LIVRE I, CHAP. VI
ne convenait point. Je lui demandai néanmoins de nouveau de m'emmener avec lui dans ces montagnes solitaires, et après cette demande je m'endormis un peu. Il me fit voir alors le monastère d'Avila, qui est le premier que notre sainte Mère achevait de fonder, et les religieuses de ce monastère avec leur habit. Je leur demandai à boire, parce que j'avais soif. Tout ceci se passait durant le sommeil. Elles me donnèrent à boire, et je reconnus depuis, lorsque j'arrivai au monastère, le vase dans lequel elles m'avaient offert de l'eau.
Cette vision m'enleva les désirs d'aller au désert, et je n'eus plus d'autre désir que d'être religieuse.
* CHAPITRE VI
Elle fait connaître à son guide spirituel son désir d être Carmélite à Avila. — Elle voit le ciel ouvert. — Voyage à Avila. — Les religieuses l'acceptent, mais diffèrent son entrée. — Retour à Almendral. — Nuée de démons qui lui apparaissent en chemin.
A cette époque, il plut à Dieu d'envoyer, en qualité de curé de l'église de ce bourg, un prêtre qui était docteur et grand serviteur de Dieu. Ma compagne et moi nous nous confessions à lui. Sur ce que je lui déclarai que je désirais être religieuse à Avila, il me dit : « On vient maintenant d'y fonder un nouveau mo- « nastère ; si vous souhaitez que je traite avec les re- « ligieuses pour demander une place pour vous, je le « ferai. » Je vis le ciel ouvert, et je répondis que oui,
que cela me consolerait beaucoup ; il le fit avec un paternel empressement, quoiqu'il y eût si peu de temps que je me confessais à lui ; il fit connaître mes désirs, et on lui répondit du monastère de me faire aller à Avila. qu'on voulait d'abord me voir avant de rien conclure. Après cette réponse, je m'ouvris à mes frères sur le désir que j'avais d'être religieuse ; je leur dis que j'en avais déjà traité avec ce monastère, et que les religieuses voulaient me voir. Mes frères le prirent fort mal; mais, comme ils avaient la sainte crainte de Dieu, ils ne me refusèrent point, et ils m'accompagnèrent à Avila. Par une volonté particulière de Dieu, les religieuses m'acceptèrent sur-le-champ avec plaisir ; j'en éprouvai un bien grand de mon côté de me trouver avec elles, et je reconnus celles que j'avais vues en songe. Mais ce ne fut alors qu'une simple entrevue, et il fut arrêté entre nous qu'elles me donneraient avis ainsi qu'à mes parents lorsque je devrais revenir. Mes parents me disaient : « Pourquoi voulez-vous vous en <( aller avec ces religieuses? Elles nous ont paru bien « austères. » Je leur répondais : « A moi, elles m'ont a paru des saintes, et c'est comme si j'avais été avec u elles toute ma vie, et si je les avais connues toute « ma vie. »
Lorsque nous étions en chemin pour revenir, nos gens s'assirent près d'une fontaine pour se reposer ; moi, je m'éloignai, et quand je fus seule, j'élevai mes regards vers Dieu pour le remercier de la grâce qu'il me faisait. Mais comme le malin esprit me voyait retourner au monde, et que les secrets de Dieu n'étaient pas connus de ces esprits de ténèbres, je vis soudain se réunir devant moi et en l'air une grande troupe de démons ; ils dansaient avec de grandes démonstrations d'allégresse, comme s'ils m'eussent déjà tenue en leur pouvoir ; ils ressemblaient à des hommes très-petit-