déjà la sentence de mort était portée contre lui lorsqu'il parvint à s'échapper; il se réfugia en Angleterre, séjour qui fut pour son âme une source de maux plus grands encore. Pendant que j'étais en France il vint me voir, il paraissait désespéré de son salut, sentiment qui lui venait des méfaits qu'il avait commis.