‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 56 sur 239 · LIVRE II, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. VIII

nuits sans fermer l'œil ; mais je ne sentais point le défaut de sommeil, tant j'étais heureuse de lui faire plaisir, h ce bonheur si grand que j'éprouvais dura jusqu'à sa mort. Le jour où elle mourut, elle ne pouvait point parler ; je la changeai tout entière de linge, toque, manches, et elle se regardait toute contente de voir comme elle serait propre, et, tournant les yeux vers moi, elle me regarda en souriant et me témoigna par signes sa reconnaissance.

Revenant à ce que je disais, je me trouvais aussi forte et l'esprit aussi consolé que si j'avais dormi les nuits tout entières et que si j'avais été délicatement nourrie. Le Seigneur faisait cela pour la consolation de la Sainte, car si elle se fut aperçue que le travail nuisait à ma santé, elle en aurait eu beaucoup de peine. Dieu, en faveur de son amie, opérait cette merveille, ainsi que les autres, dans une pécheresse misérable comme moi. Je ne méritais point de la servir. Aussi, je vis dans de grandes craintes d'avoir si mal profité d'une telle grâce. Et j'ai bien raison de craindre; car étant toute petite, j'aimais beaucoup à jouer et à me récréer avec les autres filles de mon âge, et lorsque j'avais quelque scrupule, je disais à Notre-Seigneur : Seigneur, si j'avais le bonheur d'être avec une sainte, je serais meilleure, je ferais ce que je verrais faire, et je me formerais sur ses exemples. Et à l'aide de ces pensées, je me sentais couverte de confusion, lorsque je venais de jouer. S'il a plu au divin Maître de me faire une pareille grâce, ce n'a pas été en considération de mes désirs ; à la vérité, on peut bien croire que ces désirs ne venaient pas de moi, mais de lui. Déjà, dans sa sagesse et sa miséricorde, il avait tout arrêté, tout disposé, et il m'inspirait ce désir afin que dans la suite, me voyant dans cette sainte compagnie, et ne faisant pas pour cela mon devoir, je me confondisse d'avoir

3té assez vaine et assez orgueilleuse pour désirer une faveur dont je n'étais pas digne, et dont je ne tirais point mon profit, comme l'eût fait tout autre à ma place.

* CHAPITRE IX

Départ de Burgos pour Albe. — Nouvelles souffrances de sainte Térèse durant le voyage, — Charité d'Anne de Saint-Barthé lemy. — Patience héroïque de la Sajnte.

Je reviens aux souffrances que la Sainte endura dan» ses voyages. Après tout ce qu'elle avait eu à supporter dans cette fondation du monastère de Burgos, Notre- Seigneur lui dit : Tu peux partir ; les souffrances ne font pas manqué ici, mais il t'en reste encore d'autres à endurer. La prédiction du divin Maître se vérifia : de Burgos à Albe, la route ne fut qu'un enchaînement de souffrances pour la Sainte. A Yalladolid, où elle s'arrêta, au lieu d'y trouver un peu de repos, elle n'y rencontra qu'un surcroit de peines; le divin Maître lui faisait part de sa croix afin d'embellir sa couronne. En quittant Yalladolid, elle alla à Médina del Cainpo : c'était son chemin pour se rendre au monastère d'Avila, dont elle était prieure. Le soir même de notre arrivée à Médina, elle eut un avis à donner à la prieure sur une chose qui n'allait pas bien. Dieu permit, pour accroître ses mérites, que la prieure prît fort mal cet avis. La Sainte en fut profondément affligée ; elle se retira dans un appartement, et la prieure dans un autre. La Sainte éprouvait une peine si vive de ce qui ve

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