Mesraq signilie l'Orient
leur dit : Restez ici jusqu'à ce que vous vous sépareriez l'un de l'autre, car la volonté de Dieu est que le bienheureux Lalibala aille maintenant visiter la ville de Jérusalem. Quant à toi, Masqal Kebrâ, tu demeureras ici jusqu'à ce que ton frère revienne, après avoir visité les lieux où
se sont accomplis les mystères de Notre Seigneur
En entendant ces paroles, Masqal
Kebrâ se prit à s'alïliger à cause de sa séparation d'avec son mari. Lorsque l'ange Gabriel la vit en cet état, il lui dit : Pourquoi le chagrin s'empare-t-il de ton cœur? Dieu ne te laissera pas seule ici; il a donné à ton sujet des ordres à Mikâ'el qui est un ange supérieur, assis à la droite du Tout-Puissant, sou ange de confiance qu'il a établi sur les puissances. Il t'a confié à sa garde, de même que j'ai été préposé à celle de ton mari. Après avoir prononcé ces mots, Gabriel disparut à leurs yeux.
{/ol. 109 ?'"/?>z] Après avoir dit ces paroles [fol. 110], le y bienheureux Lalibala se mit en marche pour revenir en P^thiopie, où il devait construire ces églises, qui, d'après les recommandations qui lui avaient été faites, devaient être bâties sans bois, ni mortier, ni plafond, ni toiture. Puis Gabriel le prit sur ses ailes lumineuses, s'envola dans les airs et l'apporta dans la contrée où était Masqal Kebrâ, c'est-àdire à rentrée du royaume chrétien d'Ethiopie. Masqal Kebrâ était alors en compagnit; de Mika'él qui la consolait en lui annonçant l'arrivée prochaine de son mari et lui disait comment il arriverait. Lorsque le moment de sa venue fut proche, Mika'êl dit à Masqal Kebrâ : Prépare-loi à revoir ton mari. Comme il disait ces mots, Gabriel arriva portant
sur ses ailes Lalibala qu'il déposa devant Masqal Kehrâ. Elle se leva aussitôt, remplie de joie, et se jelaau cou de son mari qu'elle embrassa avec amour, puis elle tomba aux pieds de Gabriel en s'écriant : Salut à l'ange de justice, salut à l'ange de lumière; je sais, pour l'avoir appris autrefois, que lu es un joyeux messager, un messager de bonnes nouvelles. C'est ainsi qu'elle le salua, car elle avait retrouve sa joie en voyant ces deux archanges et son mari.
Ainsi se rencontraient les anges et les hommes; il n'y avait qu'un seul troupeau et une seule race : deux étaient des mortels, Lalibala et Masqal Kebrâ, et deux des êtres de feu, Mika'el et Gabriel; alors ils s'enlrelinrent tous les quatre des grandeurs de Dieu et Lalibala raconta à Masqal Kebrâ qu'il avait vu à Jérusalem lous les mystères, par lesquels s'est accompli notre salut, et qu'il avait vu, la nuit, dans une vision, toutes les llagellations de Notre Seigneur. Masqal Kebrâ lui fit de son côté le récit de ce qui lui était arrivé pendant qu'il était absent; elle avait eu la même vision que son mari et aucun des mystères ne lui était resté caché, car ils avaient eu tous deux la même vision dans la même nuit. Pendant que Lalibala était à Jérusalem, Masqal Kebrâ avait vu, à l'endroit où elle se trouvait en Ethiopie, les mêmes mystères que son mari.
Après s'être raconté l'un à l'autre tout ce qui les intéressait, ils se mirent à glorifier Dieu, avec les deux archanges, par ces paroles admirables : Bénissez le Seigneur, toutes les œuvres de Dieu, [fol. IHJ, car il est glorieux et exalté à jamais; bénissez le Seigneur, fils des hommes, car il est glorieux et exalté à jamais; bénissez-le, anges de Dieu, car il est digne de louange et exalté à jamais. C'est ainsi qu'ils remercièrent Dieu tous les quatre; les anges mêlaient leurs louanges à celles des hommes, car deux sortes d'êtres supérieurs et inférieurs se trouvaient réunis à cet endroit.
