Saint Paul, Hébr., xiii
pas les yeux sur celle affaire, car il cherche par tous les moyens à arriver à la royauté ; si tu le laisses tranquille, son pouvoir s'accroîtra et il sera le plus fort. Lorsque le roi, qui était le frère du bienheureux Lalibala, apprit cela, il ordonna de l'amener à son palais, car depuis longtemps il était irrilé contre lui, parce qu'il le soupçonnait de vouloir le détrôner. Les gens qu'il avait envoyés pour chercher le bienheureux Lalibala vinrent trouver celui-ci et lui dirotit que le roi le demandait. — Lalibala les interrogea à ce sujet : Pourquoi, leur dit-il, le roi me fait-il appeler, moi, l'opprimé, qui me suis éloigné de lui et de son entourage, sans avoir fait aucun mal; et maintenant ce n'est pas pour me faire du bien qu'il m'envoie chercher, c'est probablement parce qu'il a trouvé quelque motif de me persécuter encore. Son cœur est irrité contre moi et il veut me faire souffrir, comme autrefois Saiil s'irrita contre David et chercha à le faire mourir, à cause de sa jalousie du pouvoir. Qui donc a ditauroiquej'étaisici?Nemesuis-je pas sauvé de désert en désert, caché de caverne en caverne, pour fuir devant mon frère, comme David fuyait devant Saiil, mais Saiil et David n'étaient pas frères; ils étaient d'une famille différente, puisque Saiil était fils de Qis, de la tribu de Benjamin, et David était issu de la tribu de Juda. Quant à moi, je suis poursuivi par mon frère ; sa royauté, au lieu d'être pour moi une source de joie, est une cause de grands tourments; au lieu de m'aimer, il me hait. Et maintenant, ô mes frères, dites-moi, si vous le savez, pourquoi il me fait demander. — Les envoyés du roi lui répondirent : Viens, ô notre frère, lorsque tu seras près du roi, lu sauras pourquoi il t'a fait venir [fol. 84]. Puis ils le conduisirent chez le roi et l'amenèrent devant lui. Pourquoi, lui dit celui-ci, fais-tu sous mon règne des choses qui ne doivent pas se faire? Pourquoi as-tu pris comme femme une jeune fille qui était
promise à un autre que loi? — Lalibala lui répondit : Permets-moi de parler. — Je t'autorise, parle, répliqua le roi. — Alors le bienheureux Lalibala lui dit : Cela n'est pas, ô Seigneur; je n'ai pas pris ce que Dieu ne m'avait pas permis de prendre, je n'ai fait violence à qui que ce soit. Alors vinrent les deux hommes qui l'avaient accusé devant le roi et ils témoignèrent qu'il avait enlevé une jeune fille fiancée à un autre homme.
Lorsque le roi, son frère, eut entendu ces témoignages, il ordonna de frapper Lalibala avec un fouet de cordes. Les gens du roi se préparèrent à frapper le bienheureux Lalibala qui s'écria, prêt à subir ce châtiment : J'ai mis ma confiance en toi, ô Seigneur, et je ne serai pas confondu à jamais. Délivre-moi par la justice et tire-moi du danger; tourne ton oreille vers moi et sauve-moi promptement. Sois mon Dieu, mon sauveur et ma citadelle, car tu es ma force et mon refuge. A cause de ton nom, guide-moi et soutiensmoi; fais-moi sortir de ces filets qui ont été tendus et cachés pourme prendre, car tu es mon secours. 0 Seigneur, je remets mon esprit entre tes mains. Rachète-moi, Seigneur, Dieu de justice, et couvre-moi sous l'ombre de tes ailes*.
Pendant qu'il prononçait ces paroles, les gens du roi se mirent à le frapper. Or le roi, après avoir donné cet ordre,
1 . « Eternel ! je me suis retiré vers toi : que je ne sois jamais confus. Délivre-moi par ta justice. Incline ton oreille vers moi, délivre-moi promptement ; sois pour moi une forte roche et une maison bien munie, afin que je puisse m'y sauver. Car tu es mon rocher et ma fortere-se. C'est pourquoi, à cause de ton nom, mène-moi et conduis-moi. Tiremoi hors des filets qu'on m'a tendus en cachette. Je remets- mon esprit en la main, tu m'as racheté, ô Éternel! qui est le Dieu fort de vérité. » Ps. xxxi.2 à 6 et Ps. lxxi, 1 à 3. — « Couvre-moi sous l'ombre de tes ailes. » Ps. xvii, 8.
