LIVRE I, CHAP. X
d'une tendresse de charité qu'elle ne pouvait contenir dans son Ame. Quand elles étaient réunies au chœur, elle les bénissait en silence ; quand elles étaient autre part, elle répétait souvent : Seigneur, bénissez-les! Le martyre étant le vœu habituel de son âme, elle avait Une incroyable dévotion à en mettre l'image sous les yeux : ainsi quand les sœurs étaient réunies en récréation, elle levait la main comme pour leur trancher la tête, afin qu'elles fissent des actes de martyre; et elle disait, en faisant semblant de les décapiter l'une après l'autre : Décapitée pour son Epoux!
a Malgré son humilité et son soin de se cacher, sa sainteté était connue, et l'on venait à l'envi au monastère de Médina del Campo, se recommander à ses prières. La veille de la mort de cette épouse de Jésus- Christ, le médecin du couvent, tout transporté d'admiration, dit à la prieure : Je ne sais, madame, ce qui en sera ; cette sœur qui est si pénitente et si cachée, cette pauvre religieuse est en grande estime dans la ville de Médina del Campo. Le Pape la béatifiera au seul récit de ce périple, tant on en dit du bien, et tant on la tient pour sainte.
« Il y avait 57 ans que cette magnanime et candide vierge militait sous l'étendard de sainte Térèse. Les anges balançaient déjà au-dessus de sa tête la couronne de justice que le juste juge lui réservait. Mais, par un secret de son amour, le divin Maître veut que lesîderniers jours de sa fidèle servante sur cette terre d'exil soient les plus riches en mérite. Dans ce but, 1 fait une magnifique part de sa croix à sa fidèle Françoise, et en même temps il laisse déborder de son divin Cœur un torrent de flammes qui achèvent de la transformer tout entière en son amour. »
Assistons à ces scènes de la grâce que la relation des Carmélites de Médina del Campo nous met ainsi sous les veux.
(t Le divin Maître lui envoya une longue maladie. Elle commença par un catarrhe et une oppression de poitrine, avec des redoublements de fièvre, et im tel dégoût, qu'en un mois et demi qu'elle demeura au lit, elle ne mangea pas la valeur de ce qu'on prend en un jour.
« Il y eut un mieux dans sa santé, et nous la crûmes guérie pour longtemps; mais le divin Maître la préparait à la vie éternelle. Elle se sentit bientôt plus accablée, et tout son corps fut en proie à des douleurs excessives qui lui arrachaient de grands soupirs ; eu sorte que, quand on s'informait de son état, elle répondait toujours qu'elle tirait à sa fin.
h On usa de plusieurs remèdes, mais ils furent sans effet. Le divin Maître accomplissait les désirs qu'elle avait toujours eus de souffrir, tant durant sa vie qu'à l'heure de sa mort. Elle n'avait de joie que dans ses souffrances, louant sans cesse Notre-Seigneur et le remerciant de tout. Elle remerciait aussi les infirmières et les autres sœurs pour le moindre service qu'elles lui rendaient : car elle demeura les quinze derniers jours dans le lit, sans pouvoir faire aucun mouvement. Alors le visage et les pieds lui enflèrent, comme s'il j eût eu de l'hydropisie ; elle supporta ce surcroît de souffrance avec une patience inaltérable.
<( Ce qui dominait dans son âme, au milieu de ce travail de la maladie, c'était un inexprimable désir de se voir réunie à son céleste Époux. Elle soupirait après la mort, et après le moment de recevoir les derniers sacrements, afin de pouvoir prendre son essor vers le ciel.
« Trois semaines avant sa mort, le mal étant reconnu mortel, elle reçut Notre-Seigneur en viatique, avec toute la ferveur et toute la dévotion de son âme. Elle eût voulu aussi recevoir l'Extrême- Onction, afin de