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marche de Massaouah, vers l'ouest et tout près d'un village nommée Gueleb, un bloc de pierre énorme, qui se dresse au milieu de la plaine, dominant tous les environs et entouré d'autres blocs plus petits. Les habitants l'appellent la fille du négus.
Nous allons résumer ce que raconta Gœrguis à ce sujet. Son récit débute par l'histoire de la reine de Saba et de son fils Ménélick, puis il arrive à Abreha, qui se convertit au christianisme. Tégulat, la \ille des hyènes/ dans le Shoa, bâlie par Ménélick, était restée jusque-là la capitale de l'empire. A partir de cette époque, elle fut remplacée par Axoum et c'est, d'après les anciens, dans la pierre même des collines qui entourent cette ville que fut creusé le tombeau de la reine de Saba. Abreha y transporta sa résidence; puis désireux de conquérir des peuples à sa foi nouvelle^ il traversa la mer Rouge, pénétra dans l'Arabie et, monté gur un éléphant blanc, fit son entrée dans la Mecque, après un siège de deux mois.
Celte guerre sema chez les musulmans des germes de vengeance qui se firent jour au temps des invasions des Arabes. Après bien des luttes avec eux, la suzeraineté du roi des rois d'Ethiopie s'étendait, obéie et respectée, jusqu'aux bords du fleuve Blanc, lorsque vers le xii* siècle ' Lalibala monta sur le trône. Ce prince résolut d'exterminer les musulmans établis dans le voisinage de ses États. Dieu lui donna la victoire, il s'empara de Zeilah, passa le détroit et soumit la plus grande partie de l'Yémen ; il conçut alors le projet de détourner le cours du Nil, pour stériliser ainsi l'Egypte devenue l'empire des khalifes.
Or, dit le narrateur, dans les temps les plus reculés, une vaste mer s'étendait au sud-ouest de Kordofan et du Darfour, bien loin au delà de Tombouctou, et ses flots aflaient rencontrer l'Océan. A cette époque, le fleuve Blanc, au lieu
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de continuer à couler vers le nord, s'arrêtait à peu près au milieu de son cours et, avant ces marais pestilentiels, qui s'appellent à présent le lac Nô, tournait vers le couchant pour se perdre dans celte mer. Cette mer a disparu par suite de bouleversements successifs et un autre lit a été tracé au fleuve qui a été rejeté vers le nord.
Lalibala se proposait de forcer le fleuve Blanc à se déverser dans cette ancienne mer, en décapitant une montagne entière pour lui barrer la route.
Ce roi n'avait qu'une fille nommée Judith, comme la reine juive du Samen qui renversa les empereurs éthiopiens. Elle était fière et valeureuse et possédait la gloire et la beauté. Nombre de prétendants aspiraient à sa main, mais, à ses yeux, il n'y avait qu'un descendant de Salomon, comme elle, qui pût en être digne, et aucun des princes de sa famille n'était à l'âge d'homme.
Un des plus grands seigneurs de l'Ethiopie, Naacueto- Laab, prince deLasta, se rendit àla cour du négus. Ill'avait autrefois suivi dans l'expédition de l'Yémen et lorsque Lalibala avait été sur le point de rentrer dans ses États, c'est à lui qu'il avait confié le gouvernement de cette province; mais une fois soustrait au contrôle impérial, Naacueto- Laab s'était laissé éblouir par le faste des princes arabes, ses voisins. Il s'était lié d'amitié avec eux et était même allé secrètement au Caire saluer le khalife. De retour dans l'Yémen, il avait gardé un excellent souvenirde ce voyage et une grande sympathie pour le souverain ennemi desonroi.
Ce fut alors que le négus le rappela près de lui. Il se présenta entouré d'une grande pompe et s'empressa de déposer ses hommages aux pieds de la belle Judith, mais, plus hardi que les autres prétendants, il n'hésita pas à affirmer hautement ses intentions et à manifester ouvertement son amour, qui fut dédaigné.
