LIVRE HT, CHAP. VI
au Carmel, l'état des lieux était néanmoins demeuré si présenl à son esprit, qu'elle en régla la distribution
' la manière la plus convenable.
La sœur Anne de Saint-Barthélémy, à qui on venait amer le voile noir, fut nommée prieure du nou-
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?eau monastère; la mère Isabelle des Anges, sousprieure, et la sœur Béatrix de la Conception, maîtresse àes novices. La mère Anne de Jésus, qui gouvernait le premier couvent, voulut conduire à Pontoise les trois Carmélites espagnoles qu'on y envoyait ; et elle emmena avec elle deux des premières novices de l'Ordre, la sœur Louise de Jésus et la sœur Aimée de Jésus.
On partit de Paris le 14 janvier 1605. Madame Acarie et ses trois filles, la mère de M. deBérulle et quelques autres dames, étaient du voyage; MM. Gallemant, Duval et de Bérulle en étaient aussi, avec M. de Brétigny et M. Gauthier. La duchesse de Longueville et la princesse d'Estouteville accompagnèrent la colonie jusqu'à Saint-Denis, parce qu'on devait y coucher, pour communier le lendemain sur le tombeau de l'apôtre de la capitale.
Le 15, après la messe, on se remit en route pour aller à Pontoise ; et, avant d'y arriver, on s'arrêta pendant quelques heures à Maubuisson, célèbre abbaye de Bernardines que la mère de saint Louis avait fondée en 1241. Les religieuses de cette abbaye accueillirent avec vénération les Carmélites espagnoles, et leur firent des présents.
Les échevins de Pontoise étaient venus à Maubuisson, afin d'accompagner les Carmélites jusqu'à la maison qui leur était destinée. Le vicaire général de Rouen les y attendait, pour leur en faire prendre possession; et tout le peuple delà ville, qui était accouru à cette cérémonie, se félicitait de posséder des per-
sonnes si saintes.' Après avoir pris possession de leur monastère, les religieuses se rendirent au réfectoire; et, par suite du respect qu'elle leur portait, Madame Acari.e voulut les servir à table, malgré tout ce qu'on put faire pour l'en empêcher.
Le Saint-Sacrement ne fut exposé dans l'église que le lendemain, qui était un dimanche; et l'on donna au nouveau couvent le nom de Saint-Joseph. Dans l'après-midi du même jour, trois religieuses de Maubuisson, qui avaient été édifiées de l'air de sainteté qui paraissait sur le visage des Carmélites espagnoles, les firent prier de les admettre dans leur communauté. M. Duval allait repondre que les constitutions de l'Ordre s'opposaient à leur réception : mais Madame Acarie lui conseilla de ne pas donner si proinptement une réponse négative. Le dessein d'entrer dans l'Ordre de sainte Térèse, lui dit-elle, sera très-utile à ces religieuses. Occupées de ce dessein, elles deviendront plus régulières ; au lieu que, si on les refuse d'abord, elles continueront leur train de vie ordinaire. Le conseil fut trouvé bon, et on le suivit.
Le lundi, la mère Anne de Jésus donna l'habit religieux à quatre demoiselles de Ja congrégation de ;1. Gallemant : la première qui le reçut fut nommée Agnès de Jésus ; dans la suite, elle devint sous-prieure, et prit un grand soin de la Bienheureuse dans sa dernière maladie. Après la cérémonie, la mère Anne de Jésus, pour augmenter la ferveur des nonces qu'on venait de recevoir, leur dit ces paroles remarquables : Vous êtes dans un Ordre si saint et si parfait, qu'en gardant fidèlement la règle . on rr, droit du lit de la mort au séjour du ciel. La première nuit que ces novices passèrent dans la maison, elles sentirent une odeur miraculeuse, que les Carmélites espagnoles leur apprirent à nommer le parfum de sainte Térèss,
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Le mardi, on se mit on route pour revenir à Paris. On laissa à Pontoise la sœur Louise de Jés is, qui I demeurer dans le nouveau monastère : M. de Bérulle y resta pendant quelques jours, pour achever Ile donner des avisa la communauté; et M. de Bretigny y resta pendant sept à huit mois,, pour confesser les religieuses espagnoles. En revenant à Paris, la mère Anne de Jésus admirait la manière dont Madame Acarie avait établi l'Ordre en France; et Madame Acarie, de son côté, admirait la manière dont la mère Anne de Jésus le gouvernait. La Carmélite disait : Comment une seule femme a-t-elle eu assez de crédit en France, à Rome et en Espagne, pour faire un établissement si difficile'? Comment a-t-elle pu trouver tout Y argent qu on y a employé? La Bienheureuse disait à son tour : Comment une religieuse espagnole, qui n entend pas le français, a-t-elle acquis tant d'autorité sur des personnes de mœurs et de langue si différentes? Comment a-t-elle pu ne faire de toutes quun cœur et qu une âme?
Les Annales manuscrites des Carmélites de Pontoise rapportent un trait bien intéressant arrivé deux ans après la fondation de ce monastère, c'est-à-dire lorsqu'on commença à bâtir le nouveau couvent, où ces religieuses furent transférées en 1610, et où elles sont restées jusqu'à nos jours. Voici le trait dont il est question :
La maison donnée par M. Durai était petite et mal située; et le nombre des sujets qui se présentaient pour y être admis augmentait tous les jours. On acheta donc, en 1607, un autre emplacement plus spacieux et plus commode. « Mais, dit M. de Marillac, comme « les fonds manquaient pour commencer à y bâtir, « nous nous entretenions de cet objet,. Madame Acac rie et moi. Cette sainte femme -n'ayant témoigné « un grand désir qu'on entreprît le bâtiment projeté,
(( je lui demandai si elle croyait que Dieu voulût « qu'on mit aussitôt les ouvriers en œuvre. Elle se • tut ; et il me paraissait que son désir était la suite « de quelque révélation que le Saint Esprit lui avait « faite, ou de quelque mouvement intérieur qu'il a avait excité en elle. Je lui fis mie seconde fois la « même demande : car je savais qu'elle était dans' « l'usage d'attendre que le Seigneur portât les autres « à une chose, plutôt que de les y porter elle-même. « Elle me répondit que Dieu le voulait. N'en parlors « plus, lui repliquai-je; je me charge de cette affaire. En « effet, les ouvriers furent aussitôt mis en œuvre : le « bâtiment fut fait en peu d'années; et, au grand « étonneinent de tout le monde, les fonds ne manu quèrent jamais (1 . » {Vie de la Bienheureuse Marie de l'Incantation, par Boucher, liv. III.)
* CHAPITRE VII
Honneurs rendus par les habitants de Pontoise à la vénérable Anne de Saint-Barthélémy et à ses compagnes. — Assistance que Notre-Seigneur donne à sa servante pour gouverner son monastère et former ses filles.
Les magistrats vinrent nous recevoir à une demilieue de la ville. Tout le peuple rangé en procession
nous accueillit avec les démonstrations de lafoilaplus vive. Le concours fut si grand, et notre entrée se fit
Cl) V. sur cette fondation VHist. mon. de la fond, ée* Qarmél.
de France, vol. Pontoise; et la Vie de Madame Acarie, par Duval, liv. I. chap. n.