‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 199 sur 239 · LIVRE IV, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XIV

dès les plus tendres années de sa vie, n'avait fait que croître jusqu'au terme suprême de sa carrière ; il était parvenu à des ardeurs séraphiques.

Le zèle apostolique, le grand trait, le trait distinctif duCarmel, l'avait consumée. Comme les prophètes et les apôtres, elle avait été perpétuellement dévorée d'un saint zèle pour la gloire de Dieu, pour son Église et pour le salut des âmes.

Les vertus pratiquées dans un degré héroïque du rant de si longues années, l'avaient élevée à un comble de sainteté connu de Dieu seul.

Quant aux mérites acquis par elle, et sur lesquels devait se mesurer la couronne que lui réservait le juste juge, on n'en connaîtra l'immensité qu'à la lumière du ciel.

Les austérités , les travaux, les peines venues du dehors, les crucifiements intérieurs venus de la main de Dieu, avaient fait de sa vie un long martyre.

Par sa pureté, par son zèle, par sa patience, elle avait mérité la couronne des vierges, des apôtres et des martyrs.

Enfin, pour résumer, avec les paroles même de l'Esprit-Saint, une si noble et si sainte vie, Anne avait fleuri comme le palmier dans l'Église de Dieu, et elle s'était multipliée comme le cèdre du Liban. Ce cèdre couvrait de ses branches l'Espagne, la France, les Pays- Bas.

Que la mort de cette vierge va être précieuse devant le Seigneur! Le jour marqué pour son entrée au ciel était le 7 juin de l'année 1626, fête de la très-sainte Trinité. Dans sa filiale confiance, Anne de Saint-Barthélémy avait demandé à Notre-Seigneur de mourir le jour de cette belle fête, et Notre-Seigneur le lui avait accordé; il avait fait plus, il lui avait révélé l'année et l'heure où il l'appellerait à lui. Cette heure tant dési-

rée va enfin sonner. Les trois jours qui précèdent la fête où tout doit être consommé, les trois divines Personnes de la très-sainte Trinité se plaisent à orner la bienheureuse vierge pour les noces éternelles. Anne de Saint-Barthélémy, qui salue déjà le moment de sa délivrance, s'abandonne avec transport entre les mains de son Dieu, et ne cesse de répondre par la fidélité la plus héroïque aux dons et aux faveurs dont elle se voit comblée.

Le jeudi avant la fête de la très-sainte Trinité, le divin Maître visite, vers le soir, sa fidèle servante, et. lui fait part de ce qu'il a possédé de plus précieux en ce monde, sa croix. Anne de Saint-Barthélémy est tout à coup saisie d'une fièvre qui la consume; la nuit se passe dans ces ardeurs qui sont pour elle une sorte de purgatoire. Mais le matin, se levant à l'heure ordinaire, et dominant le feu de la fièvre par le feu de l'amour divin qui l'embrase, elle va s'unir à Jésus-Christ par la sainte communion.

Possédant cet Hôte divin, et déjà appuyée sur lui pour prendre la route du ciel, elle demeure sur pied presque tout le jour, quelque souffrante et malade qu'elle se sente. Vers les cinq ou six heures du soir, elle fait une confession générale au père prieur des Carmes déchaussés; le Seigneur le permet ainsi, afin que l'on eût de sa bouche môme ce mémorable témoignage : Par la grâce de Dieu, dit-elle à son confesseur, je ne pense pas avoir jamais offensé Dieu mortellement en toute 777 a vie.

De retour de l'oratoire, où elle s'était confessée, se sentant plus souffrante, elle se mit au lit vers sept heures du soir. Alors le divin Maître, voulant lui donner un nouveau gage de son amour, lui fit endurer une partie des douleurs de sa passion. Elle sentit à l'épaule gauche une des plus véhémentes douleurs

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