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Or c'était le moment qu'avait choisi Lalibala pour mu tier ses peuples au plan qu'il méditait. Afin de se concilier la faveur du ciel, il avait érigé des temples et c'est même à lui que remontent ces églises souterraines que Ton voit çà et là en Ethiopie. Il avait convoqué toute sa noblesse et dressé sa tente sur la rive orientale du lac Tsana.
Tous les grands étaient présents el chacun d'eux, escorté de ses hommes d'armes, avait établi son camp près de celui du négus. On remarquait, entre tous, celui de Naacuelo-Laab. Ce prince éjait accompagné par de nombreux cavaliers gallas; il était fds d'une princesse de cette nation, qui avait feint de se convertir pour épouser son père et il aimait à s'entourer des compatriotes de sa mère. Leur stature élevée, leur costume, leurs armes, la taille colossale de leurs chevaux imposaient à tous une crainte respectueuse. ,
On était arrivé à l'anniversaire de saint Georges, le patron de l'Ethiopie; c'était l'époque choisie par Lalibala pour cette réunion ; des fêles avaient lieu depuis deux jours et le roi avait convié à un festin tous les hauts feudataires pour leur dévoiler ses projets Dès que les convives furent réunis, l'empereur fit son entrée solennelle et, au milieu du repas, la belle Judith, vêtue d'un costume resplendissant, vint chanter des vers dans lesquels elle évoquait les triomphes de la croix sur l'islam. Naacueto-Laab, assis audessous du négus, la contemplait d'un regard où se lisait un mélange de haine et de passion.
Lorsqu'elle eut fini, Lalibala se leva et prononça un discours dans lequel il démontrait la nécessité de détourner le cours du Nil pour affamer l'Egypte et éloigner les musulmans. Ce discours fut accueilli par un grand tumulte. Comme les serviteurs se précipitaient pour remplir les coupes, Naacueto-Laab se leva el s'écria : C'est moi qui
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verserai à boire au roi des rois. Et saisissant le vase des mains de l'éehanson impérial, il s'approcha de Lalibala. A peine celui-ci eut-il louché la coupe de ses lèvres, qu'il tomba inanimé.
Profilant de l'épouvante causée par cet événement, Naacuelo-Laab, à la tête de ses guerriers gallas, se fit proclamer négus par la foule et les grands.
La princesse Judith s'était retirée après avoir dit ses vers. Des messagers vinrent lui annoncer la mort de son père et l'usurpation de Naacueto-Laab. Elle appela aussitôt auprès d'elle ses femmes les plus sûres ; puis elle se fit amener sa mule et, ramassant à la hâte ses bijoux précieux, elle prit le chemin du nord. Naacueto-Laab envoya des cavaliers à sa poursuite du côté du Shoa, car il pensait qu'elle avait dû se réfugier dans ce pays, berceau de ses ancêtres, mais toutes les routes furent explorées et fouillées sans résultat.
L'infortunée princesse songeait à se rendre près d'un ami de son père qui était gouverneur de FHamacen. Ce fut de ce côté qu'elle se dirigea, après avoir dépêché un courrier pour l'avertir. Déjà elle approchait de Hâsaga, la capitale du pays, lorsqu'elle vit revenir son messager, qui lui apprit que ce gouverneur refusait de la recevoir.
Après avoir beaucoup pleuré, ne sachant plus où porter ses pas, elle remonta sur sa mule et atteignit les frontières du Mensah. Le même serviteur, qu'elle avait envoyé pour chercher un endroit hospitalier, la rejoignit peu de temps après sur un tertre ombragé, où elle s'était arrêtée. La terreur était peinte sur ses traits ; il lui apprit que les émissaires de Naacueto-Laab étaient sur sa piste. Ceux-ci se rapprochaient de plus en plus et la princesse fugitive allait tomber en leur pouvoir.
«Seigneur Dieu, s'écria Judith, dans un élan de désespoir, sauve-moi! que ta pitié descende sur la fille de Lali-