‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 98 sur 239 · LIVRE III, CHAP. X · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. X

Déjà fille de sainte Térèse par le désir, elle avait comme elle une profonde estime pour tous ceux qui travaillent pour la cause de Dieu. Aussi, venait-il à passer par la campagne quelques religieux réformés, elle obtenait sans peine de sa mère qu'ils fussent logés au château. Par dévotion, elle allait à la cuisine, pour préparer elle-même leurs aliments et les servir; mais souvent en cet office de Marthe elle était prévenue par sa pieuse mère.

Parvenue à l'âge où elle pouvait être religieuse, Charlotte du Pucheul pria sa mère et M. de Brétigny de la conduire en Espagne pour y être Carmélite. Mais l'espoir fondé d'avoir bientôt des Carmélites en France fit qu'on ne crut pas devoir accéder à sa demande. La Bulle qui autorisait leur établissement fut enfin accordée. Il ne restait plus qu'à aller chercher les filles de sainte Térèse en Espagne pour les conduire en France. Madame Acarie, MM. de Brétigny et de Bérulle songèrent à Madame du Pucheul, qui avait des parents en Espagne, et qui parlait la langue castillane, pour accompagner les personnes qui devaient se rendre dans le pays de sainte Térèse. Elle accepta sans hésiter, et laissant ses affaires et le soin de sa famille , elle se mit en marche pour l'Espagne.

Tandis que cette généreuse mère prenait ainsi en main la cause de sainte Térèse, cette grande sainte lui obtenait de Dieu une des plus insignes faveurs qu'elle pût ambitionner pour sa chère Charlotte. Elle allait recevoir la direction de deux saints qui devaient être placés sur les autels. En effet, Madame Acarie, plus tard la Bienheureuse Marie de l'Incarnation, la prit chez elle et en eut soin comme de sa propre fille. Trouvant en elle une âme admirablement préparée à toutes les opérations de la grâce, elle l'initia aux se-

crets de la vie spirituelle, et lui fit faire de grands progrès dans l'amour de Dieu. Pour comble de bonheur, Charlotte fit connaissance, dans la maison de Madame Acarie, avec saint François de Sales. Elle se mit sous sa direction, lui fit une confession générale de toute sa vie, et renouvela entre ses mains le vœu de virginité par lequel, dès l'âge de sept ans, elle s'était irrévocablement donnée à Notre-Seigneur. Le saint évêque de Genève fut si charmé de la candeur de cette âme, qu'il en prit un soin très-particulier. En parlant d'elle, il la nommait sa petite colombe et la victime qui s'était immolée à Dieu entre ses mains. Tant qu'il vécut, il continua de prendre soin de son âme, et il lui écrivit plusieurs lettres pour l'encourager à poursuivre le chemin où la grâce divine l'avait fait entrer de si bonne heure. Il disait souvent quil se ressouvenait de la consolation quil reçut, quand il la vit renouveler le don qu'elle avait fait de soi, dans son enfance, à Jésus son époux.

Le séjour de Charlotte chez Madame Acarie fut un véritable noviciat et un ciel anticipé. Mais plus la Bienheureuse et saint François de Sales l'avaient fait avancer dans l'amour de Dieu, plus elle soupirait après le moment de se voir au Carmel. Enfin ce vœu, le plus cher de son cœur, allait être rempli. C'est à Pontoise, trois mois après la fondation du monastère, que la compagne inséparable de sainte Térèse, Anne de Saint-Barthélémy, lui donna le saint habit et le nom de Térèse de Jésus. Elle est la première Carmélite française qui ait porté le nom de la sainte fondatrice ; elle honora ce beau nom par ses vertus et par la sainteté de sa vie. Selon son premier désir, elle trouva le Carmel d'Espagne à Pontoise : Anne de Saint-Barthélémy en est la prieure, Isabelle des Anges, la sousprieure, et Béatrix deîa Conception, la maîtresse des

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