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Bourgeoys est-elle entrée au parloir qu’elle s'arrête frappée d’un profond étonnement et s'écrie : Vorci mon prêtre !! voici celui que j’ai vu dans mon sominetl !!! Cette exclamation surprend tout le monde. ‘à Où demande une explication. La future missionnaire raconte que pendant son Sommeil elle a cru Î voir un homme grave et vénérable, portant un habit simple, de couleur brune, partie laïque, partie ecclésiastique, semblable à ceux que prenaient
alors les prêtres lorsqu'ils allaient en voyage. En
même temps elle a compris qu’elle aurait avec ce personnage des relations particulières pour la gloire
de Dieu et le salut du prochain. Et ce personnage,
qu'elle n'avait jamais vu auparavant, elle le recon-
naît dans le gouverneur de Ville-Marie.
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Ce récit fut d'abord pour les religieuses le sujet d’une agréable récréation ; mais bientôt on y attacha plus d'importance. Pénétré d'estime pour Mademoiselle Bourgeoys, après tout ce qu'on lui avait dit de son mérite, M. de Maisonneuve lui fit cette
question : « Consentiriez-vous à passer à Montréal pour y tenir une école et instruire les enfants ? — Si mes supérieurs l’approuvent, répondit-elle, j'irai avec bonheur me consacrer au service de Dieu et du prochain dans cette lointaine mission.
Voici mon prêtre.
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Heureux d’un résultat si inespéré, le gouverneur, en homme prudent, veut, avant de terminer cette affaire, prendre avis de personnes éclairées, et en particulier de M. Jendret. De son côté, la pieuse Marguerite cherche à connaître la volonté de Dieu par la voix de ses supérieurs.
Après trois jours de réflexion et de prière, tous s’accordunt à dire que sa vocation vient du Ciel.
M. Jendret, entre autres, déclare à M'e Bourgeoys qu'elle doit partir sans crainte pour le Canada, puis, pour rassurer sa pénitente alarmée à la perspective de se trouver seule dans la traversée au milieu d’une troupe de soldats, il lui adresse ces paroles mémorables : « Allez, remettezvous entre les mains de M. de Maisonneuve comme entre celles de l’un des premiers chevaliers de la Reine des Anges. »
Après avoir fait tout ce que la prudence lui inspirait, elle fut encore affermie dans sa résolution par une vision dont la Très Sainte Vierge Ja favorisa. Un matin, étant bien éveillée, raconte plus tard la Sœur Bourgeoys, 7e vis devant moi une grande dame, vêtue d’une robe de serge blanche, qui me dit: « VA, JE NE T'ABANDONNERAI POINT, » et je connus que c'était la Très Sainte Vierge, quoique je ne visse point son visage : ce qui me rassura pour ce voyage et me donna beaucoup de !
courage; et même, je ne trouvait plus rien de difficile, quoique pourtant je craignisse les illusions.
Fortifiée par ce témoignage sensible de la protection de sa divine Mère, Marguerite n'hésite plus. Le feu sacré de la charité l'embrase d’une sainte ardeur et lui fait compter pour rier les obstacles qui se rencontrent sur sa route.
Sa décision cependant resta secrète. A l'exception
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des religieuses de la Congrégation, d'une amie intime et des ecclésiastiques qu'elle avait consultés, Cet personne à ÿ Troyes n’en eut connaissance, pas même la propre sœur de M. de Maisonneuve, Madame de Chuly, chez qui elle demeurait.
Sur ces entrefaites, le gouverneur de Montréal écrit à cette dame pour l'inviter d'aller lui dire adieu à Paris, et la prie d'amener avec elle
Mademoiselle se ë Bourgeoys, 5 ue k Fe e Di 7. NA A SR Au lieu de
faire des provisions d'argent et de hardes, si nécessaires dans un pays qui ne fournissait rien encore, et où il fallait emporter d'Europe les choses les plus indispensables à la vie, en véritable apôtre, Sœur à Marguerite se dépouille de tout
La Très Sainte Vierge apparait à Marguerite et lui ordonne de partir pour Ville-Marie.
ce qu'elle possède et distribue aux pauvres le peu d'argent qui lui reste.
