‹ Vie de Lalibala, roi d'ÉthiopieChapitre 14 sur 48 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

bala! » Tout à coup son corps se raidit et devint immobile, une teinte de marbre se répandit sur son front; tout son être grandit et se transforma, et à sa place on ne distingua plus que ce i^loc de rocher. Ses suivantes furent aussi changées en pierre et sont devenues ces quartiers de roche plus petits groupés autour dii grand bloc, qui représente leur maîtresse.

C'est ainsi que Judith échappa aux poursuites et à la vengeance de Naacueto-Laab. Quant à celui-ci, il ne jouit pas longtemps du fruit de son crime. Les nobles du Shoa indignés se soulevèrent contre lui et proclamèrent pour succéder à Lalibala un des rejetons de la dynastie de Salomon qui vivaitparmi eux. D'une voix unanime, ils s'écrièrent Icon amlak, ce qui veut dire qu'il soit roi et l'histoire lui a conservé ce nom '.

Malgré tout mon désir d'abréger le plus possible cettehistoire, j'ai cru devoir reproduire certains détails qui peuvent paraître superflus, mais que j'ai jugé utile de conserver pour la critique. « Ce conte, dit M. René Basset, est purement éthiopien. Il nous montre un exemple de l'altération des faits historiques dans la tradition populaire. C'est, onle voit, le récit du rétablissement de la dynaslie salomonienne sur le trône d'Ethiopie occupé par les Zagués. Le rôle joué par Naacueto-Laab, Lalibala et sa prétendue fille Judith est dépure invention. On doit regretter que M. de Rivoyre, tout en défigurant ce conte dans sa traduction y ait mêlé des fragments d'histoire qu'il connaissait mal etqui devaient être étrangers àl'Éthiopien Gorghuis, son conteur. L'aventure d'Abraha et son nom même comme conquérant du Yémen sont inconnus des Éthiopiens, c'est Kaleb qui a cet

1 . Denis deRivoyre, Aux pays du Soudan, Bogos, Menmh, Suakim. Paris, Pion, 1885. p. 223-'242.

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honneur. De plus, dans la tradition arabe^, Abraha n'entra pas à la Mekke. C'est une nouvelle erreur — et celle-ci encore doit être attribuée au voyageur européen — de dire que Y Ethiopie fut la première des nations chrétiennes contre lesquelles se tournèrent les menaces des musulmans. — Ce conte n'a rien de bilèn; ilvient du Tigré et il est probable que c'est dans la langue de ce pays que M. de Rivoyre l'a recueilli'. »

Je n'ajouterai que peu de mots à ce que dit M. Basset. D'après le conte rapporté par M. de Rivoyre, Lalibala aurait entrepris une expédition heureuse contre Zeilah et le Yémen ; ce fait n'est mentionné dans aucune des histoires de Lalibala et, comme on le verra plus loin, ce roi n'est pas représenté comme ayant eu dos mœurs guerrières. On ne trouve nulle part non plus qu'il ait eu une fille, et dans tous les cas celle-ci devait savoir que son père appartenait à la famille des Zagûés et non à la dynastie salomonienne. Elle ne pouvait àiÇi\ïC'^^'è,àÀv^(\\\!àsesyeuxiln'y avaitqu'un descendant de Salomon^ comme elle, qui pût être digne de sa main. Tous ces détails doivent être connus des Éthiopiens lettrés et il semble que Gorghuis n'aurait pas dû les ignorer. Enfin il paraît peu probable que les Abyssins aient jamais eu l'idée d'une mer intérieure en Afrique ni qu'ils aient connu Tombouctou. Ce récit n'a donc aucune valeur historique et si je l'ai rapporté, c'est uniquement afin de le rapprocher de ce que dit Bruce au sujet du projet attribué à Lalibala d'avoir voulu changer le cours du Nil et aussi pour grouper dans ce mémoire le plus grand nombre possible de légendes se rapportant à ce roi.

