‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 97 sur 239 · LIVRE 111, CHAP. X · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAP. X

elle mit heureusement au monde l'enfant de bénédiction qui devait être la couronne de sa vie. Elle lui don.m le jour au bourg de Sens, près de Rouen, et dès l'instant de sa naissance elle l'ofl'rit au Seigneur. Elle fut nommée Charlotte au baptême. Sa vertueuse mère l'éleva avec tout le soin que peut inspirer la foi la plus vive. Une éducation si sainte devait porter les fruits les plus heureux. Charlotte, dès l'âge de sept ans, se lie à Notre-Seigneur par le vœu de virginité, et dès ce moment elle désire se consacrer tout entière à lui dans la vie religieuse ; quelques années après, elle renouvelle ce vœu entre les mains de saint François de Sales, après avoir fait au saint évoque une confession générale de toute sa vie. Dieu, qui l'avait choisie pour le Carmel, en fit retentir de bonne heure le doux nom à son oreille et à son cœur. C'est M. de Brétigny, son cousin, qui le premier lui parle de sainte Térèse ; témoin, en Espagne, de la sainteté de ses filles, il en fait à sa jeune cousine une peinture saisissante. C'en est assez, la lumière de la vocation éclaire son àme, et Charlotte forme l'inébranlable résolution d'embrasser leur genre de vie, avant que l'Ordre fût établi en France. Sainte Térèse, du haut du ciel, la reçoit pour sa fille, et elle ne tardera pas, en la revêtant du saint habit, de lui donner son nom et son cœur. Lorsqu'on sollicitait à Rome la Bulle d'établissement, on envoya au Pape la liste des douze premières personnes destinées à inaugurer le Carmel en France, et le nom de Charlotte du Pucheul figurait en tête de ces noms à jamais bénis.

M. de Brétigny ne devait pas seulement faire connaître le Carmel à la jeune Charlotte, le divin Maître lui réservait une mission plus intime : celle de la diriger dans les voies de la perfection. Sous la conduite d'un si saint directeur, la jeune vierge ne pouvait que

faire les plus rapides progrès. Cette àme, si fidèle à la grâce, et qui ne veut que plaire à Dieu, sent bientôt s'allumer en elle un grand désir de mortifications. Jalouse de ressembler à son cher Époux crucifié, elle veut en quelque sorte porter la même parure. Elle invente des moyens de souffrir; elle imprime sur sa chair les stigmates de la croix : elle tressaille de bonheur en donnant, par une flagellation volontaire, quelques gouttes de son sang à Celui qui a répandu tout le sien pour elle. Elle porte le cilice, elle jeûne, elle est insatiable de se mortifier par amour pour son cher Maître.

Pure comme un ange, et vivant dans un corps humain comme si elle était un pur esprit, cette jeune vierge entre sans obstacle dans les voies de l'oraison, et elle s'y trouve comme dans son centre. Sa fidélité, sa pureté, sa ferveur, attirent Dieu ; Dieu se complaît dans cette àme qui est toute à lui, il lui fait goûter de saintes délices, il la comble de ses dons. Dans ces visites de Dieu, dans ces entretiens cœur à cœur avec le divin Maître, le feu de l'amour divin qui brûle dans le cœur de Charlotte s'embrase et jette des flammes. Ce saint amour l'attire à l'oraison pour y être seule avec son Dieu, avec son Jésus, et comme son amour y prend de perpétuels accroissements, la solitude &t l'oraison sont sa soif et sa félicité. Là s'allume dans son cœur le zèle pour le salut des âmes: elle voit ce qu'elles ont coûté à son cher Maître, et elle brûle de s'associer à lui pour les sauver. Ce zèle apostolique ne peut rester concentré, il se répand au dehors. Charlotte soigne les pauvres, pour soigner leurs âmes. Elle inspire la crainte de Dieu à ses domestiques et les forme à la pieté. Tous ses entretiens respirent la foi, l'amour de Dieu, le ciel, et laissent d'ineffaçables impressions dans les âmes.

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