Ce complet dégagement de toutes choses ne fut pas en elle un effet passager de zèle et de ferveur : il persévéra toujours le même jusqu’à la fin de sa vie. Parvenue à une grande vieillesse, elle raconte
ainsi cette circonstance de son départ : Après l’ap-
parition que j'avais eue, comme je craignais les illusions, je pensai que si cela était de Dieu, je n'avais que faire de rien porter pour mon voyage, et je dis en moi-même: si c'est lavolonté de Dieu que j'aille à Ville-Marie, je n'ai besoin d'aucune chose ; et je partis sans denier ni maille, n'ayant qu'un petit paquet que je pouvais porter sous mon bras.
Ce fut dans cette disposition de parfaite confiance
en Dieu qu’elle quitta sa ville natale au commence-
cement de février 1653.
A peine fut-elle arrivée à Paris, qu'elle fit par-
devant notaire, en faveur de son frère et de sa sœur, un acte d'abandon de toutes les prétentions qu'elle pouvait avoir dans la succession de son père et de sa mère.
En vain, parents et amis cherchèrent-ils, soit de
vive voix, soit par lettres, à la détourner de son
dessein, lorsqu'il fut connu : on lui offrit son entrée
chez les Carmélites, on l'assura qu'elle ferait beau-
coup mieux de demeurer en France. Tout fut inutile. La courageuse missionnaire se montra inébranlable dans sa résolution de n'écouter que la voix de Dieu.
Elle poursuivit sa route vers Nantes, non sans essuyer de profondes humiliations ; en cette ville, elle se vit en butte à de nouvelles contradictions. :
Mais elle triompha de tout.
Un jour, se voyant en proie à de vives inquiétudes et à une profonde désolation intérieure, elle entre dans une église; et là, prosternée devant le saint
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Sacrement exposé, elle répand son cœur avec une grande abondance de larmes; elle proteste que son unique désir est de connaître et d'accomplir en tout la divine volonté. A l'instant même, elle se relève l'âme inondée d'une joie toute céleste, l'esprit éclairé d’une vive lumière ; elle se trouve résolue de persévérer jusqu’à la mort dans le dessein de servir Dieu à Ville-Marie. En un moment, écrit-elle, toutes mes peines furent changées ; je reçus là une très forte impression et une très grande assurance qu’il fallait faire ce voyage, et je revins de l’église avec une en. ‘ère conviction que Dieu voulait que j'allasse au Canada.
La traversée.
C'est à deux mille lieues de son pays natal que la Providence appelle la vierge de Troyes. Mais qu’importent à cette âme magnanime la distance, l'exil, les privations, puisqu'elle va porter chez des peuples barbares la connaissance et l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? La Sainte Vierge, d’ailleurs, l’a assurée de sa protection; cela lui suffit.
Le 20 juin 1653, Marguerite Bourgeoys dit donc adieu à la France, et s'embarqua dans la rade de Saint-Nazaire sur le vaisseau « Saint-Nicolas. »
Elle fut agréablement surprise d'y trouver plusieurs personnes de son sexe que M. de la Dauversière envoyait à Ville-Marie. L'équipage portait, ‘en outre, cent huit hommes pour la défense du pays.
Dans cette traversée, la Sœur Bourgeoys eut l'occasion de déployer son zèle et sa charité, Une maladie contagieuse s'étant déclarée dans le vaisseau, elle servait tous les malades avec une bonté maternelle, Jour et nuit, elle était auprès d'eux, les
consolait dans leurs maux et leur distribuait libéralement tout ce qu'elle recevait de la table de M. de Maisonneuve, à laquelle, par humilité, elle ne voulut jamais prendre place. Son grand esprit de pénitence et de mortification lui fit encore sacrifier
Le « Saint-Nicolas » dans le port de Nantes.
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