‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 33 sur 239 · LIVRE I, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VII

de corps, n'ayant en quelque sorte que des pattes et des tètes, horribles à voir, et si nombreux qu'ils faisaient ombre, comme une nuée d'oiseaux. Si Dieu ne je ur permit pas de réussir dans ce qu'ils pensaient faire, il leur permit du moins de me bien faire la guerre, soit par les parents et les amis, soit par des tentations intérieures et extérieures du diable. S'ils m'avaient molestée auparavant, ils le faisaient maintenant avec bien plus de fureur. Mais Dieu ne les laissait point agir à leur gré ; et s'il doublait les tentations, il doublait aussi mon esprit intérieur et mes forces pour leur résister.

* CHAPITRE VII

Épreuves auxquels ■■; elle est soumise par ses frères. — Forces miraculeuses que Dieu lui donne. — Gemment des bœufs féroces sont comme des agneaux à sa voix, et comment ils la défendent. — Elle et sa cousine se trouvent exposées à un grand danger : le divin Maître les protège et les délivre.

Mes frères me menaçaient de m'éprouver. Des menaces ils passèrent bientôt aux effets. Ils me firent partager le travail des journaliers qui travaillent aux champs. Ils m'imposèrent en outre différentes choses qui demandaient des forces d'homme. Les domestiques eux-mêmes de la maison disaient qu'ils ne pourraient faire à deux ce que je faisais seule. Je riais de leurs discours, parce que les fardeaux qu'on me commandait de porter ne me semblaient qu'une paille. J'étais intérieurement si enivrée par l'amour divin, et

l'esprit agissait en moi avec tant de force, que je n'aurais pu l'endurer, si les travaux pénibles auxquels on me soumettait n'étaient venus me distraire. Mes frères ne m'épargnaient pas : ils me donnèrent à moi seule deiLx charrettes à conduire ; elles n'étaient pas moins grandes que des chars ; c'était pour transporter les gerbes de blé du champ aux aires où on devait les battre. Les moissonneurs me faisaient des gerbes deux fois plus grandes que celles des hommes, dans la pensée que je ne pourrais pas les soulever. Je les prenais pourtant avec une grande agilité, et je les jetais sans effort dans les chars. Voyant cela, les hommes qui moissonnaient s'arrêtaient pour me regarder ; ils étaient comme saisis d'effroi, et ils se demandaient si ces forces venaient de Dieu ou si elles venaient du mauvais esprit.

Les gerbes de blé étant transportées dans l'aire, on me chargeait de les battre. Je devais pour cela atteler deux ou trois paires de bœufs; ils étaient féroces et difficiles à traiter ; mais Dieu me faisait tant de grâce, que, quand je les appelais, ils baissaient aussitôt la tête et venaient d'eux-mêmes se mettre sous le joug, comme s'ils eussent été des agneaux.

Un jour on m'envoya chercher ces bœufs qui étaient au pâturage. Il en manquait un que je ne pouvais trouver ; il était resté au milieu des ronces entre des rochers. Pendant que je le cherchais, je vis venir un chien qui était enragé ; je ne pensais pas qu'il le fût ; mais bientôt il s'élança sur moi et s'efforça de me mordre. Je me jetai la face contre terre pour ne pas sentir son haleine ; il monta sur moi et me déchira les habits qui étaient neufs et que je portais en ce jour pour la première fois. Le bœuf que je n'avais point trouvé était caché tout auprès. Dès qu'il vit que j'étais ainsi maltraitée parle chien, il sortit des broussailles,

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