Mika'êl apparut aussi le même jour aux femmes à qui il avait confié la garde de Masqal Kebrâ, pendant qu'elles attendaient qu'il revînt comme il le leur avait annoncé. Lorsqu'elles le virent, elles furent remplies de joie et le saluèrent avec plaisir en lui disant : As-tu fait un bon voyage, beau jeune homme, serviteur de Dieu? Mika'êl leur répondit : Que Dieu vous donne la paix, femmes aimées de Dieu ; oij est celle que je vous ai confiée? — A ces mois, elles allèrent appeler Masqal Kebrâ qui était dans un autre endroit avec son mari. Mais ces femmes ne connaissaient pas son mari, parce qu'elles n'avaient vu auparavant que Mika'êl qui leur avait recommandé de veiller sur Masqal Kebrâ, pendant que Lalibala était à Jérusalem
AVÈNEMENT DE LALIBALA.
Puis ils se mirent en route lous les quatre, Lalibala, Masqal Kebrâ, Mikâ'el et Gabriel, ceux-ci servant de conducteurs.Comme ils étaient un peu éloignés de [/o/. 1 1 2] la ville, Mikâ'el et Gabriel prirent Lalibala et Masqal Kebrâ sur leurs ailes lumineuses et les apportèrent à proximité de l'endroit oti se trouvait le roi, qui était le frère de Lalibala et se nommait Harbay, comme je vous l'ai déjà dit. Pendant que Lalibala et Masqal Kebrâ se tenaient là, Notre Seigneur Jésus-Christ apparut au roi pendant la nuit, le frappa de terreur dans son sommeil, parce qu'il avait autrefois maltraité Lalibala, son frère, et lui fit à ce sujet de durs reproches, comme ceux qu'il adressa à Laban, parce ,/ qu'il poursuivait Jacob pour le molester. De même Notre- Seigneur fit des reproches à ce roi, et lui annonça que son règne était terminé et que son royaume allait être donné à Lalibala, non pas à cause de la gloire de ce monde, mais
pour qu'il pût construire des églises sans pierre ni mortier. Puis il ordonna à ce roi d'aller trouver son frère et lui fit connaître dans quelle ville il était. Va, lui dit-il, au devant de lui, avec une grande pompe, une grande joie, en chantant des cantiques, car je l'ai oint de l'onction sainte, de l'onction de la royauté spirituelle, comme il convient aux rois qui ont été élus dès le sein de leur mère : ils sont oints de l'onction de la royauté qui leur est utile pour connaître la justice et vaincre les infidèles. Maintenant donc, va chercher ton frère avec de grands honneurs et une grande joie, comme je te l'ai dit, et que ton cœur ne s'afflige pas de la perte de ta royauté. Ce n'est pas pour la gloire de ce monde périssable que je l'ai donnée à Lalibala , mais afin qu'il construise des églises ; pour toi , cherche le royaume des cieux qui est indestructible, tandis que celui de la terre est éphémère. A ton lever, va trouver ton frère, le jour de son arrivée (?), fais-le asseoir sur ton trône, en appelant sur lui la bénédiction du ciel; coupe-lui les cheveux de ta main, le jour oii tu le mettras sur le trône, comme il convient pour la consécration de la royauté.
Après avoir prononcé ces paroles pendant son apparition nocturne, Notre Seigneur Jésus-Christ disparut.
Le roi s'éveilla épouvanté, ses os tremblaient par suite de la terreur que lui avait causée cette apparition; et il était effrayé de la voix qui l'avait blâmé. Et s'étant levé, il se prosterna, en s'écriant : 0 Seigneur, lorsque tu t'es montré à moi, celte nuit, dans une vision, et que lu m'as adressé des reproches au sujet des mauvais traitements que j'ai infligés à mon frère, ta majesté m'a terrifié et ta voix irritée m'a anéanti. Comment pourrai-je paraître devant toi au jour [fol. 1 1 3] redoutable du grand jugement, où les justes seuls seront sauvés ; où pourrai-je me placer ce jour-là, moi, pécheur; où pourrai-je me cacher?
