‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 45 sur 239 · LIVRE II, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. I

i ma faiblesse et mon peu de vertu; néanmoins, en ï inclinanl vers ce parti, j'avais des vues droites, et je ï cherchais à les suivre plutôt qu'à tlatter ma nature. o Mais ayant appris vers ce temps les coups portés à la <( foi catholique en France, tes ravages que ces malheu- « reux Luthériensy avaient faits, et les rapides accrois- « sements que prenait de jour en jour cette secte dé- « sastreuse, j'en eus l'âme navrée de douleur. Dès ce « moment, comme si j'eusse pu ou que j'eusse été a quelque chose, je répandais des larmes auxpiedsde « Notre-Seigneur, et je le suppliais de porter remède u à un si grand mal. J'aurais donné volontiers mille vies « pour sauver une seule de ces âmes que je voyais se « perdre en si grand nombre dans ce royaume. Mais, « hélas! étant femme, et encore bien pauvre de vertu, « je me voyais dans l'impossibilité de servir en rien la « cause de mon divin Maître. Cependant j'étais sans « cesse poursuivie par un désir qui me consume en- « core : voyant que cet adorable Maître avait tant d'en- « nemis et si peu d'amis, je souhaitais que du moins « ceux-ci fussent à toute épreuve. Ainsi je résolus de « faire le peu qui dépendait de moi, c'est-à-dire de « suivre les conseils évangéliques avec toute la perte fection dont je serais capable, et de porter ce petit « nombre de religieuses réunies à Saint-Joseph à émet brasser le même genre de vie. Je fondais ma conu fiance en la bonté de Dieu qui ne manque jamais « d'assister ceux qui renoncent généreusement à tout (( pour l'amour de lui. Mes compagnes étant telles que « mon désir se les figurait, j'espérais que mes défauts « seraient couverts par leurs vertus, et qu'ainsi j e pour- <( rais contenter Dieu en quelque chose. Enfin, il me « semblait qu'en nous occupant tout entières à prier a pour les défenseurs de l'Église, pour les prédicateurs u et les savants qui combattent pour elle, nous vien-

a lirions, selon notre pouvoir, au secours de cet ado- <( rable Maître si indignement persécuté. Car, à voir « l'acharnement avec lequel ces traîtres, comblés par a lui de bienfaits, lui font la guerre, on dirait qu'ils a veulent le crucifier de nouveau et ne lui laisser sur u la terre aucun lieu où il puisse reposer sa tète. »

La Sainte ajoute ensuite :

« 0 mes sœurs en Jésus-Christ, joignez- vous à moi « pour demander, -par les plus ardentes supplications, u cette grâce au divin Maître. C'est là votre vocation ; « ce sont là vos affaires ; là doivent tendre vos désirs ; a c'est pour ce sujet que doivent couler vos larmes ; a enfin c'est là ce que vous ne devez cesser de deman- « der à Dieu. »

Ces paroles de la Sainte exposent avec clarté la fin qu'elle se proposa dans ce renouvellement de son Ordre et dans la fondation de ses monastères, ainsi que la vocation des religieuses qui les habitent. En effet, bien que son premier dessein fût d'une grande perfection, néanmoins elle le transforma de telle sorte, elle i'éleva si haut par cette nouvelle fin et cette nouvelle destination qu'elle lui donna, qu'à peine pourrait-on trouver, dans un Ordre quelconque de femmes, une perfection plus grande, ni une vocation plus élevée. Car, selon la doctrine de saint Thomas et selon la vérité, 1 a supériorité d'un ordre religieux sur un autre, au point de vue de la perfection, ne consiste pas tant dans les pénitences qu'on y pratique que dans le privilège de posséder une lin plus élevée, avec les moyens proportionnes pour atteindre cette fin. Et ainsi il conclut que les Ordres religieux les plus élevés en perfection sont ceux qui oui pour fin l'enseignement et la prédication, et qu'après eux viennent immédiatement les Ordres qui ont pour fin la contemplation : car, de même que c'est plus d'éclairer les autres que de briller seulement, de même

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