LIVRE IV, CHAP. VII
En lui parlant je m'affectionnai à lui, et je sentis un ardent désir de son salut. On m'a dit depuis que le Seigneur l'avait touché, et comme je n'étais plus en France, on m'écrivait qu'il était mort avec des marques très-certaines de son salut; il s'y était préparé, recevant très-souvent les sacrements, et ayant toujours son confesseur à coté de lui. Le jour qu'il mourut, il se mit à genoux avec un grand transport d'amour de Dieu, et il expira dans cette attitude, nous laissant, comme je l'ai dit, des marques véritables de son salut. »
Dieu révéla à l'avance à la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy l'époque de sa mort. Voici comment on l'a su. Une fervente novice, qui pour raison de santé n'avait pu rester au Carmel de Yalenciennes, vint confier sa douleur à la vénérable Mère. Éclairée d'une lumière prophétique, Anne de Saint-Barthélémy lui dit « qu'elle entrerait à Gand dans un monastère « d'un autre Ordre où Dieu l'appelait; elle ajouta : « Je serai encore en vie quand vous y prononcerez vos u vœux, mais je survivrai de très-peu à cet acte. » Tout se vérifia. La novice fut reçue à Gand dans le monastère de Dorisel de l'Ordre de Citeaux; son noviciat terminé, elle y fit solennellement profession le jour de la très-sainte Trinité, de l'année 1626, à dix heures du matin. Et ce même jour, quatre heures après, comme on le verra, Anne de Saint-Barthélémy sortit de cet exil.
Nous terminerons ce chapitre par le récit d'un fait où la lumière prophétique de la servante de Dieu resplendit d'une manière bien touchante. Dans le collège des Jésuites d'Anvers vivait un saint religieux. Homme de très-haute oraison et embrasé du zèle du salut des âmes, il avait un grand renom de sainteté dans la ville et dans tout le pays. Cet homme apostolique, ce digne fils de sainl Ignace, était le père Jean Chailant. Dès son
arrivée à Anvers, la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy avait eu avec lui d'intimes rapports, et son àme avait puisé de vives lumières et de grandes consolations dans les paroles et la direction de l'homme de Dieu. Le jour de la fête de saint Jean l'Évangéliste, fête du saint Jésuite, Anne de Saint-Barthélémy entra dans une profonde extase ; et dans cette extase, Dieu lui révéla la sainteté de son serviteur, et se plut à la rendre témoin de sa mortineffablement belle. Le saint religieux était dans sa cellule, assis, les mains levées au ciel, la face resplendissante. Le saint athlète du Christ voyant, à son tour, près de lui la séraphique vierge dont il connaissait la sainteté, lui dit avec une inénarrable expression de bonheur: Saint Jean l'Évangéliste vient d'être ici, il m a donné les nouvelles les plus consolantes qu'il me fût possible de recevoir en ce monde, et c'est qu'à l'heure même je dois partir pour le ciel. En achevant ces mots, il prenait son essor vers la céleste patrie, en présence de la compagne inséparable de sainte Térèse. Revenue enfin de son extase, Anne de Saint- Barthéleiny put se certifier à elle-même que le saint Jésuite avait quitté l'exil, à l'heure et dans l'attitude où elle l'avait vu.
Il nous est doux de rajeunir parce récit la mémoire de cet homme apostolique, et de constater quels furent, dès le principe, les rapports intimes qui existèrent à Anvers entre les filles de sainte Térèse et les pères de la Compagnie : car ce que la sainte Fondatrice, la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy a établi, est ce qui doit durer jusqu'à la fin.