LIVRE IV, CHAP. IX
grande partie de ses troupes dans des barques fortnombreuses. La nuit était très-sereine et très-tranquille; il disait aux siens de l'air le plus joyeux du monde : Allons, il n'y a que Dieu ou le Diable qui puisse faire échouer mon entreprise. Il les assurait qu'ils prendraient Anvers, et qu'ils s'en reviendraient riches. Mais il s'éleva tout à coup une grande tempête, et un vent froid très-violent qui glaçait l'eau, et voilà que les barques et ceux qui les montaient furent submergés en un instant. Seul, Maurice se sauva avec beaucoup de peine, non sans courir plusieurs fois le danger de se noyer, luttant contre la tourmente, l'eau et la glace, cà tel point que son corps s'ouvrit. Depuis ce jour, il n'eut plus de santé, et enfin il mourut des suites de cet acci dent.
a Cette nuit môme, ignorant entièrement la trahison des ennemis, je fus saisie à partir de minuit d'ime trèsgrande crainte ; je me mis en oraison, les bras levés vers le ciel, avec un grand mouvement de ferveur. Mes bras étant fatigués de se tenir ainsi levés, je les laissai 'tomber; il me sembla qu'on me les élevait de nouveau vers le ciel, et une voix que je ne connaissais point me disait : Ce nest pas encore l'heure, tiens-les élevés vers le ciel. Et je restai ainsi presque jusqu'au point du jour. Je sentis alors que ce que je demandais était obtenu. Et, de fait, il en fut ainsi.
« Une autre fois, étant couchée et déjà endormie, je fus éveillée par des cris qui partaient du dortoir des religieuses. Ces cris continuant après mon réveil, j'appelai, et deux sœurs s'étant présentées, je leur dis : « Parcourez les cellules, et voyez quelle religieuse est malade, car j'entends des cris. » Les deux sœurs, après avoir fait leur visite, revinrent me dire : « Toutes les religieuses dorment, et il n'y en a aucune de malade. » J e dis alors : « Que toutes s'habillent, et allons-nous-
en devant le très-saint Sacrement, car il doit y avoir quelque trahison. C'est notre sainte Mère elle-même, à ce qu'il parait, qui nous réveille. » Ei nous nous rendîmes toutes auprès du très-saint Sacrement. Je dis alors à Notre -Seigneur : « Je vous amène ici vos servantes; qu'elles vous demandent ce que je désire, car pour moi je ne puis rien ; » et je le sentais ainsi; c'est ta pure vérité nue je me trouvais confuse en la présence du Seigneur. Nous restâmes peu de tenu prière, et bientôt je sentis, sans voir ni entendre personne, que nous pouvions nous retirer. J'oubliais de dire qu'en même temps que j'entendais les cris, j'entendis aussi le signal qui appelait aux armes dans la citadelle. Je regardai par les fenêtres si dans la forteresse il y avait des lumières, car on la voit de notre maison. Je n'aperçus aucune lumière, tout était obscur, et malgré cela je sentis que quelque malheur nous menaçait.
« Il y a maintenant peu de jours que je m'éveillai à deux heures après minuit. Un mouvement impétueux de mon âme me disait qu'il était nécessaire de prier, ce que je fis. Mais après quelque temps, comme j'avais sommeil, je regagnai ma couche. Ce fut en vain, j'étais en proie à une inquiétude qui ne me laissait pas reposer. Je reconnus par là que Netre-Seigneur veillait que je pria— e. Je me mis donc en prière, les mains levées au ciel, sentant un mouvement impétueux qui me portait à demander miséricorde. Pendant deux heures entières, de deux à quatre, sans aucun sentiment de moi, et sans pouvoir résister, je restai les mains levées au ciel, et intérieurement pressée de demander miséricorde. Tout 1 a, j'en demeurai comme morte, le corps
roué de coups de bâton. Je ne sus point alors ce que c'était; mais on me dit ensuite que les hérétiques