‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 28 sur 239 · LIVRE I, CHAP. II O · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. II O

qui était présent; car je reconnus que c'était Dieu, et que c'était Celui qui devait méjuger.

A partir de ce moment, il me resta une grande crainte de pécher, comme avaient dit mes sœurs, et d'offenser mon Dieu. Arrivée à l'âge de sept ans, il me vint un jour en pensée que peut-être j'aurais le malheur de pécher, et je pleurai. Une de mes sœurs me demanda pourquoi je pleurais ; je lui répondis : « Parce que j'ai peur de pécher, et je voudrais o plutôt mourir. »

A l'aide de cette crainte, je commençai à avoir de la dévotion envers quelques saints, mais avant eux, aux saints anges, et à saint Joseph que dans ma simplicité enfantine je prenais pour un ange.

Ce fut néanmoins la très-sainte Vierge qui eut mes premiers hommages ; j'avais une grande confiance en elle. J'honorais aussi les onze mille Vierges, saint Jean-Baptiste, et d'autres bienheureux. Chaque jour je les conjurais de me préserver de pécher, et je leur demandais en particulier la chasteté.

Avec de tels avocats auprès de Dieu, je vivais trèsconsolée et très-affectionnée au bon Jésus. Je sentais dans mon âme de grands mouvements de son amour, et, dans tout ce que je faisais, mon unique désir était que mon Jésus me vit, qu'il me regardât, et qu'il fût content de moi. C'étaient là mes désirs et mes pensées habituelles. Lorsque j'étais seule, je regardais par les fenêtres dans les champs, pour voir si je l'apercevrais ; ce que je faisais avec une grande innocence.

A cet âge si tendre, lorsque je me trouvais avec les autres petites filles, et qu'elles jouaient, je désirais moi aussi de jouer avec elles. Un jour, j'étais en oraison, fort consolée, c'étaient sans doute des consolations de petits enfants; je dis à Notrc-Seigneur : « Seigneur, donnez-moi la permission d'aller jouer

a avec mes compagnes, et je reviendrai aussitôt « après. » Et il me sembla que Notre -Seigneur me l'accordait avec plaisir.

Lorsque je passais un jour sans adresser mes prières aux saints auxquels j'avais de la dévotion, j'étais soudain agitée par la crainte de les voir se lâcher contre moi ; je me hâtais bien vite de leur demander pardon, et je leur promettais que je serais fidèle à les honorer. Yoilà ce qui se passa dans mon âme jusqu'à la dixième année de ma vie. A cet âge, je perdis mes parents, et leur perte me laissa dans la plus vive affliction.

* CHAPITRE III

Nouvelles faveurs. — Apparition de l'Enfant Jésus. — Sainte amitié avec sa cousine. — Leur tentative de s'enfuir au désert.

Je restai dans la maison paternelle avec des frères et des sœurs qui me servirent de père et de mère ; ils étaient vraiment très-bons. Dès que j'eus l'âge suffisant, ils m'envoyèrent garder les troupeaux à la campagne; c'était à peu de distance de notre habitation. Au commencement j'en ressentis beaucoup de peine; mus bientôt le Seigneur me consola, et la campagne devint pour moi une source de délices. Les oiseaux par leur chant portaient mon âme à se recueillir. Ainsi, dès qu'ils commençaient à chanter, j'entrais dans un recueillement qui durait des heures entières. Et très-souvent, tandis que j'étais dans cet

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