LIVRE II, CHAP. III
jr (ii- à mon <•< masseur que je trompais mes sœurs eu leur (Usant, avec cette intention, que je mangeais ; je lui. demandai si ce n'était pas un mensonge, car je n'aurais point voulu en dire un pour tout au monde ; et si j'avais parle de la sorte, c'est parce que j'avais cru dire la vérité. Il me répondit : Qui vous a enseigné cela? Assurément ilriij a pas de mensonge, puisque vofre intention pst de donner votre repas à Vôme. Voilà ce que je faisais p«»ur honorer la passion de Jésus-Christ. Ce que je fais dire, et une partie de ce qui a été dit, est en dehors du sujet que je traitais, mais je le mets ici de peur de L'oublier, comme on me Ta ordonné.
Voici ce qui m 'arriva un jour de vendredi-saint, lorsque j'étais encore bien petite. Il vint dans notre église un grand prédicateur. Mes sœurs et moi nous nous rendîmes au sermon; moi jJy allais avec un vif désir que le prédicateur nous dît de grandes choses de l'amour avec lequel Jésus-Christ avait souffert. Mais le bon homme ne dit quasi rien à mon goût. J'en eus une peine profonde durant tout le sermon, j'étais attristée d'entendre parler si froidement. Au sortir du sermon, je commençai à pleurer. Mes sœurs me dirent : Petite , pourquoi pleures- tuf Je répondis : Je pleure, parer que ce père n a pas bien prêché. Et elles répliquèrent : Qu'en sais-tu? — Je vous déclare, leur dis-je, que si jponrais prêcher, je parlerais mieux sur ce sujet, si j'en juge par ce que je sens dans mon cœur.
Une fois, dormant dans la cellule de notre sainte Mère à Avila, je me vis durant le sommeil en présence de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, en qualité déjuge, venait me juger. Je me trouvai en purgatoire : c'était coin me une vaste nappe d'eau, on eût dit l'endroit le plus large d'un grand fleuve, mais à la place d'eau ce n'était que du feu, et un feu qui étreignait dans ses ardeurs; je me vis enfoncée dans ce feu jusqu'au milieu
du corps. Il y avait un très-grand nombre d'autres urnes qui y étaient entièrement plongées ; d'autres ne l'étaient pas autant. Étant dans la situation que j'ai dite, je vis venir à moi mon ange gardien ; il était trèsbeau, et très-resplendissant; il me dit : Sentez-vous beaucoup le feu ? — Oui, lui dis-je, mais avec l espérance de voir bientôt le Seigneur, je n'en ressens point de peine. Les mauvais anges allaient et venaient sur le bord du fleuve, armés de crocs, me menaçant de me saisir, mais ils ne me faisaient point de mal. Bientôt arriva le bon ange dont j'ai parlé, et toute la vision disparut. Je m'éveillai, et je trouvai ma tunique aussi mouillée que si j'eusse été plongée dans l'eau; mais j'étais bien triste de me voir encore vivante, car je pensais que c'était fini de cet exil. Cette vision eut lieu peu de jours après mon entrée au monastère de Saint-Joseph d'Avila .La Sainte et les sœurs en me voyant me demandèrent ce qui m'était arrivé, car j'avais l'air d'une déterrée. Je dis à la Sainte ce que j'avais vu durant le sommeil; elle me dit en riant : Allez, ma fille, vous n'irez point en purgatoire. Je pris cela pour une parole gracieuse, et je n'ai jamais pensé que la Sainte l'ait dite dans un autre sens ; je crois au contraire que j'aurai un long purgatoire, et que Dieu me fera une grande grâce de m'y faire descendre plutôt que dans un autre abîme plus redoutable, vu la manière dont j'ai vécu .