‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 2 sur 239 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

charité. L'état de son âme était celui qu'elle décrit dans la VIe et VIIe Demeure de son Château intérieur : jouissant habituellement de la présence de Notre-Seigneur et de la vision intellectuelle de la très-sainte Trinité dans son àme.

Telle était la hauteur de sainteté à laquelle Térèse était parvenue lorsque le divin Maître confia la garde de sa personne à Anne de Saint-Barthélémy. Pour approcher de ce Sancta Sanclorum, de ce Tabernacle vivant, il fallait la pureté d'un ange et l'ardeur d'un séraphin. Le divin Maître avait gravé ces deux traits dans son âme. Anne fut une des vierges les plus angéliques et les plus séraphiques de son siècle. Non -seulement le rayon de l'innocence baptismale brilla en elle d'un inaltérable et croissant éclat jusqu'au dernier soupir, mais, dans sa bienheureuse candeur et sa sainte ignorance, elle ne connut en quelque sorte la différence entre elle et un ange que par l'avantage qu'elle avait sur l'ange de pouvoir crucifier son corps et l'offrir à. Jésus-Christ enholocauste de pénitence. Depuis l'heure du baptême jusqu'à celle de son entrée au ciel, sa chair, suivant la belle expression de Tertullien, fut une chair ange li fiée, o angelificata caro. » Quant aux flammes de l'amour divin qui consumaient son cœur, elle en fait elle-même la peinture dans sa Vie.

PREFACE ÏX

Voilà celle qui fut choisie et préparée par le divin Maître pour être la compagne inséparable et comme range visible de sainte Térèse. Elle eut le privilège de ne la quitter ni jour ni nuit, de lui prodiguer ses soins, de lui préparer ses aliments, de blanchir son linge, de la vêtir, car son bras trois fois cassé lui refusait tout service, enfin de prendre soin de tout ce qui regardait sa personne. Elle partagea toutes les fatigues de ses voyages et les travaux de ses dernières fondations qui furent les plus laborieuses de toutes. Lorsque le pèlerinage de cette grande Sainte touche à son terme, sa compagne inséparable se montre plus digne que jamais de la mission qu'elle remplit auprès d'elle ; la tendresse de sa charité se révèle de la manière la plus touchante ; durant le voyage de Burgos à Albe, son âme est transpercée par les douleurs qu'elle voit endurer à la sainte Mère. Mais à sa dernière maladie à Albe, et surtout depuis qu'elle a appris de sa bouche que sa dernière heure était venue, elle éprouve une véritable agonie intérieure à la pensée de la séparation. Dominant néanmoins ce martyre, et invincible dans sa charité, elle est sur pied nuit et jour, ne s'éloignant pas de la Sainte, et se donnant à peine le temps d'aller prendre à la dérobée quelques bouchées de pain pour se soutenir.

Page 1