‹ Vie de la vénérable mère Marguerite Bourgeoys [microforme]Chapitre 13 sur 19 · DER ST · texte numérisé non relu

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sarveilla les travaux, et, dans son grand esprit de foi, elle servit elle-même les ouvriers. Son bonheur fut au comble, lorsqu'elle vit le signe de notre rédemption arboré de nouveau sur le Mont-Royal.

Le choix que M. de Maisonneuve fit de la Sœur Bourgeoys pour rétablir ce monument, ét l'empressement des pieux colons à seconder les désirs de cette sainte fille, attestent la grande considération dont elle jouissait dans 1e pays, et l’ascendant que lui donnaient sa sagesse et ses vertus. « Il eût été difficile qu'il en fût autrement, » fait remarquer M. l'abbé Faillon, « car elle était, dans cette nouvelle colonie, comme une mére commune, et sa charité qui semblait la multiplier elle-même, la faisait être toute à tous pour les gagner tous * Jésus-Christ. »

Elle ouvre sa première école dans une étable. — Son premier voyage en France. — Ses quatre premières compagnes.

Cependant il tardait à la Sœur Bourgeoys de commencer son apostolat auprès de l'enfance. Ce ne fut qu'en 1657 qu'elle put enfin exercer ses fonctions de maîtresse d'école. Quatre ans après mon arrivée, écrit-elle, M. ae Maisonneuvz voulut bien me donner une étable de pierre four en faire une maison et y loger celles qui feraient l’école. Cette étable avait servi de colombier et de loge hour les bêtes à cornes. Il y avait un grenier au-dessus où 11 fallait monter par une échelle, par dehors, pour y coucher. Je la fis nettoyer, J9 AS faire une cheminée et tout ce qui était nécessaire pour loger les

enfants. J'y entrai le jour de Sainte- Catherine de Sienne (30 avril 1657) (1). Ma sœur Marguerite Picaud demeuraif avec moi et je tächai de recorder le peu de filles et de garçons capables d'apprendre.

Mais sa sollicitude et son zèle ne se bornèrent pas aux enfants. Il y avait aussi dars le pays quelques filles qui n'étaient plus en âge d'aller à l’école, l’admirable missionnaire voulut étendre sa charité sur elles, en les réunissant aussi dans cette maison pour les animer à la piété et aux pratiques

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(1) C'est par suite d’une méprise que les historiens de la Vénérable ont confondu cette date avec celle du 25 novembre.

La Sœur Bourgeoys instruit les enfants de Ville-Marie. Vue de l'étable.

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de la vertu. Dans ce dessein, elle établit sur le

modèle de ce qu'elle avait vu pratiquer à Troyes, la Congrégation externe qu'elle commença le jour de la Visitation, 1658.

Comprenant qu’il lui faudrait bientôt des auxiliaires, et dans l'espérance que le ciel lui en susciterait quelques-unes, elle se décida à passer en France.

Cette traversée fut, comme la première, accompagnée de beaucoup de privations et partagée entre la prière et les œuvres de charité.

La divine Providence favorisa ses pieux desseins; quatre vertueuses compagnes, les sœurs Crolo, Raïsin, Châtel et Hioux, s'associèrent à elie, quoiqu'elle ne leur promiît que du pain et du potage, expression qui avait ému jusqu'aux larmes le père de l’une d'entre elles.

De retour à Ville-Marie, la Sœur Bourgeoys et ses nouvelles compagnes s'établirent dans leur pauvre étable qui rappelait si bien le berceau du christianisme.

C'est en ce lieu que prit naissance la Congrégation de Notre-Dame que la Providence voulait établir sur les seules assises de la pauvreté.

La fondatrice fut fidèle à seconder les vues divines. M. Dollier de Casson, en parlant de ce voyage, rapporte un trait bien honorable de la Sœur Bourgeoys. Un des associés de la Compagnie de Montréal, touché de l'esprit de zèle et de dévouement apostolique qu'il reconnaissait en elle, lui offrit une riche fondation pour s'établir, elle et ses filles à Ville-Marie : elle refusa absolumeut de l’accepter dans l’appréhension que cette aisance ne nuisit à l'esprit de pauvreté qui l’avait animée jusqu’alors, et qu'elle voulait léguer à ses Filles comme un précieux héritage.

