‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 200 sur 239 · LIVRE IV, ClIAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, ClIAP. XIV

quo l'on puisse endurer ici-bas : c'était comme si les os étaient disloqués et sortis de leur place. Ce martyre dura toute la nuit du vendredi au samedi. Quoiqu'elle fût un océan de patience, elle ordonna pourtant à une sœur de lui toucher l'épaule, ou prononçant le saint nom de Jésus. Les religieuses furent surprises qu'elle eût ainsi demandé à être soulagée, ayant toujours vu que, quelque grandes que fussent ses souffrances, elle ne se plaignait jamais. Elles soupçonnèrent qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire. L'héroïque épouse du Dieu crucifié, gardant son secret, ne fit point connaître à ses filles la grandeur de son martyre ; elle se contenta de demander le soulagement que nous avons dit. Mais le jour de la très-sainte Trinité, lorsque vers midi, comme nous allons le voir, le divin Maître imprima en elle pour la dernière fois sa croix et ses douleurs, la vénérable Mère dit à une sœur : Ma fille, si dans cette douleur que f endurai toute la nuit du vendredi, Noire-Seigneur ne m'eût fortifiée, en me faisant entendre qu3 elle était semblable à celle quil endura lui-même lorsqu'on tira ses bras pour le clouer sur la croix, j'aurais sans doute désespéré et perdu patience.

Ainsi le secret de sa douleur est révélé : Cette nuit du vendredi, elle fut au Calvaire avec son divin Maître; elle partagea une partie de son crucifiement.

La journée du samedi, elle respire de ces grandes angoisses de la souffrance. Le divin Maître retire sa croix, et verse l'huile sur les blessures qu'elle a faites à sa fidèle servante. Il la revêt de force, parce que son amour pour elle va deux fois encore approcher de sa bouche le même calice de douleur. La nuit du samedi, notre chère amante de la croix monte de nouveau au Calvaire : le Bien-Aimé permet aux douleurs de foudre sur elle ; la fièvre la consume, les autres maux redoublent, et à son épaule, comme disloquée, elle sent ce

tourment qu'éprouvait son divin Sauveur, quand on tirait ses bras sacrés pour le clouer sur la croix. Crucifiée et tressaillant de bonheur, sans cesse prête à rendre l'àme par l'excès de la souffrance, et enivrée d'amour de partager la croix de son Bien-Aimé, elle unit ses souffrances à celles de son Sauveur, de son Époux et de son Dieu. Ainsi s'écoulent les heures de cette seconde nuit. Témoins de l'excès de ses souffrances, les sœurs qui l'assistent tremblent de la voir à tout moment expirer dans leurs bras. Mais cette nuit du samedi est la dernière de l'exil. La croix devait faire recueillir à cette fidèle épouse du Dieu crucifié ime immense moisson de mérites : toute cette nuit, les anges dans le ciel embellissaient sa couronne, et à chaque seconde de ce crucifiement si amoureusement enduré, c'étaient de nouveaux diamants ajoutés à cette couronne !

L'aurore du jour tant désiré se lève enfin, c'est la fête de la très-sainte Trinité. Anne de Saint-Barthélémy descend de la croix, et les trois divines Personnes commencent, dès l'aube de ce grand jour, à épancher dans l'àme de cette vierge, qui leur est si chère, les premières ondes de ce torrent de délices, à la source duquel leur amour va, dans quelques heures, l'abreuver pour l'éternité. Elles inondent son âme de grâces et de faveurs. Elles se montrent à elle par vision intellectuelle, ainsi qu'elles l'avaient fait tant de fois; mais maintenant le voile qui couvre l'essence divine et l'adorable mystère de la très-sainte Trinité devient plus transparent. Et comme la très-sainte Trinité est tout amour, en se communiquant à cette àrne par une communication plus grande que toutes celles du passé, elle la laisse tout embrasée. Et comme la beauté de Dieu lui apparaît dans une plus vive lumière, elle en reçoit une divine blessure plus profonde que toutes

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