ISABELLE DE SAINT-PAUL
La sœur Isabelle de Saint-Paul naquit à Ans ers, le 16 janvier 1560. Don Martin de Chavaria, son père, était un gentilhomme espagnol, qui avait épousé dans les Pays-Bas une demoiselle dont on ignore le nom. Isabelle était l'aînée des cinq enfants qu'il eut de son épouse. On ne sait rien de son enfance ni des premières années de sa jeunesse : on sait seulement qu'elle avait dix-sept ans, lorsque les troubles des Pays-Bas obligèrent son père de retourner en Espagne.
A l'âge de vingt ans, après avoir consulté son confesseur, elle fit vœu d'embrasser la vie religieuse. Son père songeait alors à la marier avec un de ses cousins germains : mais comme elle savait qu'il était rempli de religion, elle ne fit pas difficulté de lui faire part de l'engagement sacré qu'elle avait contracte . Elle le pria seulement de choisir lui-même l'Ordre où elle devait entrer ; et elle soumettait à son choix les ordres des Franciscaines, des Dominicaines et des Carmélites. Don Martin de Chavaria consulta le célèbre P. Grenade, Dominicain ; et celui-ci répondit à Isabelle par un billet qu'elle conserva longtemps, et dont M. de Bérulle lui fit faire le sacrifice lorsqu'elle était en France. Ce billet était conçu en ces termes : Ce qui brille le plus à présent dans l'Église de Dieu, c'est la réforme de la mère Térèse ; prenez ceci pour la volonté de Dieu. Ce Père lui recommandait aussi de ne se présenter qu'après s'être exercée à la pratique des vertus de cet état. Sans cette précaution, ajoutait-il, bien des personne* religieuses, même avec de la vocation, se montrent mal dans le cloître.
D'après cet avis, la jeune Isabelle renonça aux pa-
rares et s'adonna à l'oraison, jusqu'à y passer des nuits entières. Elle jeûnait fréquemment; et cette annéelà elle le fit depuis le jeudi saint jusqu'au jour de Pâques. Elle traitait son corps avec une grande rigueur; et non contente de se mortifier en secret, elle allait servir en public les malades dans les hôpitaux. Vt\ genre de vie si austère épuisa bientôt ses forces : et lorsque le P. Mariano de Saint-Benoît, un des premiers Carmes réformés, qui travaillait à la faire recevoir chez les Carmélites, lui écrivit de la part de sainte Térèse qu'elle pouvait choisir celui de ses couvents qui lui conviendrait, le mauvais état de sa santé ne lui permit pas d'y entrer. Il lui fallut sept à huit ans pour la rétablir ; et elle ne prit l'habit religieux à Bupgoa que le 20 décembre 1588. On ajouta le nom de Saint- Paul à celui qu'elle portait déjà. La pauvreté du couvent qu'elle choisit lui avait paru d'abord une raison de ne pas s'y présenter. Quand on esi êans le besoin, disait-elle, le travail devient nécessaire : et ce travail peut nuire à l'esprit d'oraison. Elle était même sur le point d'aller au couvent de Palencia. Mais la mère Thomassine la fit changer de sentiment, en lui disant que le travail commandé par V obéissance n est jamais contraire <) V esprit de prière.
La sœur Isabelle de Saint-Paul conserva i lans le cloître le goûi qu'elle avait dans le monde pour la prière et la mortification. Sun exactitude à tarder le silence était si grand*:-, qu'elle passait quelquefois des jours entiers sans dire une parole. Elle était si retenue dans ses regards, qu'après quelques mois de séjour dans la maison, elle n'en connaissait pas encore bien les endroits les plus fréquentés. Elle fit profession, le 28 mars 1590. Pour modérer l'attrait qu'elle avait pour la vie contemplative, on la chargea, dès qu'elle eut fait ses vœux, de remplir les fonctions d'infirmière el do provisoire.
UVRE II. CHAT, xv •.']
(( "h.-/, les < Carmélites, laprovisoire a soin des provisions qui se trouvenl dans la maison, et pourvoit à la nourriture de la communauté.)
