‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 39 sur 239 · LIVRE I, CHAP. X · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. X

à Avila après elle, et elle vécut à Médina del Campo, etc. i

Voici maintenant la relation écrite par les Carmélites 'le Médina del Campo, et envoyée par elles à la Vénérable Mère Anne de Saint-Barthélémy à Anvers :

« Sa vie fut tellement ornée de vertus, qu'elle semblait un ciel étoile. Ses exercices spirituels, à la maiii.'ie de ceux de sainte Gertrude, étaient sinombreux et si continuels, que nous tenions pour chose miraculeuse qu'une tète humaine fût capable de tant d'application, et cela sans en éprouver la moindre fatigue. Dès deux heures du matin elle commençait son oraison, et la continuait sans cesser tout le jour, avec beaucoup de larmes de dévotion. Chaque jour elle réitérait ces mêmes exercices avec les mêmes considérations et les mêmes paroles, mais avec de nouvelles et ferventes affections, fruit de ces douces larmes qu'elle répandait. Elle avait un exercice spirituel pour se vêtir, un autre [tour aller au chœur. L'exercice de toute la Passii m . chaque jour; celui delà rénovation de ses vœux, à chaque heure. Chaque semaine, l'exercice de la vie entière de Notre-Seigneur et de la très- sainte Vierge. Ces exercices et les autres que nous n'énumérons pas portaient tous la grande empreinte de l'esprit du Carmel : la soif de la plus grande gloire de Dieu et du salut des aines.

« Sa belle âme était perpétuellement embrasée de ce feu apostolique qui est le trait distinctif de la vraie fille de sainte Térèse, et toutes les occupations étaient un aliment à cette flamme. L'aiguille à la main, étaitelle à coudre des habits, elle souhaitait de vêtir tous les pauvres qui sont au monde. Apprêtait -elle quelque aliment pour une sœur malade, elle eût voulu la soulager et la guérir au prix de sa vie. Hachait-elle quelque chose, elle faisait intérieurement des actes de

martyre; elle eût voulu être ainsi hachée pour l'amour de Notre- Seigneur.

<( Ce grand amour pour le divin Maître était le principe de sa soif insatiable de mortification et de pénitence. Elle voulait autant qu'il dépendait d'elle ressembler à son cher Époux crucifié. Elle retranchait à son boire et à son manger tout ce qu'elle pouvait ; étant dépensière du couvent, il lui était facile de satis faire son attrait. Elle ramassait dans une écuelle le reste des potages, du poisson, de l'huile et du vinaigre, et mangeait cela tout froid. C'était avec ces restes ainsi mis en réserve qu'elle soutenait les jeûnes de l'Ordre, et les huit ou neuf dernières années de sa vie, elle les soutint avec plus de force et de rigueur que jamais; chaque jour elle imprimait sur son corps les stigmates de la croix, le meurtrissant avec sa discipline , mais sentant à peine les coups, tant son âme était occupée de l'amour de son Dieu crucifié.

« Modèle de toutes les vertus, elle excitait ses sœurs par ses exemples et par ses paroles à les pratiquer avec courage et fidélité. Mais par-dessus tout, elle cherchait sans cesse à les enflammer de l'amour de Dieu. Elle ne pouvait voir l'ombre de tiédeur; partout, en tout, elle voulait voir l'amour ; cela éclatait malgré elle au dehors. « L'amour, l'amour, l'amour! » c'était là sa parole ordinaire.

« Il y aurait de grandes choses à dire sur la charité dont elle était embrasée pour Dieu, et sur le zèle dont elle brûlait pour le salut des âmes. Elle avait un désir continuel d'être martyre ; et si elle n'a pu l'être par les mains des tyrans, elle sut trouver d'autres voies qui lui ont fait mériter cette palme si ardemment désirée. Ce qu'elle souhaitait pour elle, elle le souhaitait aussi pour ses sœurs; sa foi vive lui découvrant en elles les épouses de Notre-Seigneur, elle les aimait

Page 1