Puis le roi fil appeler les gens de sa cour. Ses serviteurs elles soldats qui composaient sa garde se rassemblèrent aussitôt et vinrent le trouver; il leur raconta que Dieu lui avait apparu, qu'il l'avait blâmé d'avoir maltraité son frère et que son royaume était donné à Lalibala, puis il ajouta : Maintenant, allons chercher Lalibala, car Dieu m'a ordonné de me rendre près de lui, de le placer sur mon trône et de lui couper les cheveux de ma main, comme c'est l'usage pour la cérémonie de l'intronisation. Alors ses courtisans lui dirent : Que signifie tout cela? Notre cœur est brisé de douleur en l'entendant parler ainsi d'abandonner ton trône pendant que tu es encore vivant. — H leur répondit : C'est pour moi une grande joie de quitter la royauté et si j'avais su plus tôt que j'allais éprouver une telle frayeur, je ne serais pas resté sur mon trône, car la majesté redoutable de celui qui s'est montré à moi cette nuit m'a terrifié. A mon réveil, je ne pouvais pas me tenir debout ni prononcer un mot; ma langue élail paralysée. C'est pour cela que mon cœur s'est détaché de la royauté, car j'ai pensé à l'heure du jugement dernier, heure à laquelle il n'y aura d'égards ni pour les rois, ni pour les princes, ni pour les riches, ni pour les pauvres, mais seulement pour les œuvres de chacun. Celui qui m'a apparu m'a dit : Le royaume de la terre est périssable, cherche le royaume du ciel.
Après avoir dit ces paroles, le roi se mit en marche à grands pas [fol. 114], suivi de ses courtisans et de ses muletiers (?}. Comme ses courtisans insistaient pour qu'il montât à cheval, il refusa et leur dit : Je ne monterai pas à cheval jusqu'à ce que j'aie rencontré mon frère et qu'il m'aie pardonné les torts que j'ai eus envers lui. Et il continua de marcher à pied à la rencontre de son frère. Quant à Lalibala, Gabriel lui dit (à ce moment) : Prépare-toi à aller au
devant de Ion frère, car il vient vers loi à pied et a juré qu'il ne montera pas sur sa mule avant de l'avoir vu. Alors Lalibala se mil en route pour le lieu oii devait passer son frère, le roi, et (bientôt) ils s'aperçurent l'un l'autre. Aussitôt qu'il vit Lalibala, le roi se prosterna et Lalibala en lit autant de son côté, puis ils se relevèrent et s'embrassèrent sincèrement, puis ils se mirent à l'écart et restèrent seuls, le roi ayant ordonné à sou escorte de se tenir à distance. Il pria Lalibala de lui pardonner de l'avoir persécuté autrefois, et après s'être ainsi réconciliés, ils se racontèrent tout ce qu'ils avaient à se dire. Le roi fit connaître à Lalibala la vision qu'il avait eue pendant la nuit et l'ordre qui lui avait été donné de le faire monter sur le trône; et Lalibala lui raconta comment il avait reçu l'onction des rois et quel nom de roi lui avait élé assigné. Après avoir dit tout cela à son frère, Lalibala ajouta : Ce n*est point pour la gloire de ce monde que (Dieu) m'a annoncé que je moulerai sur ton trône, mais à cause des églises que je dois construire, moi, ton serviteur indigne. — Je sais cela aussi, mon frère, lui répondit le roi ; que le seigneur des forts et roi d'Israël consolide ton trône par la justice, comme il a affermi celui de David son serviteur et de son fils Salomon. — Puis le roi se remit en marche, accompagné de son frère qui était monté sur la même mule royale. Ils arrivèrent ainsi à la demeure du roi et entrèrent dans le palais. Le roi donna aussitôt l'ordre de rassembler ses troupes et fit les préparatifs de la cérémonie du couronnement, puis il prit des ciseaux, coupa lui-même la chevelure de Lalibala et le fil asseoir sur le trône. Un héraut fille tour du palais (?) en criant : « Lalibala règne par la volonté de Dieu ». Le roi ordonna ensuile à tous ses sujets de reconnaître Lalibala comme leur souverain, de lui rendre tous les honneurs [fol. 115] dus au roi et de se soumettre à ses juge-
ments. 11 donna en niême temps h. son frère comme nom de roi celui de Gabra Masqal qui lui avait été assigné par Dieu avant son avènement.
