‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 53 sur 239 · I.1VKE II, CHAI'. VI OÔ · texte numérisé non relu

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déments des supérieurs, et la sagesse qui dirigeait mire sainte Mère dans tout ce qu'elle commandait. En obéissant à son ordre, je fus guérie. Toutes les sœurs en étaient dans le dernier étonnement, et moi plus que les autres, sachant combien j'étais indigne d'une si grande faveur.

Pendant que j'étais infirmière, j'avais à soigner une religieuse fort malade. Un jour, voyant qu'elle reposait, je la laissai, et j'allai me cacher un peu dans une : cave pour y faire oraison. Tandis que mon âme était | recueillie en Dieu, j'entendis une voix amoureuse qui ; me disait : Surge, lève-toi. Je répondis : Domine, Seigneur, que me commandez-cous? car je reconnus sa douce voix; ; mais il ne me répondit point. Je sortis pour voir ce que l'on voulait de moi, et voilà que l'on était à me : chercher par toute la maison, parce que la malade me demandait. Lorsque je fus près d'elle, je vis qu'elle venait d'avoir une faiblesse, et que mes soins lui étaient bien nécessaires.

Outre le soin des malades, j'avais encore tous les travaux de la maison, comme la Sainte me l'avait ordonné. Je soignais en outre la sainte Mère elle-même, jouissant aussi de son amoureuse compagnie, la servant avec une joie indicible et une légèreté de corps toute surnaturelle, comme on peut bien le croire du divin Maître qui opérait cela en moi.

Une autre religieuse tomba très-malade d'un charbon à l'œil : ce mal est très-dangereux dans ce pays. Les médecins ne tardèrent pas à en désespérer. Le chirurgien cependant continua ses remèdes. Étant un jour contraint de sortir de la Aille pour se rendre auprès de quelque autre malade, il me recommanda tout particulièrement de ne pas permettre qu'on touchât à la plaie jusqu'à son retour, ajoutant qu'il reviendrait bientôt. Je donnais à cette malade tout ce qui lui était

nécessaire, et je le faisais avec une telle promptitude, une telle agilité, qu'il me semblait que je ne sentais plus le poids de ce corps. Cette sœur était une grande servante de Dieu, elle s'appelait Pétronille-Baptiste. A la nuit, je m'endormis près d'elle ; et dans mon sommeil je vis entrer deux religieux de notre ordre, qui me semblaient être Élie et Elisée. Ils s'approchèrent • le la malade ils enlevèrent l'appareil de dessus la plaie desyeux, et ils la pansèrent. Le plus petit, qui était Elisée, allait et venait pour chercher les choses nécessaires, avec une promptitude qui m'étonnait. Lorsqu'ils eurent achevé leur ministère auprès de la malade, ils me dirent : Cest ainsi qu'il faut soigner tes /naïades, et non avec cette négligence que tu y mets. Je compris par ces paroles que nos œuvres sont bien différentes aux yeux de Dieu de ce qu'elles paraissent aux yeux dès hommes. Je pensais que je m'acquittais bien de mon office: mais je vis, par cette leçon, (|ue ce qu'il y avait de meilleur en moi était bien imparfait devant Dieu.

Ce n'était point parce que j'étais bonne que Notre- Seigneur m'accordait ces grâces, mais afin que l'on voie sa bonté. Bien que je sois si indigne de la -race, cet adorable Maître me cherche alors même quej'ypense le moins, afin que je ne me perde point et que l'on admire sa boute. Je m'acquittais de ces travaux extérieurs avec grande consolation, lorsque l'obéissance me :es commandait. Je n'avais aucun mérite en cela : sans m'arrèter au mal qui devait être en moi et aux fautes si nombreuses qui in'écbappentje trouvais ma consolation dans ces travaux, et il me semblait que je faisais tout par amour de Dieu. Comme mon adorable Maître voyait cela et qu'il m'aimait, il avait soin de me ménager certaines traverses, dans le but de me faire connaître mon amour-propre, et de tempérer les ferveurs.

