EXTRAIT
DE LA CHRONIQUE DU C ARMEL d' ANVERS.
Comment notre vénérable Mère fut choisie de Dieu pour être la protectrice de cette ville d'Anvers avant et après sa mort.
Entre les privilèges et avantages qui rendent cette grande cité une des plus considérables de l'univers, un des plus estimables est d'av< 'é plusieurs grands
et saints personnages, tels qu'ont été saint Éloi, saint AYilebrord, saint Norbert, saint Walburgeet plusieurs autres qui l'ont honorée de leur présence, les uns pour y prêcher i'É\ ir y convaincre les
hérétiques, d'autres pour lui obtenir par leurs saintes prières la rosée des bénédictions célestes ; mais pas un ne s'y est arrêté, tous ont ailleurs terminé leur ear- • que nous avons pu apprendre) que notre véi: ère Anne de Saini-Barthélemy, cette
grande serwaate de Dieu, digne héritière de l'esprit de sainte Térèse, qui ait fini ici ses jours et qui y ait laissé son corps vénérable, comme un précieux dépôt,
afin que nous connussions que la divine bonté l'avait destinée de toute l'étendue de l'éternité à être la protectrice de cette ville pendant sa vie et après sa mort. Aussi pourrions-nous dire qu'elle s'est admirablement associée à l'œuvre de tous les saints qui l'ont précédée : car, si elle n'y a pas prêché l'Évangile comme apôtre, n'étant pas permis à son sexe d'enseigner dans l'Église, elle en a au moins porté les lumières dans les cœurs, y attirant tant de belles âmes à la pratique des conseils évangéliques en l'état religieux par le renoncement aux biens temporels, par une oraison contitinuelle et par l'exécution de toutes les instructions que notre divin Maître nous y a laissées, jusqu'à nous ordonner de nous rendre parfaits comme son Père céleste est parfait.
Nous avons déjà vu, et nous verrons encore en son lieu, comment elle a attiré sur cette ville la rosée des bénédictions célestes, par l'expérience de toutes sortes de grâces que ses citoyens avouèrent avoir rerues par son intercession. Nous allons maintenant voir comment elle y a vaincu, sinon l'hérésie à force d'arguments, au moins les hérétiques par ses puissantes prières, lorsque, se confiant dans la force de leurs armes, ils menaçaient de réduire cette ville sous leur pouvoir et de lui ravir la liberté des fonctions de la foi catholique.
L'an 1622, le prince d'Orange dressa une puissante armée, avec des machines de guerre si avantageuses, que, se voyant le vent en poupe, et appuyé d'ailleurs sur l'assurance que les hérétiques de la ville lui donnaient qu'il trouverait bien peu de résistance, il cria à haute voix, de sorte que tous l'entendirent : Je suis assuré de ma victoire; sans aucun doute, je viendrai à bout de mon entreprise; il ny a que Dieu qui ni en puisse frustrer; je ne crains pas à présent tout le pouvoir humain.
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Puis il poursuivit sa route, lorsque Dieu invita sa servante à le prier instamment, comme elle fit, ordon nant à ses filles de joindre leurs prières aux siennes avec le plus de ferveur qu'elles pourraient, leur disant de conjurer Notre-Seigneur de ne pas abandonner ses fidèles, le réitérant plusieurs fois. Son zèle redoubla à deux heures après minuit, et elle pria avec tant de ferveur, que le corps en tombait de lassitude. Avant cinq heures, la révérende mère Térèse entra dans sa cellule ; en la voyant, la servante de Dieu lui dit : Ma fille, que je suis lasse/ H me semble que j'ai le corps moulu ; il y a quelque grande trahison, car il m'a semblé avoir combattu contre une armée entière; et quand je voulais me reposer un peu, n'en pouvant plus, et baisser les bras que je tenais élevés pour réclamer mon Dieu, l'on me criait : Encore plus, encore, encore plus! J'en suis toute trempée de sueur.
On la changea alors de tunique, puis elle persista dans l'oraison jusqu'à ce qu'elle entendit ces mots : C'est fait.
Deux heures après, on sut l'effet de ses instantes et ardentes prières, et que, plus la servante de Dieu les redoublait, plus les eaux se troublaient et les vents changeaient, de sorte que, quand le prince d'Orange arriva au bourg nommé Presbos, il s'éleva une horrible tempête, et la gelée fut tout d'un coup si forte, qu'on ne pouvait s'aider des cordages des navires qui se fracassèrent les uns contre les autres; les soldats périrent avec leurs chevaux, et leur prince présomptueux s'estima heureux d'en pouvoir échapper; lui qui naguère croyait que personne ne pourrait se soustraire à sa puissance, fuyait vaincu par la puissance des prières d'une sainte. Toutefois il n'en demeura pas bien instruit, puisqu'il voulut l'apprendre de nouveau en 1624.
290 VIE DE LA V. M. AXXE DE SAIXT-BARTEÉLEMY"
Il entreprit de surprendre cette ville par la citadelle où il n'y avait pas grande garnison ; et l'entreprise fut si bien conduite qu'il approcha avec son armée de 20,000 hommes jusqu'à un village nommé Berchem, sous les portes d'Anvers, à neuf ou dix heures du soir, ayant pris les marques de l'armée catholique. Il détacha un gros de deux mille hommes qui allèrent droit à la forteresse, portant avec eux de petites barques, des échelles, et d'autres instruments; ils laissèrent les autres soldats un peu à l'écart, pour en être secourus en ras de besoin. Ayant ôté quatre pièces de la chaîne qui ceint la contrescarpe de la forteresse, ils coulèrent par là dans le fossé des échelles de 26 pieds de longueur, et deux pièces de bois de même grandeur pour couler sans bruit de petites barques qui contenaient les ingénieurs, lesquels arrivèrent à l'autre bord du fossé, ayant avec eux une autre échelle avec des instruments extraordinaires pour abattre le pont-levis. • crurent au moment de leur victoire, lorsque notre vénérable Mère, vrai boulevard de la foi et de cette ville, entendit des cris plaintifs dans le dortoir et connut que c'était notre sainte mère TérèSe qui l'avertissait de quelque trahison, et que la ville était en danger évident de tomber au pouvoir de l'ennemi. Elle fit lever toutes ses filles et les mena au chœur devant le très-saint Sacrement, pour y faire oraison. On y entendait notre bonne Mère réitérer souvent ces paroles : Seigneur^ si je suis cause par mes péchés de cet orage, qu'on me jette à la mer comme un autre Jono.s, et que je périsse plutôt que tant de monde. En même temps, il s'éleva un grand vent et une furieuse bourrasque qui empêchèrent le succès de l'entreprise des ennemis. De plus, les soldats furent saisis d'une extrême frayeur, et la peur étant ainsi dans leur armée, ils furent aperçus de la forteresse, et prirent la fuite, laissant