‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 34 sur 239 · LIVRE 1, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. VII

s'élança pour me secourir, et. attaqua le chien qui se hâta bien vite de me laisser. L'animal s'approcha ensuite de moi comme s'il eût été doué de raison; il me léchait et me caressait avec sa bouche. Il se mit ensuite en chemin, et il me faisait signe de m'appuyer sur lui. Je le fis. et il me conduisit ainsi à la maison, au grand étonnement de tous ceux qui le virent.

Un autre jour, j'étais avec ma parente à garder les troupeaux au bas de la montagne. Nous étions assises sur une roche, quand nous vîmes de loin un berger qui venait vers nous. Nous eûmes peur, et nous nous cachâmes dans une grotte qui était sous cette roche ; comme il y avait de grandes herbes, nous nous mîmes dessous. Nous étions seulettes et sans défense ; mais Dieu voulait nous garder. L'homme arriva, il monta sur la roche même où il nous avait aperçues, et ne pouvant nous découvrir, il s'écria : « Où sont-elles donc allées ? Que les diables les emportent î » Nous restâmes là cachées jusqu'au soir, et nous ne quittâmes notre retraite que lorsque nous crûmes qu'il était parti, Mais, par suite de l'effroi, nous étions tellement trempées de sueur, qu'on eût dit que nous sortions d'une rivière.

A mon retour à la maison, on m'adressa les plus sévères reproches : on me dit que j'étais folle, qu'il fallait renoncer à cette oraison et à ces désirs d'être religieuse ; que, si j'allais au couvent d'Avila, je ne pourrais en soutenir l'austérité ; que je serais forcée d'en revenir, et que je déshonorerais la famille ; qu'il valait mieux couper court, et prévenir ce malheur, en ne songeant plus dès ce moment à entrer au monastère. Pour atteindre ce but, tantôt mes parents me traitaient avec rigueur, et tantôt avec beaucoup d'affection. A les entendre, ils n'agissaient de la sorte que pour mon bien ; s'ils s'opposaient à mes désirs,

c'est parce que je n'aurais pas la force de soutenir le genre de vie que je voulais embrasser. Ils se servaient de leurs amis pour me détourner de mon dessein, pour me conseiller ce que mes parents me conseillaient, enfin pour me dire que je n'étais pas en bon chemin et que je devais en prendre un autre.

* CHAPITRE VIII

Apparition du démon sous la forme d'un géant. — Terreur que lui cause cette vision. — Elle invoque soudain la très-sainte Trinité. — Apparition des trois divines Personnes. — Épreuve de la maladie. — Pèlerinage à un sanctuaire de l'apôtre saint Barthélémy. — Guérison soudaine. —Lumière surnaturelle sur l'accomplissement de ses désirs.

Un soir qu'il faisait un très-beau clair de lune, une de mes parentes demanda à mes frères permission de m'emmener avec elle, pour me faire voir son lin qu'elle avait dans une maison peu distante du hameau. A peine arrivées, nous entendîmes un grand bruit qui me causa une vive frayeur; on traînait des chaînes, et on poussait de forts gémissements. Ma parente, me voyant troublée, me disait : Ce n'est rien, c'est seulement quelque bête qui passe par le chemin. Mais bientôt nous apparaît à peu de distance une vision effrayante. C'était quelqu'un qui avait deux fois la taille d'un homme ; malgré cette grande stature, il était très-agile et il s'avançait vers nous. A cette vue, je m'évanouis et je tombai à terre en disant : Que la très-sainte Trinité m'assiste! Ma compagne me relève soudain, et s'efforce de m'enlever la frayeur; me voyant un peu revenue,

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