M. de Brétigny, qui était originaire de Burgos, y tournait ordinairement pendant les voyages qu'il Brisait en Espagne. Ainsi, les Carmélites de cette ville Rirent les premières instruites du projet qu'on avait d'établir leur Ordre en France. Zélée pour le succès de cette entreprise, la sœur Isabelle écrivit aux supérieurs, afin de les engager à la favoriser. Elle ne parla pas du désir qu'elle avait d'y être employée; mais elle fut très-satisfaite quand le provincial lui annonça que la mère Anne de Jésus l'avait demandée et que son départ était fixé au lendemain.
La sœur Isabelle fut nommée prieure des Carmélites de Pontoise, après la mère Anne de Saint-Barthélémy; et pendant les deux ans qu'elle occupa cette place, elle fut un modèle de vertu. Madame Acarie disait d'elle : Je ri ai jamais vu d'esprit mieux réglé; elle est tout entière à chaque action, sans en anticiper le moment et sans la confondre avec une autre. La mère Isabelle veillait à ce qu'on ne fit pas de fautes dans la récitation de l'office divin ; et elle disait « qu'une religieuse « ne pouvait pas mettre trop d'exactitude à cet exer- « cice, parce qu'elle priait devant Jésus-Christ présent « dans le saint Sacrement. » Elle disait encore: Il est du devoir d'une prieure de prendre yarde à ce que tout ce qui sert au saint sacrifice soit tenu avec ordre et respect. Sa dévotion à Jésus-Christ immolé sur l'autel la portait à entendre toutes les messes qu'on disait dans le couvent; et cette dévotion ne l'empêchait pas de remplir toutes les obligations de sa place. Elle avait tant de complaisance pour les Carmélites françaises, qu'elle s'accommodait de leur nourriture, quoiqu'elle y eût beaucoup de répugnance. Par amour pour la pau-
vreté religieuse, elle n'abandonnait ses habits que quand la vétusté les avait mis hors d'état de lui servir. // faut, disait-elle, porter pauvrement un habit pauvre. Elle obéissait ponctuellement aux moindres ordres des supérieurs. Enfin, elle avait tant d'attrait pour les humiliations et les mépris, qu'elle portait envie aux personnes qui étaient dans le cas d'en éprouver.
La mère Anne de Jésus, qui partit pour Bruxelles au mois de janvier 1607, demanda bientôt que la mère Isabelle de Saint-Paul vînt l'aider à fonder des maisons de Carmélites dans les Pays-Bas. D'après l'avis de M. Gallemant, celle-ci alla rejoindre l'autre, au mois d'octobre de la même année. Elle fut employée à la fondation des Carmélites de Louvain; et elle fonda celles de Tournai et de Yalenciennes. Elle revint ensuite au couvent de Louvain, où elle resta jusqu'à sa mort. C'était elle qui avait fait bâtir ce monastère, avec les seuls fonds de la Providence. Aussi disaitelle : La Providence est le grand trésor des élus; et notre sainte Mère ne nous en a pas laissé d'autre.
Elle montra beaucoup de patience dans les maladies dont Dieu l'affligea. Elle disait dans la dernière : Nous n'avons que cette vie pour souffrir avec Jésus-C/trist; et nous avons toute l'éternité pour jouir de sa sainte présence. Quand on lui demandait ce qui pouvait la soulager, elle répondait : Tout m'est égal: vous avez trop de soin de moi. Elle se confessait souvent dans les derniers temps de sa vie : et comme on s'en étonnait, parce qu'on ne lui voyait faire aucun mal, elle dit : N'est-ce pas assez que je ne fasse aucun bien? Elle mourut à Louvain le 6 mai 1641. Le peuple de cette ville, qui la regardait comme une sainte, vint en foule pour la voir après sa mort; et afin de satisfaire sa dévotion, on fut obligé de laisser, pendant trois jours, le corps de la défunte exposé près de la grille.
i.IYRK If, CHAP. XV 93
L'oraison jaculatoire que la mère Isabelle de Saint- Paul faisait ordinairement était celle-ci : Béni soit le ÎHeu des Anges. Elle avait pour maxime qu'il faut parler peu et agir beaucoup. Quand elle avait quelque chose à taire, elle disait : Consultons le Seigneur avant tout. FAle disait encore : Le meilleur fruit rie l'oraison est d'aimer Dieu de tout son cœur et le prochain comme soi-même. (V. YJIist. mon. rie In fond, ries Cor met. de France, 1 vol. Pans.)