‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 30 sur 239 · CHAP. IV · texte numérisé non relu

CHAP. IV

àme : seulement ma compagne était de beaucoup meilleure que moi.

* CHAPITRE IV

On songe à l'établir. — Son recours à la Vierge pour n'avoir d'autre époux que son Fils. — Ses mortifications. — Victoire remportée sur l'ennemi du salut. — Sa vocation au Carmel lui est révélée par la Vierge.

Mes frères, voyant que l'âge était venu, songèrent à m'établir. Mais moi, je n'avais point ces pensées. J'appelais à mon secours la Vierge, que j'avais prise pour mère, et tous mes saints bien-aimés, et j'augmentais mes dévotions et mes pénitences. J'allais à l'église, je me cachais dans une chapelle de la Conception de la Vierge Notre-Dame, et là, pieds nus et genoux nus contre terre, je suppliais cette divine Mère de venir à mon secours.

A cette époque, je me vis assaillie par mille tentations terribles qui combattaient mes désirs. C'était pour moi un tourment et une affliction. A cela vinrent se joindre les ruses du diable ; mais moi, je prenais des disciplines, je descendais dans une cave humide, et prosternée sur le sol, j'y restais en prière jusqu'à ce que la furie de la tentation fût apaisée. Je dormais sur des sarments, j'entourais mon corps de quelque toile rude à la place de la chemise, que je donnais aux pauvres, afin qu'on ne s'aperçût point dans la maison que je n'en portais pas ; et d'autres fois je me mettais un cilice de crin.

Un jour, on me commanda de coucher avec une de mes sœurs qui avait peur. Je n'avais point récité mon rosaire, et, pour ne pas m'endormir, je pris avecmoi une grande pierre très-anguleuse, et après avoir éteint la lumière, je me mis au lit. y glissant aussi cette pierre ; c'était l'oreiller dont je me servais trèssouvent : cette fois je la plaçai immédiatement sous mon corps, afin de ne pas m'endormir. Mais cela ne fut point suffisant, car avant d'avoir achevé mon rosaire je m'endormis. Durant le sommeil, je vis entrer dans L'appartement la Mère de Dieu environnée d'une grande splendeur, et portant l'Enfant Jésus dans ses bras. Assise avec lui sur un trône de lumière, elle me regardait avec bonté. Le divin Enfant commença à me tirer ayec le rosaire comme s'il eût voulu jouer, et me tira si fort qu'il m'éveilla. La Mère de Dieu me dit alors: N'aie powt de peine, et ne crains point, je te conduirai moi-même dans un endroit oh tu seras religieuse et oh tu porteras mon habit. Après avoir dit ces mots, elle disparut. Je demeurai on ne peut plus consolée, et avec de plus ardents désirs que jamais de servir mon Dieu.

Un autre jour, comme mes parents me persécutaient pour me faire condescendre à leurs désirs, cette pensée se présenta à mon esprit : s'il y avait un homme juste, qui fût très-prudent et très-beau, car il me semble que je n'en avais jamais vu aucun tel que je me l'imaginais, tous au contraire étaient laids à mes yeux; si, dis-je, un tel juste se rencontrait, je me disais à moi-même que je ne pécherais point en l'acceptant pour époux, que je n'aurais en lui qu'un appui et qu'il serait le gardien de ma virginité; mais s'il n'était pas tel, je ne le voudrais pas pour le monde entier. Un jour, Jésus m'apparut déjà assez grand et de la taille à peu près d'un jeune homme; il était

Page 1