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a cette époque où j'étais chargée d'offices, et où je désirais vivement que l'obéissance me laissât un peu de temps pour être seule avec Notre-Seigneur, j'en- Irai un jour dans un recueillement surnaturel après la communion ; Le divin Maître me dit alors : Lève-toi; ma volonté est que tu te fastes à lu volonté de toutes tes sir tu-*. en tout ce quelles te commanderont. Ce fut pour moi une grande consolation de voir que c'était là la volonté de Notre-Seigneur. Je fus satisfaite de ces paroles, parce qu'elles m'autorisaient à marcher avec plus de liberté ; car, de mon naturel, j'étais très-portée à faire plaisir, et je craignais quelquefois que cène fût un esprit d'amour-propre; le divin Maître, par ses parom'enleva le doute que j'avais.

Une autre fois, je m'assis près de la porte, car j'étais portière. J'éprouvais une certaine peine, parce qu'il me semblait que les anciennes n'étaient pas contentes que la prieure m'eût placée au tour, attendu que j'étais jeune encore: et je trouvais qu'elles avaient raison dans les circonstances présentes. Dans cet état, je vis en esprit que Notre-Seigneur me montrait un rosier sec qui était dans la cour, tout chargé de roses rouges e1 blanches ; comme il était sec, et que ce n'était point la saison des roses, le divin Maître me dit : On ne cueille j^oint ces roses sans passer par les épines. Il voulut me donner à entendre par là que c'est dans la souffrance et les contradictions que s'acquièrent les wrtus.

Je dirai ici, pour la gloire de Notre-Seigneur, qu'il me donnait toujours consolation lorsque je faisais du bien au prochain dans les occasions qui se présentaient et que je le secourais dans ses nécessités. Je me dérangeais, il est vrai, dans ces occasions, mais je trouvais qu'au lieu d'un dérangement, c'était une véritable consolation. C'est à ce bon Maître que je 1«' dois, el

cela m'a duré jusqu'à ce jour ; que son saint nom soit béni!

Le divin Maître, par un secret de son amour, voulut purifier dans le creuset de la souffrance une de ses plus chères épouses de Saint-Joseph d'Avila ; cette religieuse était Anne de Saint-Pierre. Il lui envoya tout à coup une lèpre terrible qui couvrait son corps. L'angélique patiente y vit un présent de la main de son Bieu-Aimé, et elle sut répondre au dessein de son amour. Les médecins conseillèrent de la faire sortir du couvent, de crainte que son mal ne se communiquât au moins à celles qui devaient la servir. Dieu m'inspira un grand désir de prendre soin d'elle. J'en parlai à une sœur qui soudain voulut se joindre à moi, afin d'empêcher la malade de sortir du couvent. Nous allâmes trouver la prieure, et nous la suppliâmes à genoux de nous permettre de la soigner, l'assurant que nous étions pivtcs à la servir en tout. Touchée de notre résolution, la prieure y consentit avec plaisir.

Les médecins ordonnèrent les sudorifiques les plus violents. Le couvent, qui était pauvre, ne pouvait fournir la quantité de linges qui eussent été nécessaires. Ainsi, j'étais obligée de laver, pendant la nuit, les linges qui avaient servi pendant le jour, afin de pouvoir lui en donner toujours de propres. Son corps était une plaie, et ses chairs dans un commencement de dissolution ; il s'en exhalait une odeur que nous n'aurions jamais pu soutenir si Dieu ne nous eût fortifiées; et cette odeur s'attachait à tout ce qui touchait à son corps. Je la servais donc pendant le jour, et pendant la nuit je nettoyais ses linges empreints de cette intolérable odeur que je viens de dire. Je fus quarante jours consécutifs dans cet exercice. Je devais, en outre, aller répondre au tour, parce que nous étions en petit nombre. Je faisais tout cela avec une

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