‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 184 sur 239 · CHAPITRE VIII Renom de sainteté qu'elle avait dans toute l'Europe · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII Renom de sainteté qu'elle avait dans toute l'Europe

Cette humble vierge n'aspira jamais qu'à servir Dieu dans la retraite duCarmel, et à être inconnue du monde ; mais plus elle s'humiliait, et se cachait aux yeux mortels, plus Dieu la faisait connaître, plus ses vertus héroïques et ses miracles la rendaient célèbre dans toute la chrétienté. Les princes et les rois ne prononçaient son nom qu'avec respect. Philippe II, roi d'Espagne, l'eut en très-grande estime et la vénéra comme une sainte. Tous les seigneurs et les dames de ses royaumes, à l'exemple de leur souverain, tenaient pour un grand bonheur de communiquer avec elle de vive voix ou par lettres. Henri IV, roi de France, la reine Marie de Médicls , et toute la noblessse du royaume, la regardèrent comme un ange du ciel; et elle était véritablement un ange par son caractère et par l'affabilité avec laquelle elle gagna les cœurs des Français.

Sa renommée était incroyable : presque tous les rois et les princes chrétiens de l'Europe la suppliaient de les recommandera Dieu Le roi d'Espagne écrivit à la sérénissime infante Claire-IsabeUé-Ëugénie d'avoir le plus grand soin de cette religieuse, aux prières de laquelle il se croyait redevable de la conservation de la citadelle d'Anvers. Le prince de Pologne vint la visi-

ter et lui demanda de petites images où son nom était écrit de sa main, pour les donner au roi son père et à ses frères. Pendant l'entretien, il se sentit saisi d'un si profond respect, qu'il ne voulut jamais se couvrir en sa présence; il lui semblait qu'il y avait en cette vierge, malgré sa pauvreté et son humilité, une certaine majesté qui le contraignait à demeurer découvert devant elle.

Le pape Paul V montra dans une occasion mémorable l'estime qu'il faisait de la vénérable Mère. On lui avait montré le procès qui avait été instruit pour la canonisation de sainte Térèse ; et bien qu'il y eût des dépositions de personnes qualifiées en dignités séculières et ecclésiastiques, de religieux savants et pieux, dont le témoignage était de grand poids et de grande autorité, il dit que le témoignage qui lui plaisait le plus , comme sérieux et considérable, était celui de la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy, non-seûlement à raison de la sainteté de la personne, mais encore à raison de l'ordre, de la disposition, de la clarté et du poids admirable avec lesquels elle rapportait les vertus, les actions et les paroles de la sainte Mère, dont elle avait été disciple et compagne.

Mais parmi les princes chrétiens, nul n'a égalé la sérénissime infante Claire-Isabelle-Eugénie, pour la confiance et le respect envers la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy. Se trouvant à sa maison de plaisance de Marimont avec l'archiduc Albert lorsque la vénérable Mère allait fonder le monastère d'Anvers, Leurs Altesses voulurent qu'elle s'y arrêtât, afin de la voir et de jouir de sa sainte compagnie. L'archiduc s'entretint d'abord avec elle, et ensuite l'infante ne la quitta plus. Ils demeurèrent l'un et l'autre ravis de la sainteté qui éclatait en elle. A partir de cette entrevue leur vénération pour sa personne, et leur foi en son crédit auprès de Dieu, furent sans bornes. L'infante

Page 1