était entré dans l'église pour recevoir la communion, au moment où ils commençaient à frapper Lulibula. Ils ne cessèrent pas jusqu'à ce que le roi sortît de l'église, après le sacrifice, et frappèrent Lalibala les uns après les autres. Mais Dieu, qui n'oublie pas ceux qui mettent leur confiance en lui, envoya un ange pour le couvrir de ses ailes, afin que les coups ne lui fissent aucun mal. Cet ange de justice descendit et protégea le Ijienheureux Lalibala avec ses ailes lumineuses; cet ange était son ange gardien qui avait reçu de Dieu la mission de veiller sur lui pendant toute sa vie. Lorsque le roi sortit de l'église, il entendit le bruit des coups que l'on donnait à Lalibala et dit à ceux qui l'accompagnaient : Quel est donc ce bruit que j'entends? et ceux-ci lui répondirent : N'est-ce pas vous qui avez ordonné, en entrant dans l'église, de frapper Lalibala. C'est lui que l'on frappe encore en ce moment {fol. 85]. Alors le roi fut effrayé, car il lui semblait que son frère était mort et il fit aussitôt cesser le châtiment. Mais le bienheureux Lalibala n'avait pas été atteint et n'avait aucun mal, ce qui étonnait tous ceux qui étaient présents. Le roi fut aussi rempli d'étonnemont et tout stupéfait de voir que son frère n'avait en rien souffert des coups qui lui avaient été donnés.
Lalibala alla ensuite retrouver sa femme et lui raconta tout ce qui s'était passé, comment son frère l'avait traité et comment Dieu l'avait protégé contre les coups en lui envoyant un ange de lumière qui l'avait couvert de ses ailes. Ils remercièrent Dieu et firent cette prière d'actions de grâces ; « Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël, qui a eu pitié de nous et a sauvé son peuple; béni soit le nom de sa majesté sainte, car il ne repousse pas ceux qui se confient en lui ; il est le secours de ceux qui portent leur pensée vers lui, ainsi que l'a dit Notre-Seigneur Jésus-Christ par la bouche de son prophète : « 11 a mis sa confiance en moi, je
le protégerai et le sauverai parce qu'il a connu mon nom ; il m'appelle et je lui réponds. Je suis avec lui au jour de son affliction; je le sauverai elle glorifierai; je le rassasierai pour longtemps, je lui montrerai mon salut et la louange de Dieu remplira toute la terre. Ainsi soit-il, ainsi soil-il. »
Après avoir fait cette prière, ils se consolèrent l'un l'autre, comme deux amis ouplutôl comme deuxcamarades, c'est-à-dire qu'il recevait les consolations de sa femme et qu'elle recevait les siennes, car son mari avait été préservé des coups et ces coups lui avaient été infligés à cause d'elle, de même que le Christ a souffert la flagellation pour son Église et, dit (saint) Paul, celui qui aime sa femme, s'aime soi-même. Lalibala qui avait appris cette maxime, brûlait d'amour pour sa femme, et elle avait beaucoup d'amour pour lui, comme l'Église aime le Christ.
Que leur prière, leur intercession, leur bénédiclion, leur secours, l'olîrande de leur sacrifice, la bonne odeur de leur encens qui brûle dans l'encensoir des vingt-quatre prêtres du ciel, les gouttes de leur sueur lorsqu'ils étaient en adoration, la fatigue qu'ils éprouvèrent lorsqu'ils se tinrent debout, leur ardeur dans la veille, les larmes qu'ils versèrent pour l'amour de Dieu, leur empressement à se rendre le matin à l'église ou à consoler les captifs, leur douceur admirable qui ressemble à celle de la brebis, le mérite de leurs aumônes secrètes ou publiques; [fol. 86] que tout le zèle extrême avec lequel Lalibala et Masqal Kebrâ ont soumis leur corps au joug (de l'Évangile), accompagnent notre reine Walallalyasus, et sa fille HirulaSclàsê, ainsi que tous ceux qui ont confiance dans la puissance de la prière de ces deux perles lumineuses, qui brillent d'une lumière resplendissante dans les ténèbres; qu'elles nous servent de guide, où que nous allions et d'où que nous venions, qu'elles
soient devant nous, derrière nous, à notre droite et à notre gauche, jusqu'à la fin des siècles. Amen.
