XIV PREFACE
cœur, et qui n'avait fait que grandir durant tant d'années! Cet amour divin rayonnait dans son regard et sur sa figure. Enfin Notre-Seigneur lui communiquait, comme a Judith, une splendeur de sainteté qui la rendait toute-puissante sur les cœurs. Cet adorable Maître, qui se complaisait en elle, la dirigeait en tout, l'instruisait, la consolait, l'encourageait, et la favorisait souvent de sa présence. Sainte Térèse, des hauteurs de la gloire, devenait à son tour la compagne inséparable de celle qui l'avait si tendrement assistée sur la terre; elle lui adoucissait le poids de sa charge, elle exerçait avec elle l'office de prieure, elle lui faisait en quelque sorte goûter en France, comme en Espagne, le bonheur de vivre en sa sainte compagnie. Nous entendrons Anne de Saint-Barthélémy nous dire dans le récit de sa vie : C'était la séraphique Mère qui faisait tout.
Rien n'a donc droit de nous surprendre dans les prodiges qui marqueront la carrière d'Anne de Saint-Barthélémy comme Fondatrice. Le premier monastère qu'elle fonde est celui de Pontoise. Écoutons-la elle-même nous parler des vierges qu'elle y a formées à la vie religieuse.
Nôtre-Seigneur me tenait dans ce Carmel de Pantoise, wmme dans un ciel. It né en contait, après les avoir si Imgttmps cultivées^ de me séparer de ces âmes qui paraissaient
TRKFACE XV
des anges. Le divin Maître ne les laissait point toucher terre, il les portait en quelque sorte dans ses bras, tant il versait fies de consolations et de joies spirituelle».
Tel est le portrait historique du Carmel de Pontoiae que nous a laissé la Fondatrice. Quel intérêt Ere pas la biographie de ces vierges ! Quelle angélique épouse du Christ et quelle sainte figure que cette Charlotte du Pucheul, si riche des trésors de la grâce dès ses plus tendres années, qu'elle jette saint François de Sales dans l'admiration î Quelle héroïne que cette Valence de Marillac destinée avoir un jour son père mourir en prison et son oncle périr sur Féchafaud, mais obtenant à L'un et à l'autre la grâce de faire à Dieu le sacrifice de leur vie, avec la foi et la sérénité des martyrs ! Parmi ces vierges qui illustrent le Carmel de Pontoise, la figure qui domine toutes les autres est la bienheureuse Marie de l'Incarnation. Elle vient dans cet asile sanctifié par Anne de Saint-Barthélémy répandre les derniers parfums de sa sainte vie. Là, du haut de l'autel où l'Église doit la placer, elle gardera intactes dans ce couvent les traditions laissées par la compagne de sainte Térèse.
Tours, la cité de saint Martin, aura la gloire de posséder dans ses murs une colonie de filles de sainte Térèse. C'est le second monastère fondé
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par Anne de Saint-Barthélémy. Dieu y fait éclater ses prodiges. Sainte Térèse apparaît à Anne de Saint-Barthélémy quand de Paris elle dirige ses pas vers la Touraine. Elle lui promet son appui. Ce Carmel à peine fondé jette un tel éclat de sainteté, que les hérétiques, qui étaient nombreux dans la ville, ne tardent pas à faire entendre ce cri de désespoir : Ces Térésiennes finiront par nous convertir tous!
Dès le jour même de la fondation, le divin Maître veut témoigner à sa fidèle servante combien ce nouveau monastère lui est agréable, et il lui fait la plus consolante promesse pour toutes celles qui doivent le peupler dans le cours des siècles. Mais ce sont les paroles mêmes de la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy qu'il faut entendre ici :
Le dimanche après F Ascension, jour oh le Très-Saint Sacrement fut mis dans ce monastère de Tours, tandis que je me préparais à communier, je demandais à Xotre-Sei- (jneur que ce commencement se fit dans sa grâce, et qu'avec cette grâce il daignât assister celles de nous qui étaient présentes, et toutes celles qui viendraient jusqu'à la fin : alors mon adorable Maître me donna une grande assurance qu'il le ferait, et qu'il agréait ma demande.
Heureuse la colonie des filles de sainte Térèse, abritée sous la houlette et le tombeau du grand
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saint Martin de Tours ! Appuyées sur une telle promesse du divin Maître, avec quelle vaillance elles doivent combattre et s'offrir en sacrifice pour le salut des âmes !
Le monastère de Tours répand bientôt un tel parfum de sainteté, et jouit d'une telle renommée dans toute la contrée, qu'une élite de sujets, la fleur de la noblesse, vient se ranger sous la conduite d'Anne de Saint-Barthélémy. Dieu bénit la direction de sa servante. Ce couvent sera un centre d'où la lumière se répandra. Plusieurs héritières de l'esprit d'Anne de Saint-Barthélémy partiront du Carmel de Tours pour aller fonder d'autres monastères. Les nobles familles des Quatrebarbes et des Montalembert seront représentées dans ce Carmel; et c'est Elisabeth de Quatrebarbes qui ira de Tours à Beaune conduire dans les voies de la sainteté Marguerite du Saint-Sacrement que la France travaille aujourd'hui à faire placer sur les autels.
Anne de Saint-Barthélémy établit l'édifice spirituel dont elle dote la cité de saint Martin sur des fondements si fermes, que la tempête révolutionnaire du dernier siècle ne peut y faire la moindre brèche. Arrachées de leur sainte retraite et conduites en prison, les Carmélites de Tours y font paraître une résignation sublime et une