4. René Basset, Bulletin de CoiTespondance africaine^ 1885, fascicules UMv, p. 353.

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IV. — VIE DE LALIBALÂ d' APRÈS LE MANUSCRIT ÉTHIOPIEN DU BRITISH MUSEUM

La vie de Lalibala nous est donnée dans le manuscrit oriental n^ 718 du Musée Britannique^ décrit dans le catalogue de M. Wright, sous le n** 293 S et dont on trouvera plus loin de longs extraits que j'ai copiés pendant un court voyage que j'ai fait à Londres. J'aurais voulu pouvoir le publier en entier, mais comme il n'a pas moins de 1 30 feuillets, soit 260 pages à deux colonnes, j'ai dû me borner, faute de temps, à relever les parties qui m'ont paru avoir une certaine importance au point de vue historique et laisser de côté les passages qui m'ont semblé moins intéressants. Ce manuscrit qui contient, en outre, plusieurs enluminures représentant divers épisodes de la vie de Lalibala, a été écrit au commencement de ce siècle pour la reine Walalla lyasus et ses enfants, mais ce n'est vraisemblablement que la reproduction d'un ouvrage plus ancien, puisqu'il existe au British Muséum même un autre exemplaire de cette vie, datant du xiv" siècle (n° 394 du Catalogue de M. Wright). Toutefois je n'affirmerais pas que la rédaction soit la même pour les deux, le temps m'ayant manqué pour les coUationner l'un avec l'autre.

La Vie de Lalibala ne se trouve pas, je crois, dans d'autres bibliothèques pubUques de l'Europe. Je Tai cherchée en vain dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de Paris. M. Antoine d'Abbadie en possède une copie qu'il avait fait faire dans l'espoir de rencontrer dans cette vie quel-

1. Wright, Catalogue of the Ethiopie manuscripts in the Rritish Muséum^ acquired since the year i 847. London, 4877.

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ques données historiques ou au moins quelques-unes de ces gracieuses légendes qui vivent encore parmi le peuple, espoir qui a été déçu. Aussi fait-il peu de cas de cette histoire dont le style est peu remarquable, dit-il, et oti Ton trouve quelques mots étranges *.

L'auteur de cette Vie a considéré Lalibala plutôt comme Un saint que comme roi. C'est pourquoi l'on y trouve si peu de données historiques, tandis que Ton y rencontre au contraire plusieurs traits destinés à faire ressortir les grandes Vertus du monarque. Lalibala est en effet regardé comme un saint par l'Église d'Abyssinie, qui célèbre sa fête le 6 du mois de juin. Pensant que les Bollandistes, qui ont réuni dans un vaste recueil les vies de tous les saints, avaient peut-être reproduit celle de Lalibala, j'ai tenu àm'assurer, avant d'en commencer la copie, qu'elle n'avait pas encore été publiée. J'ai donc consulté leur recueil à la date du 6 juin. Le nom de ce prince y est mentionné, parmi lessainls omis ou renvoyés à un autre jour, avec cette remarque

1. « Lalibala, ou Gabra-Masqal, était roi d'une portion au moins de l'Ethiopie, et comme l'histoire est sans détails sur cette époque, j'ai fait copier celte Vie, fort rare d'ailleurs, dans le vain espoir d'y trouver quelques dorlnées historiques, ou au moins quelques-unes de ces gracieuses lég-endes qui vivent encore parmi le peuple. Lalibala élail natif de Roha, plus connu sous le nom de Lalibala, et si remarquable par ses églises taillées en dehors comme en dedans dans un roc ferrugineux, de manière à imiter l'architecture grecque. Le style de celte Vie est peu remarquable, et l'on y tt*ouve quelques mots étranges. Ainsi ce saint roi est motl au mois de haziran, hazirân, Samson est appelé le qâdê {^^ « juge ») d'Israël, Lalibala vit en prenant au piège des perdrix, férdeksyâl. Ce mot TrspB»;^ étranger au gi'iz, peut d'ailleurs provenir de celte même influence étrangère qui a prévalu à Roha, comme l'atteste une courte inscription grecque sur l'une des églises » (Catalogue raisonné de manuscrits éthiopiens appartenant à Antoine d'Aôèadze. Paris, Imprimerie impériale, 1859, no 139).

