CHAPITRE VI
De la fondation du monastère des Carmélites de Pontoise. — La vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy, première prieure de ce monastère.
Le premier couvent des Carmélites ne fut pas plus tôt fondé à Paris, qu'il fallut en fonder d'autres dans plusieurs villes du royaume. La bonne odeur des vertus des religieuses espagnoles et des novices qu'elles formaient, se répandait partout et faisait désirer partout d'avoir des maisons de Carmélites ; d'autant plus que le désordre des guerres civiles avait introduit le relâchement dans la plupart des autres Ordres religieux. Madame Acarie, qui avait si bien réussi à établir le premier monastère du Carmel de France, fut donc obligée de s'employer à d'autres établissements du même genre. Nous allons en faire mention, à cause de la part qu'y prit cette sainte femme.
Ce fut quelques jours après la prise d'habit des trois premières novices, qu'on conçut le dessein d'entre-
prendre une nouvelle fondation. On voyait que h maison priorale, où l'on demeurait en attendant que le couvent pût être habité, était trop petite pour contenir tous les sujets qu'on avait à recevoir ; et les postulantes qui se présentaient désiraient avec ardeur de prendre l'habit religieux. En conséquence, la Bienheureuse et la mère Anne de Jésus proposèrent aux supérieurs de faire un nouvel établissement; et leur projet fut adopté sur-le-champ. Pour l'exécuter, la marquise de Breauté offrait une somme de dix mille écus; et M. Duval, une maison qu'il avait à Pontoise. Cette maison était alors occupée par la congrégation de filles qu'avait établie M. Gallemant; et plusieurs d'entre elles se sentaient appelées à la vie du Carmel. Enfin, Madame Acarie, qui connaissait Pontoise, aimait cette ville, parce que la piété y régnait.
On chargea cette sainte femme d'aller voir la maison qu'offrait M. Duval, et d'examiner en même temps les demoiselles de la congrégation de M. Gallemant qui avaient le désir d'être Carmélites. M. d'Aline ou rt, beau-frère de la marquise de Breauté, qui était gouverneur de Pontoise, proposa aux habitants de cette ville l'établissement qu'on voulait faire, et ils y consentirent: le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, donna aussi son agrément à la fondation. Pendant ce temps-là, M. de Marillac faisait les démarches nécessaires pour obtenir des lettres-patentes du roi. Le 10 janvier 1605, on mit des ouvriers dans la maison qu'on destinait aux Carmélites ; et le 25 du même mois elle se trouva prête à recevoir ces religieuses. Ce fut la Bienheureuse qui, après son retour à Paris, indiqua tous les changements qu'il fallait faire au bâtiment ; et quoiqu'elle n'eût couché qu'une nuit à Pontoise, et qu'elle s'y fût principalement occupée de l'examen des demoiselles qui demandaient à entrer