LIVRE II, CHAP. V
fa mot, pour ne pas aller contre l'obéissance; mais je lis en moi-même : « Comment pourrai-je remplir
■t office, puisque je ne puis lever les pieds de terre?» Comme je pus, je me traînai jusqu'à la cuisine, afin d'y préparer quelque chose pour la plus malade. Pour ne rendre à sa cellule, j'avais à monter un escalier de douze degrés. Je m'arrêtai au bas de l'escalier, et je • lis au divin Maître : Seigneur, venez à mon aide, je ne lonter un seul degré. Cet adorable Maître m'appâtait alors au haut de l'escalier; il était d'une beauté ravissante, comme dans les autres apparitions, et sous la forme qu'il avait quand il conversait avec les hommes. Il me dit : Monte! et à ce mot je me trouvai à ses pieds, sans avoir senti la moindre souffrance. Il s'en vint avec moi à la cellule de la malade, il s'appuya sur le chevet du lit, comme un infirmier qui veut soulager ses malades, et il me dit : Mets ici ce que tu portes, et va-t'en donner aux autres ce qui leur est nécessaire : je servirai moi-même celle-ci. Je m'en allai; mais j'étais guérie, je me sentais forte comme si je n'avais jamais eu aucun mal; je me hâtai le plus possible, souhaitant ardemment de retrouver mon cher Maître à mon retour. Mais, malgré tout le mouvement que je me donnai, quand je revins, je ne le trouvai plus. La malade était toute rayonnante d'allégresse; elle me dit: Ma sœur, quel est donc ce mets que vous m'avez apporté? De ma vie, je n'ai rien mangé qui fût plus à mon goût. Je ne lui dis rien alors de la vision que j'avais eue, malgré la grande amitié que nous avions l'une pour l'autre. Je lui demandai ensuite si, pendant mon absence, quelque sœur n'avait pas été avec elle. Elle me répondit que non. Sur cette réponse, je me tus. Elle me dit cependant que jamais elle ne s'était sentie dans son âme ni plus contente ni plus réconfortée, et qu'il lui semblait qu'elle n'avait plus aucun mal. Bientôt toutes mes
nialades guérirent, et la sainte Mère me dit : Je v<m fais prieure des infirmes; ainsi, ne me demandez point permission [jour tout ce que vous jugerez leur être nécessmr ».
* CHAPITRE VI
Retour des ferveurs. — Pouvoir de l'obéissance. — Anne chargée du soin des malades et des travaux de la maison; assistance de Xotre-Seigneur. — Bonheur tout céleste qu'elle goûte à soigner la sainte Mère. — Une sœur miraculeusement guérie. — Paroles du divin Maître, qui confirment Anne de Saint-Barthélémy dans le grand désir qu'elle avait de servir toutes ses sœurs. — Charité héroïque pratiquée par elle pendant quarante jours.
Les ferveurs me revinrent comme auparavant : j'avais bien besoin des exercices extérieurs pour résister. Je ressemblais à un grand mangeur qui a devant lui une grande quantité de mets et qui les dévore des yeux, mais qui voit que s'il mange selon son appétit il est perdu: il se modère donc, mais plus il se modère, plus la faim qui lui demeure est grande. Je m'exerçais dans la charité, saisissant toutes les occasions qui se présentaient : je le faisais, grâce au Seigneur qui m'avait donné la santé et me fournissait les occasions de pratiquer cette vertu envers mes sœurs. Je ne le méritais pas ; mais le divin Maître, par son amour, me le faisait mériter.
Les religieuses avaient été fort étonnées, lorsque la sainte Mère m'avait ordonné de me charger du soin des malades, étant alors si malade moi-même. Mais Dieu le permit ainsi, afin que l'on vit la force des comman-