LIVRE IV, CIIAP. XIV
de cette confidente du divin Maître que nous pouvons assister à toutes les merveilles qui eurent lieu pendant cette dernière extase (1).
La cellule d'Anne de Saint-Barthélémy présente un spectacle pareil à celui qu'offrait à Albe, en Espagne, en 1582, le 4 octobre, à neuf heures du soir, la cellule de la séraphique Térèse, quand le divin Maître, avec sa Mère, saint Joseph, les dix mille martyrs et un nombreux cortège d'anges, venait chercher l'àme de cette vierge. La Sainte, à ce moment solennel, était appuyée sur le cœur de sa fidèle compagne, Anne de Saint-Barthélémy; elle était entre ses bras, elle voulait passer des bras de cette angélique vierge dans ceux de son Sauveur et de son Dieu. Le divin Maître, qui veut poser enfin la couronne sur sa tète, se révèle à son âme avec plus de beauté qu'il n'avait jamais fait, et avec un amour plus grand que jamais. Et cette beauté et cet amour font à l'àme de Térèse une double blessure qui lui donne la mort. Et du cœur de la mère Aime de Saint-Barthélémy, son dernier point d'appui en ce monde, elle passe dans le cœur de son Dieu pour s'y reposer pendant les siècles éternels.
A Anvers c'est la scène d'Albe, mais avec quelque chose de plus grand et de plus solennel encore. C'est le jour de la fête de la très-sainte Trinité quJAnne de Saint-Barthélémy va entrer triomphante au ciel. Pendant cette journée trois fois sainte , le ciel tout entier ne cesse d'exalter cette Trinité suradorable, et nulle fête, au ciel môme, n'est comparable à celle-là. Dans les décrets de son ineffable amour, la Trinité divine a choisi cette solennité pour couronner la compagne de sainte Terese. Abaissant donc la hauteur des deux et suivie de la cour cél< ste, elle est en face de
(l) V. Euriijue/ , Vie delà Vénérable^ liv. IV, chap, xxn,
la trop heureuse vierge, lui apparaissant dans une vision intellectuelle. Ainsi, ce que contemple Anne de Saint-Barthélémy dans son extase, ce sont les trois divines Personnes de la très-sainie Trinité, et, avec elles, la cour céleste qui les accompagne. Le divin Maître est là, en face d'elle; la Yierge immaculée est là, ainsi que saint Joseph; Térèse est là, près de la Yierge immaculée et de saint Joseph ; elle la regarde de ses yeux maternels; les vierges l'entourent, prêtes à lui faire cortège à son entrée dans la gloire; les saints, les saintes, les esprits bienheureux regardent avec complaisance celle que la très-sainte Trinité daigne honorer d'un tel comble de gloire, et attendent avec impatience de l'avoir avec eux dans le ciel. Le divin Maître fait enfin entendre ces paroles :
« Mon amie et ma bien-aimée, viens jouir de la « palme de la victoire, que tu as méritée par ta pa- « tience et par ta persévérance à bien agir; l'heure « des travaux est passée. Comme épouse choisie, tu « m'as imité jusqu'à la fin, me gardant une inviolable (( fidélité, et étant une colonne de mon Église par ta « continuelle oraison et ta rare humilité. Jouis main- « tenant à jamais de ces demeures éternelles; tu seras (( couronnée de trois couronnes entre les vierges et les « martyrs. »
A ces paroles, Anne de Saint-Barthélémy, blessée, comme Térèse, d'une blessure d'amour qui lui donne la mort, prend son essor et monte, à la suite du Fils de Dieu, aux demeures éternelles, au milieu des cantiques des saints et des esprits célestes. Les trois couronnes préparées par le divin Époux sont posées sur sa tête, et la compagne inséparable des travaux apostoliques de sainte Térèse est constituée, pour l'éternité, la compagne inséparable de sa gloire. C'est donc à côté d'elle qu'elle reçoit les acclamations du ciel tout