Pour comprendre la grandeur d'âme, le courage héroïque de la Mère Bourgeoys et de ses premières compagnes, il faut savoir ce qu'était Montréal dans la seconde moitié du xvu° siècle. Une cinquantaine de maiïsons éparses autour d'un petit fort de pieux : voilà Ville-Marie; quelques habitations cachées parmi les arbres d'alentour, des cabanes d'écorce élevées à la hâte : voilà la campagne. Et cette ville naissante touchait au pays des [roquois, les sauvages les plus féraces de l'Amérique.

Ces barbares se plaçaient souvent en embuscade pour attendre leurs victimes. On frémit au seul récit de leurs atrocités. Non contents de poursuivre, de traquer et de tuer à coups de fusil les habitants de la colonie, ils les brülaient et les mangeaient. Chacun était dans des transes continuelles pour soi ou pour les siens. Cependant, par une attention toute particulière de la divine Providence, rien de fâcheux n'arriva aux Sœurs de la Congrégation, bien que parfois ces sauvages s’introduisissent la nuit dans leur enclos pour les surprendre.

L'étable de pierre où la Mère Bourgecys s'était logée en 1457, étant devenue insuffisante pour .les besoins des Sœurs et des élèves, elle résolut de bâtir, sur le même terrain, une maison de bois plus convenable à son œuvre et pouvant loger douze personnes. Le nombre des enfants continuant à augmenter et les Sœurs témoignant le désir d’être un peu moins à l’étroit, la dévouée Fondatrice consentit, en 1669, à la construction d’une maison de pierre plus spacieuse. Mais à peine cet édifice futil achevé que son grand amour pour la pauvreté lui inspira des regrets très amers d’avoir consenti & faire construire cette grande maison, disait-elle, pour nous mettre à l'abri de quelques légères incommodités que nous avions à supporter dans notre

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premier logis, et duquel nous aurions dû nous contenter. Dans les peines que j'éprouvaï, ajoute-t-elle, je promis à la Sainte Vierge de lui faire bâtir une chapelle, et, tout aussitôt, je ressentis du soulagement. En attendant qu'elle pût remplir cette promesse, elle fit construire un appentis en bois, « mais si dévot » disent les Annales de l’Hôtel- Dieu, « que le peuple y allait comme à un asile assuré dans tous les besoins. Il s'y fit plusieurs guérisons qu’on a crues miraculeuses. »

Convaincue qu'on ne peut commencer trop tôt l'éducation des enfants, la courageuse Fondatrice se plaisait à les réunir dès l'âge le plus tendre, afin de leur inculquer les vérités chrétiennes et d'incliner doucement leurs cœurs vers le bien. La première fille qu’elle éleva n'avait que quatre ans et demi lorsqu'elle la reçut, et elle la garda jusqu’à son mariage. Les prêtres de Saint-Sulpice confièrent aussi aux Sœurs de la Congrégation quelques petites filles sauvages. La Mère Bourgeoys leur apprenait la langue française et ne les renvoyait pas qu'elle n’en eût fait de bonnes chrétiennes. Une de ces petites filles avait été donnée aux Sœurs par la mère elle-même. Celle-ci étant venuc la réclamer, allait l'emporter quand l'enfant, se détachant de ses bras, courut se réfugier dans ceux d'une Sœur, protestant qu'elle ne voulait plus d'autre mère.

La zélée Fondatrice éleva ainsi tous les enfants de Ville-Marie, sans distinction, jusqu’au moment où la population devenant plus considérable, elle dut se borner à l'éducation des filles. Son ardent amour envers Jésus-Eucharistie la faisait redoubler de soins et d'attention envers celles qui se préparaient à leur première communion.

Ce dévouement de la Mère Bourgeoys, pour la

formation des enfants, s'étendait à toutes les classes de la société. La Très Sainte Vierge, disait-elle, a 1 reçu avec la même affection les bergers et les rois; à son imitation, les Sœurs de la Congrégation ne doivent pas avoir plus de considération pour les # enfants des riches que pour les pauvres, maïs les

aimer toutes d'une égale charité. Si elles avaient quelque préférence, ce devrait être pour celles qui sont les plus délaissées, La Très Sainte Vierge est allée aux noces de Cana, parce que c’étaient des pauvres et qu'il y avait à exercer la charité à leur égard.

