‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 50 sur 239 · LIVRE II, CHAP. IY · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. IY

* CHAPITRE IV

Comme elle était perpétuellement consumée par le feu de l'amour de Dieu et par le zèle du salut «les âmes, sans pouvoir se distraire, son confesseur lui dit quïl y a illusion; mais sainte Térèse la rassure. — Comment Notre-Seigneur la récompense de son obéissance. — Visite du divin Maître qui semble lui prendre son cœur. — Vision où l'éternité de Dieu lui est montrée.

Je reviens à cette disposition intérieure dont j'avais commencé à parler, à ces élans habituels d'amour de Dieu, et à ces transports de zèle excités par la vue des Ames que Notre-Seigneur m'avait montrées. Tout ce que je pouvais faire était, selon moi, peu de chose en comparaison de mes désirs. Comme le confesseur voyait que ce zèle et cet amour des âmes qui ne me quittaient pas duraient depuis si longtemps, il me dit un jour : Faites-y attention, ma fille, c'est là une charité qui vient du diable, lequel vient vous tromper. Je m'en allai à notre sainte Mère, je la priai de me dire s'il en était ainsi, et je lui rendis compte de tout ce qui s'était passé en moi. Elle me dit de ri avoir point de peine, que cela ne venait point du démon, quelle avait elle-même passé par ce même genre d'oraison, et qu'elle avait trouvé des confesseurs qui ne la comprenaient pas. Avec cette réponse, je restai consolée, et je crus que ce que la Sainte me disait, c'était Dieu même qui me le disait par sa bouche. Il n'était pas en mon pouvoir de contenir cet amour de Dieu et ce zèle des âmes qui brûlaient dans mon cœur, sans s'éloigner de moi. Comme

je ne dormais pas, notre Sainte me dit un jour : Ma fille, dès que la cloche donnera le signal du sommeil, laissez, l'oraison, et dormez. Je désirais d'obéir et de faire ponctuellement ce que l'on me commandait. C'est pourquoi je disais à Notre-Seigneur, lorsque j'allaiprendre mon repos : Seigneur, je n ai point permission (F être avec vous, il faut que vous me laissiez dormir. Chosfl merveilleuse, et qui montre combien Notre-Seigneur désire que nous obéissions ! cet adorable Maître mi laissait dormir le même temps que les autres; et à mon réveil, je le retrouvais sur-le-champ dans mon âme; il semblait qu'il était là à me garder et à protéger mon sommeil. Mon corps éprouvait une étonnante agilité, il semblait n'être plus un corps humain; c'était à un tel point, que je craignais qu'il n'y eût quelque tromperie; car, ayant tant de courses à faire, je me levais et marchais, me sentant aussi légère qu'une paille ; et. en quelque endroit que je fusse, pour peu qu'on me laissât de repos, j'étais remplie de cet amour de Dieu dont je viens de parler.

Un jour, j'étais assise, occupée à mon travail, près du tour ; car, pour me distraire, on me donnait plusieurs offices. Mon àme commença à s'enflammer plus qu'à l'ordinaire de l'amour de ce divin Époux ; et pendant que j'étais dans cet état, le divin Maître s'approcha de moi avec le même extérieur qu'il avait quand il était dans le monde; à sa manière de s'avancer, il semblait me réserver quelque faveur particulière. A peine fut-il près de moi, qu'il mit la main sur mon cœur, et il me sembla qu'il me l'avait arraché. Il m'en resta une si vive douleur, que dans le moment, et sans m'en apercevoir, je laissai échapper cette plainte : « Eh quoi! bon Maitre, vous ravissez ainsi le cœur? n Il me le laissa cependant, mais de telle sorte qu'il semblait vouloir s'en aller du corps, et en proie à me

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douleur excessive. Ces visites faisaient qu'il n'était pas en mon pouvoir de nie distraire.

Un autre jour, j'étais en oraison dans un ermitage ; je fus saisie d'un recueillement surnaturel, et durant cette extase on me montra une vue de l'éternité de la très-sainte Trinité; et bien que cette vue me fût réellement montrée, je ne saurais dire comment elle était ; elle ne dura qu'un instant, le temps d'ouvrir et de fermer les yeux ; c'est une chose qui surpasse mon entendement. Tandis que j'étais dans ce recueillement, la ilorhe nous appela au réfectoire pour la collation. Sans m'en apercevoir et comme une personne qui dormait, je me levai au son de la cloche, et je me rendis au réfectoire ; et ce ne fut que lorsqu'après m'ètre assise à table, il me tomba un peu d'eau sur les mains, (pie je revins à moi ; il me semblait que je sortais comme d'un songe'.

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