LIVRE I, CHAP. VIII
mai.- très-faible, elle me soutint de son bras, et me ramena à la maison. Or, durant tout le trajet, depuis le lin jusqu'à la maison, je vis constamment marcher devant non-, a une petite distance, (mis personnes v<
me; je dis a ma parente: «Qui sont ces personnes? h Ce doivent être, me dit-elle, des pasteurs qui viennent de la garde des troupeaux. » Mais en arrivant à la maison, je reconnus par une lumière surnaturelle que c'était la très-sainte Trinité que j'avais appelée à mon secours.
Je dem jurai avec cotte crainte et cette faiblesse de cœur que m'avait causées l'effrayante vision dont je viens de parler. La nuit, je ne pouvais être seule dans un appartement sans être saisie de peur. C'était une mauvaise ombre qui me poursuivait. Je le dis cà mes frères ; ils firent dire des messes pour me délivrer, mais l'épreuve ne passait pas. On était alors aux approches de la fête de saint Barthélémy, et il y avait à cinq lieues d'Almendral un ermitage du saint apôtre, auquel on avait une grande dévotion dans ces contrées. Mes parents m'y conduisirent pour y faire une neuvaine. Trois lieues avant d'arriver, je demandai à mes frères la permission de marche;' à pied, afin que Dieu m'accordât la grâce de ma guérison. Ils y consentirent. Je fis donc à pied les trois lieues. Mais arrivée à l'ermitage, me sentant extrêmement fatiguée, je voulus, avant d'y entrer, me reposer quelques moments, et voilà que tout à coup je fus frappée de paralysie. Il fallut me porter dans le sanctuaire consacré à l'apôtre. A peine en avais-je franchi le seuil, que je me sentis délivrée de mon mal et entièrement guérie. Pour comble de bonheur, je reçus l'assurance que je verrais l'accomplissement de mes désirs.
* CHAPITRE IX
Son entrée en religion retardée par ses parents. — Recours aux âmes du purgatoire et à la très-sainte Vierge. — Constance dans sa vocation. — Entrée au monastère de Saint-Joseph d'Avila, le jour des Morts.
Au retour de notre pèlerinage à Saint-Barthélémy, nous reçûmes des lettres du monastère de Saint-Joseph d'Avila, où l'on me disait de venir. Mais il n'y avait nulle apparence que mes parents voulussent)* consentir. Je fis dire chaque jour une messe pendant un an, pour les âmes du Purgatoire, afin que ces âmes par leur crédit, et la très-sainte Vierge par son pouvoir, adoucissent mes parents; ils différaient de jour en jour leur consentement, dans la pensée que ces délais finiraient par me faire renoncer à mon dessein.
Dans cet intervalle, quelques religieuses, qui allaient fonder à Talavera, passèrent par Almendral. Mes parents les prièrent d'accepter l'hospitalité chez eux. Saisissant une si bonne occasion, ils les conjurèrent au nom de Dieu de me persuader de m'en aller avec elles, disant que le monastère qu'elles allaient fonder était tout près, et qu'ils seraient beaucoup plus contents de me voir parmi elles. Les religieuses ne manquèrent pas de me conseiller dans le sens de mes parents. Elles s'enfermèrent toute la soirée avec moi, me pressant avec les plus vives instances; elle me firent les offres les plus avantageuses, et me promirent toutes les faveurs qu'on peut imaginer. Mais plus elles faisaient d'efforts pour me persuader, plus je me sentais forte et déterminée à ne pas me départir de ce que Notre-Seigneur m'avait montré. C'était sans doute cet