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qu'il serait difficile que les rois de celle époque eussent été exenipls du schisme d'Alexandrie et de l'hérésie nestorienne*.

Cette vie de Lalibala se compose de plusieurs chapitres détachés, rédigés en forme de sermons ou d'entretiens édifiants, car l'auteur déclare lui-même à la fin qu'il n'a composé cette histoire que pour édifier les fidèles et les fortifier dans la foi.

Le manuscrit commence par deux sermons véritables, qui servent d'introduction. Le premier, qui débute par une longue invocation à Dieu, renferme des considérations sur la grande sainteté de Lalibala que l'auteur appelle dans son langage hyperbolique une montagne d'or, une montagne d'argent, de perles fines et de saphir, une colline admirable de myrrhe et d'encens; le second contient une profession de foi semblable à notre Symbole des Apôtres et c'est pour ce motif que j'ai cru devoir la reproduire.

Nous abordons ensuite la vie de Lalibala. Il naquit à Roha, ancien nom de la ville actuelle de Lalibala, dans le Lasta. Ses parents étaient riches et illustres; son père se nommait Jân-Seyum. Lorsquç sa mère le mit au monde, un grand nombre d'abeilles vinrent l'entourer. A la vue de ces abeilles, sa mère, douée de l'esprit de prophétie, s'écria: Les abeilles savent que cet enfant sera grand et elle le

1 . « Die sexta Junii : (Sancti) prœtermissi et in alios dies rejecti. Lalibala, rex Abassiœ, ex familia Zaga3a, quœ abanno 960 ad 1300 circiter imperium tenuit, ut sanctus in Hagiologio metrico istius gentis laudatur, ideo potissimum quod ex solidis rupibus lempla excavarit, quorum descriptionem vide in Historla y^lhiopica Ludolû lib. II, cap. V. Difficile esset ejus œtatis reges ab Alexandrino schismate e< Nestoriana hœresiexcusare» (BoUandistes, Acla Sanctorum, juin, t. J , p. 606).

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nomma Lalibala, mots qui signifient : « L'abeille a connu sa grâce ou sa grandeur. »

Lalibala grandit rapidement. 11 avait un port majestueux et était parfaitement beau; ses joues étaient rouges comme la grenade; ses yeux semblables à l'étoile du matin; ses mains belles comme un couple de tourterelles ; son nez droit ; sa voix douce et agréable.

Le trône d'Ethiopie était alors occupé par son frère, noinmé Harbay. Celui-ci ayant eu connaissance de la prédiction dont Lalibala avait été l'objet et craignant qu'il ne cherchât à s'emparer du trône, voulut le faire mourir. Il fut servi dans ses projets par une sœur consanguine de Lalibala, qui lui apporta une coupe pleine de cervoise dans laquelle elle avait versé un poison mortel. Lahbala ayant offert celte boisson à un diacre qui se trouvait avec lui, celui-ci mourut sur-le-champ; malgré cela, il n'hésita pas à boire lui-même le contenu de la coupe, mais le poison ne lui causa qu'une grande lassitude et une forte douleur d'entrailles.

Dieu lui envoya alors un de ses anges, qui le transporta au ciel. Il parcourut successivement en compagnie de l'ange les six premiers cieux et arriva au septième ciel, où Dieu lui montra les églises faites d'une seule pierre ; le nombre de ces églises était de dix et chacune d'elles avait une architecture dilîérente et un aspect particulier. Dieu lui annonça ensuite qu'il régnerait un jour pour bâtir des églises semblables.

Puis l'ange le ramena sur la terre, après u,ne absence de trois jours '. Les gens qui étaient restés près de son corps

4 . « Lalibala a passé trois jours et trois nuits en extase (mot à mol : « dans la substance de son âme »). L'ange du Seigneur lui révéla le secret des cieux. De par la volonté de Dieu, lève-toi, lui dit-il»

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