‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 58 sur 239 · LIVRE II, < HAP. X OV · texte numérisé non relu

LIVRE II, < HAP. X OV

un jour. La Sainte, de son cote, s'était tellement accommodée de mon pauvre et grossier service, qu'elle ae voulait point être sans moi. Elle le lii bien voir dans la circonstance suivante. Je tombai malade delà fièvre la veille même du jour où elle devait partir pour la visite de ses monastères; je n'étais 'point en état de me mettre en route, elle me dit : N'en ayez point de peine, ma fille, je laisserai ici l'ordre de vous envoyer vers moi dès que la fièvre vous aura quittée. Mais voilà qu'à minuit elle me fit demander par une religieuse comment je me trouvais; j'examinai un peu et je vis que j'étais sans fièvre. Elle se leva de son lit, vint me voir et me dit : C'est vrai, ma fille, vous navez plus de fièvre, nous pouvons bien nous mettre en route; je le souhaitais, et je recommandais l'affaire à. Dieu. Il en fut ainsi, et nous partîmes le matin. Durant les cinq jours qui précédèrent sa mort à Albe, j'étais plus morte que vive. Et deux jours avant qu'elle mourût, elle me dit dans un moment où nous étions seules : Ma fille, l'heure de ma mort est venue. Cela me perça le cœur de plus en plus. Je ne la quittais pas un seul instant, je priais les religieuses de m'apporter ce qui lui était nécessaire, je le lui donnais, c'était pour elle une consolation que je fusse là. Le jour où elle mourut, elle resta depuis le matin sans pouvoir parler; le soir, le père qui l'assistait (c'était le père Antoine de Jésus, un des deux premiers Carmes déchaussés) me dit d'aller prendre quelque chose. Mais à peine étais-je partie, que la Sainte n'avait plus de repos ; d'un air inquiet elle regardait de côté et d'autre. Le Père lui demanda si elle me souhaitait près d'elle, et par des signes elle dit que oui. On m'appela, je me hâtai d'arriver ; dès qu'elle me vit, elle me regarda en souriant, me témoigna tant de bonne grâce et d'affection, qu'elle me prit avec ses mains et posa sa tête entre mes bras ; je la tins ainsi

embrassée jusqu'à ce qu'elle expira, étant plus morte que la Sainte elle-même; car, pour elle, elle était si embrasée de l'amour de son Époux, qu'elle soupirait après le moment de sortir du corps, pour être avec lui. Comme Notre-Seigneur est si bon, et qu'il voyait mon peu de patience pour porter cette croix, il se montra à moi, au pied du lit de la Sainte dans toute sa majesté et dans la compagnie de ses bienheureux qui venaient chercher son à me. Cette vision si glorieuse dura l'espace d'un Credo, en sorte que j'eus le temps de changer ma peine et ma douleur en une grande résignation, de demander pardon à Notre-Seigneur et de lui dire : Seigneur, quand bien même Votre Majesté voudrait me la laisser pour ma consolation, je vous demanderais, maintenant que j'ai m votre qloire,de ne pas la laisser un seul momentdans cet exil. Et à peine avais-je achevé de prononcer ces mots, qu'elle expira; et cetteàme bienheureuse s'en alla comme une colombe, jouir de la possession de son Dieu.

Comme la Sainte m'aimait tant, je lui avais demandé de me consoler, et de demander pour moi à Notre- Seigneur une parfaite liberté d'àme sans aucun attachement à qui que ce fût. De mon naturel j'étais affectueuse, et j'aimais la Sainte au-dessus de ce que l'un peut aimer, ainsi que les autres religieuses que je voyais avancées dans la perfection et aimées de la Subite. Je les aimais beaucoup, et quelquefois la Sainte me disait que cet attachement pour les amies n'était pas bon pour mon àme, et que je devais m'en défaire pour mon bien spirituel; mais jusqu'à cette heure où Dieu l'appela à lui, je n'avais pu en venir à bout. Ce fut elle qui m'obtint cette grâce, car depuis lors j'ai été libre et détachée, et il me semble que j'ai un plus grand amour pour les religieuses, les aimant sans mélamre d'amour propre; et, dans tout le reste, c'est

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