LALIBALA ET SA FEMME SE RETIRENT Ad DÉSERT. DIEU POUR- VOIT A LEUR NOURRITURE.
Lalibala réfléchit ensuite à toutes les peines qu'il avait eues à souffrir de ses parents et de tous ceux qui composaientlacour du roi, et il dit à sa femme : Allons au désert pour nous remettre de tous les tourments que nous causent ces gens qui nous détestent, car il vaut mieux vivre avec les bêtes qu'avec des hommes qui sont méchants. Puis il emmena sa femme, à qui celte idée plaisait, et se rendft avec elle dans le désert où ils vécurent dans un amour parfait sous la garde de Dieu, qui les approvisionnait de tout ce qui leur était nécessaire. Un jour qu'ils s'étaient avancés plus loin et s'élaient assis dans une caverne, sans avoir de quoi faire leur repas du soir, il dit à sa femme : Lève-toi et prions Dieu pour qu'il nous donne notre nourriture. Sa femme lui répondit : Oui, mon seigneur et, étendant les bras et levant les yeux au ciel, ils firent la prière suivante :
[fol. 87]. Lorsqu'ils eurent terminé leur prière, Masqal Rebrâ s'avança jusqu'au milieu de la caverne et y trouva une grosse perdrix. Aussitôt elle l'annonça à son mari et lui montra ce qu'elle venait de découvrir. A cette vue, Lalibala remercia Dieu en ces termes : Sois béni, ô Seigneur, toi qui habites au plus haut des cieux et qui vois les petits....
A partir de ce jour, ils
demeurèrent tous les deux dans cette caverne où ils avaient
été nourris de ce que leur avait procuré l'Kspril-Saint
[fol. 88] et ces deux petits prophètes. Lalibala et Masqal
Kebrâ, s'enfuiront dans les monlagnes comnie des oiseaux. Puis des gens du roi vinrent pour les chercher dans toutes les contrées, dans tous les déserts, en tous lieux, afin de les emprisonner et de les faire mourir à cause de leur jalousie , car Satan les poussait contre les serviteurs de Dieu pour les tourmenter, et Lalibala et Masqal Kebrâ
étaient des serviteurs do la Sainte-Trinité
Ces arbres du paradis, Lalibala
et Masqal Kebrâ portèrent des fruits de persévérance et produisirent toutes sortes de bonnes œuvres, guidés par Famour de Dieu. Les gens du roi qui avaient été envoyés à leur recherche ne les trouvèrent pas et ne purent arriver jusqu'à eux. Un ange du Seigneur apparut à Lalibala et à Masqal Kebrâ dans le désert et leur dit : Les serviteurs du roi vous cherchent, quittez cet endroit, venez et suivez-moi où je vous conduirai. Cet ange était Gabriel, c'estluiqui avait enlevé [fol. 89] Lalibala au ciel, qui l'avait protégé lorsqu'on avait voulu le frapper et qui avait été préposé par Dieu à sa garde pendant toute sa vie.
L ANGE GABRIEL ANNONCE A MASQAL KEBRA LE PROCHAIN DÉPART DE LALIBALA POUR JÉRUSALEM.
Lalibala et jMasqal Kebrâ suivirent Gabriel qui les guidait pour les sauver en les dérobant aux recherches des émissaires du roi. Il ne les laissa pas dans le premier village, ni dans le second, mais les conduisit jusqu'au pays de Mesrâq', qui est au commencement du royaume chrétien d'Élhiopie. C'est là que l'ange Gabriel les amena, puis il