LIVRE II, CHAP. VI
agilité de corps et une facilité qui m'etonnaient ; Dieu m'y faisait trouver comme une récréation. L'odeur de la malade était telle, que les autres ne pouvaient seulement passer près de sa cellule. Quant à elle, comme je l'ai dit, c'était un ange de vertu, et Dieu l'aimait. Il devait sans doute se plaire grandement à nous voir, ma compagne et moi, ne tenir aucun compte des répugnances, et lui prodiguer nos soins. Je ne sentais ni fatigue, ni le manque de sommeil, ni le manque de nourriture ; il en était de même de ma compagne ; il était visible que Dieu était avec nous.
Un jour, émue des souffrances excessives de la malade, je suppliai le divin Maître de vouloir bien les lui alléger. Il me répondit quelle n avait pas encore assez gagné de mérites, et qu'il n'était pas temps de lui enlever ses souffrances, Mais, au bout de quarante jours, ses souffrances se convertirent en gloire ; je la vis, et notre sainte Mère, qui était alors au monastère de l'Incarnation, la vit comme moi, à côté du divin Maître qui lui témoignait beaucoup d'amour et la comblait, de faveurs. Dieu, pour accroître ses mérites et sa sainteté, la fit encore passer par de nouvelles croix tant intérieures qu'extérieures. Elle gouverna saintement, en qualité de prieure, le monastère d'Avila. Et plus tard, quand elle eut enfin attaché le dernier fleuron à la couronne de ses mérites, je la vis monter au ciel, toute resplendissante de gloire.
* CHAPITRE VII
Sainte Térèse se casse le bras : affliction et soins d'Anne de Saint- Barthélémy. — Apparition de Xotre-Seigneur à sa servante sous la forme de VEcce homo. — Nouvelle apparition du divin Maître, un mercredi de la semaine sainte.
A cette époque, notre sainte Mère se cassa le bras. Elle se rendait un soir au chœur pour Compiles, il faisait déjà obscur, et elle avait un escalier à descendre, avant d'entrer au chœur ; le mauvais esprit la précipita du haut de l'escalier en bas. Par la chute, l'os de son bras fut cassé au milieu. Les douleurs qu'elle en ressentait étaient grandes; toutes les sœurs lui portaient une vive compassion, et moi plus que les autres, parce que je l'aimais beaucoup et que je sentais ses travaux et ses peines.
Outre ces exercices que le Seigneur me donnait, j'avais d'autres malades à soigner ; j'étais de plus dépositaire et assistante à la cuisine. Ces divers emplois m'obligeaient de faire pendant la nuit ce qui était nécessaire pour notre sainte Mère, je me réservais le jour pour servir les autres religieuses.
Un jour, étant à la messe , je sentais mon âme dans la peine : de cette peine je passai à un recueillement surnaturel; et tandis que j'étais dans cet état, Notre- Seigneur m'apparut sous la forme de VEcce Homo, tel qu'il était lorsque Pilate le présenta au peuple, couronné d'épines, les mains liées, une corde au cou, et tout le corps couvert de plaies; les cris des Juifs voci-