CHAPITRE X
BIOGRAPHIE DE LA SŒUR FRANÇOISE DE JlSUS
Cousine gennaine de la vénérable mère Anne de Saint- Barthélémy, morte en odeur de sainteté nu monastère des Carmélites de Médina del Campe
Le divin Maître a voulu que les trésors de grâces qu'il avait mis dans cette vierge ne demeurassent pas inconnus. Anne de Saint-Barthélémy nous a dépeint l'enfance et la jeunesse de son angélique cousine et de sa compagne inséparable. Marie de Saint- Jérôme, première prieure de Saint-Joseph d'Avila après sainte Térèse, et les Carmélites de Médina del Campo, nous ont fait connaître sa vie religieuse. C'est leur récit que nous allons mettre sous les veux du lecteur.
Écoutons d'abord la mère Marie de Saint-Jérôme, qui, en sa qualité de prieure et maîtresse des novices à Saint- Joseph d'Avila, les connut intimement l'une et l'autre. Dans une relation qu'elle fit de la vie et des vertus de la mère Anne de Saint-Barthélémy, elle s'exprime ainsi en parlant de ces deux vierges :
u Elles étaient toutes deux si unies dans leurs désirs et leurs résolutions, qu'elles ne semblaient être qu'une même chose, qu'une seule âme. Elles furent baptisées ensemble, et elles croissaient si également, que se mesurant souvent, elle se trouvaient toujours égales; Elles suivaient une même voie dans l'oraison. Elles furent quelques années sans avoir d'autre confesseur que le curé de la paroisse auquel elles ne pouvaient se découvrir, bien qu'elles se confessassent souvent. Elles se consolaient, et s'encourageaient l'une l'autre. Leur chemin du reste était si droit, et Dieu qui était leur Maître les gardait si visiblement de sa main, qu'elles n'avaient pas besoin de directeur. Les fêtes après la messe, elles s'en allaient aux champs pour y être seules avec Dieu. Il arriva souvent que s'étant mises sous un arbre dès l'heure de midi, elles s'y retrouvaient encore à l'entrée de la nuit, sans avoir changé de place. Ceux qui venaient les chercher pour les ramener à la maison se fâchaient contre elles, mais leurs reproches étaient pour elles une grande joie. A peine avaient-elles commencé à parler ensemble de Dieu, elles étaient si ravies, que le monde qui passait près d'elles ne les troublait nullement. Leur charité pour le prochain était la même : elles sortaient ensemble aux heures commodes, portant à l'hôpital ce qu'elles avaient réservé de leur repas pour le distribuer aux pauvres. Elles donnaient leurs chemises de lin à de pauvres femmes, et elles en portaient de serge. La compagne d'Anne de Saint-Barthélémy prit l'habit