Une petite sauvagesse s'échappe des mains de sa mère et va se jeter dans les bras d'une Sœur de la Congrégation.

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La Mère Bourgeoys, en déposant les premiers germes de l'amour de Dieu et de la vertu dans le cœur de ses élèves, les inclinait en même temps à ces habitudes de douceur, d'affabilité et de politesse qui sont inséparables de la bonne éducation.

Etablissement d’un pensionnat, d’un ouvroir et d'une Congrégation externe. — Sa charité pour les filles qui viennent s’établir à Ville-Marie,

Comme le genre d'éducation doit être en rapport avec la naissance et la fortune, la Mère Bourgeoys, au contentement général des citoyens de la classe aisée, ouvrit un pensionnat où la plupart des jeunes personnes de Ville-Marie et des environs reçurent leur éducation. Elle leur inculquait, outre la science de la religion, les premiers principes des lettres humaines, et cela avec un succès qui charmait les parents. Aussi, plusieurs historiens font remarquer que, sous la domination française, grâce à l'éducation que donnaient les religieuses Ursulines et les Sœurs de la Congrégation, les femmes étaient plus instruites que les hommes.

Si désireuse que fût la Mère Bourgeoys de don ner une solide instruction aux jeunes filles qui lui étaient confiées, elle ne l'était pas moins de leur inspirer le goût de l'ordre, de l’économie et du travail, quelle que fût d’ailleurs leur condition. Les Sœurs de la Congrégation, écrit-elle, doivent se rendre habiles en toutes sortes d'ouvrages, afin d'apprendre aux enfants à à éviter l'oisiveté, qui est la source de tous les vices.

Pour entretenir et fortifier chez ses anciennes élèves les heureuses dispositions et les bons sentiments qu'elle leur avait inspirés, la Mère Bourgeoys les convoquait aux assemblées de sa Congrégation externe, leur faisait de touchantes instructions sur les moyens de se sanctifier dans le monde et de porter dans les familles la bonne odeur de Jésus- Christ. Cette dévouée Mère avait tant à cœur ces pieuses réunions qu’elle déclara ne vouloir jamais les abandonner, ajoutant que, quand elles ne devraient produire d’autre bien que d'empêcher un seul péché, elle serait abondamment payée de ses peines. Aussi, à sa recommandation, dans toutes les paroisses où les Sœurs ouvrent des écoles et des pensionnats, elles organisent, autant que possible, des Congrégations externes, et partout ces pieuses associations produisent des fruits de vertu et de sanctification.

Le zèle des âmes lui inspira encore de faire pour les filles de la classe indigente ce qu'elle réalisait avec tant de succès pour les enfants de familles

aisées. En faveur de ces déshéritées des biens de:

ce monde, elle acheta une maison, les y assembla, demeura avec elles, les instruisit, leur apprit à travailler et surtout à sanctifier leur travail : elle se consacrait tout entière à leurs intérêts. Cet ouvroir qu'el'e fonda sur les seules ressources de sa confiance en Diéu fut appelé avec raison « La Providence. » Tels furent ses succès qu'ils attirèrent l'attention du Gouverneur du Canada, qui voulut bien le recommander à la protection du ministre de la marine, Lorsque, par suite du malheur des temps, il fallut fermer cet établissement, ce fut pour cette vénérée Mère une des plus grandes peines de sa vie.

Mais le vrai zèle ne connaît point de bornes,

aussi, celui de la Mère Bourgeoys ne se limitait pas à former les jeunes personnes de Montréal, il s’étendait encore à celles qui venaient de France pour s'établir dans la colonie, Elle poussait la sol-

licitude et les attentions, comme elle le dit ellemême, jusqu'à les aller quérir au bord de l’eau, c’est-à-dire au lieu de leur débarquement, persuadée qu’il fallait ouvrir la porte de la maison de la Trés Sainte Vierge à toutes les filles qui se présentaient. Elle les amenait à la Congrégation et en prenait soin comme eût fait une mère; elle les

La Sœur Bourgeoys établit un ouvroir en faveur des filles pauvres

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