‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 59 sur 239 · LIVRE II, < HAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE II, < HAP. XI

comme Si j'étais seule en ce monde. J'aime toutes mes sœurs en Dieu et pour Dieu. Je demeurai avec une grande force d'à me pour ensevelir le corps de la Sainte, ce <{ue fis avec autant de liberté que si sa mort m'eût été étrangère.

Je désirais de rester là, dans ce couvent; mais ni le supérieur, ni les religieuses du monastère d'Avila, auquel j'appartenais, ne voulurent y consentir. On se hâta de m'envoyer chercher. Je sentais en mon àme un peu de perplexité. Mais la Sainte m'apparut et me dit : Obéis, ma fille, à ce qu'on te commande et pars d'ici.

* CHAPITRE XI

9â .(''YHtioii envers sainte Tôrèse. — Elle est transportée par les BtaÇÉB à Albe au tombeau ëte la Sainte, ils lui montrent son corps miraculeusement conservé. — Translation du saint corps au monastère d'Avila. — Faveurs qu'Anne de Saint- Barthélémy reçoit do la Sainte.

Depuis mon retour au couvent d'Avila, je priais la Sainte et je me recommandais à elle. Je fis part de cela au confesseur ; il me dit que c'était mal fait que de me recommander à une sainte qui n'était point canonisée, et il m'ordonna de ne pas le faire. Or, cette nuit-là même, pendant que je dormais, la Sainte m'apparut très-glorieuse et très-resplendissante, et elle me dit : Ma fille, demande-moi tout ce que tu. voudras, et je te ï obtiendrai. M'éveillant alors, je lui dis : Je vous demande l'esprit de Dieu, qu'il soit à jamais dans mon Ame. Et elle disparut, me laissant dans une parfaite assurance sur l'opinion que j'avais de sa sainteté. Ce

f> VIE DE LA V". M. ANNE DE SAINT-BARTHELEMT

que le confesseur m'avait commandé ne laissait pourtant pas de me causer de la peine ; car il m'avait dit de ne pas la prier comme une sainte. Mais moi, quand bien même les faveurs si signalées que Dieu lui avait faites, et qui rendaient témoignage que Dieu l'aimait, ne m'auraient point portée à la croire telle, en considérant uniquement l'amour avec lequel elle avait enduré pour Dieu tant de travaux dont j'avais été témoin et auxquels j'avais eu quelque part, j'affirmais comme certain qu'elle était une sainte bien véritable; j 'ajoutais que ce que Notre-Seignenr m'avait dit s'était accompli : que\dans sa compagnie, j'aurais de grandes souffrances à partager avec elle. Je parle ici de souffrances qui étaient visibles ; quant à celles que la Sainte endurait et qui ne paraissaient point au dehors, elles étaient sans mesure.

Je me rappelle ce qui lui arriva une veille de Noël ; c'était dans le temps de ses grandes peines et persécutions. Le Nonce avait donné une patente qui autorisait les mitigés à prendre tous les Carmes déchaussés et à se saisir de leur personne. Le soir, on lui apporta une lettre où on lui disait que tous les Carmes déchaussés seraient supprimés et que le Nonce voulait que toutes leurs maisons fussent démolies. Avant qu'elle allât à matines, je l'engageai à faire un peu collation. Tandis qu'elle était au réfectoire, profondément affligée, Notre-Seigneur s'approcha d'elle, coupa le pain et lui en mit un morceau à la bouche, lui disant : Mange, ma fille, je vois que tu souffres beaucoup, prends courage, [il rien peut être autrement. Cette nuit, pendant quelle était à matines, ses yeux étaient deux fontaines de larmes, et nous ne pouvions la voir sans pleurer comme elle.

Ses souffrances étaient telles, qu'on ne pouvait s'empêcher de les ressentir vivement : il n'en était

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