Lorsque Lalibala fut assis sur le trône, il se soumit à un jeûne plus rigoureux que celui des moines, car la royauté fut pour lui semblable à la vie monastique. L'humilité grandit dans son cœur après qu'il fut nommé roi ; il ne mangeait pas des mets de la table royale, mais il avait un serviteur appelé Kreslos Hârayô {le Christ l'a choisi), qui lui achetait le nécessaire et lui donnait comme nourriture du pain sec dans du bouillon d'herbes, après avoir coupé le pain en trois morceaux, sans y rien ajouter ; pour boire, il lui remplissait une coupequi était toute petite et insuffisante pour le désaltérer. C'est ainsi que Lalibala passa tous les jours de sa vie, depuis son avènement jusqu'à sa mcrt.
Parfois, lorsqu'il se mettait à dîner, trois frères s'approchaient de la salle où il prenait ses repas et lui disaient : 0 seigneur, donne-nous à manger, car nous n'avons pas de quoi dîner aujourd'hui. Lorsque l'un d'eux prononçait ces mots, Lalibala prenait un de ces morceaux de pain trempé dans du bouillon elle lui donnait; le second parlait alors et recevait le second morceau ; puis lorsque le troisième demandait à son tour, Lalibala commandait à son serviteur de lui donner le troisième morceau. Le repas de Gabra Masqal se trouvait ainsi terminé, car il n'avait que ces trois morceaux. Quand son serviteur s'apercevait que la ration de Gabra Masqal était épuisée, il prenait la croûte (?) du pain, la brisait, la trempait dans le bouillon d'herbes et la présentait à Lalibala, mais celui-ci la repoussait en disant : Si Dieu a reçu de moi, par la main de ses serviteurs, les trois morceaux de pain que je mange ordinairement, pourquoi en mangerais-je d'autres? Si je ne prenais ce que tu m'oiîres, ce serait comme si je n'a^ais rien donné,
puisque je mangerais autre chose à la place de ce que j'ai donné.
C'est ainsi qu'il répondait à son serviteur et il jeûnait toute la nuit, mais son âme était rassasiée de la nourriture de l'Esprit-Saint qui est la parole de Dieu, car il accomplissait ce précepte de l'Apôtre : Aimez votre prochain beaucoup plus que vous-même. Et, en vérité, Gabra Masqal s'y conformait puisqu'il endurait la faim pour rassasier {fol. 116] les autres et la soif pour les désaltérer. Mais Notre-Seigneur ne dit-il pas dans l'Évangile : Bienheureux ceux qui ont faim, car ils se réjouiront et seront rassasiés. C'est pour accomplir ce précepte que Gabra Masqal donnait les trois morceaux de pain qui lui servaient de nourriture. Ce n'était pas par parcimonie qu'il donnait ainsi ses propres aliments, puisqu'il était roi, mais afin de s'attirer la grâce de Dieu. Ensuite il ordonnait à son serviteur de distribuer à ces trois frères d'autres vivres et de la boisson; quand il apercevait des pauvres sans vêtements, il leur en faisait remettre.
Lorsque son serviteur sortait après avoir fait sa distribution à ces trois frères, il les voyait monter au ciel ; car c'étaient trois anges qui venaient trouver GabraMasqal pour éprouver sa charité et le visiter; les anges visitent ainsi, sous la forme de pauvres, tous ceux qui aiment les pèlerins ; Notre-Seigneur aussi les visite et s'arrête dans leurs maisons, de même qu'il se reposa dans la maison d'Abraham; il leur donne les bénédictions qu'il répandit sur ce patriarche et sur sa postérité. C'est ainsi qu'il bénit Gabra Masqal, et c'était un prodige de voir ce roi supporter un jeûne si rigoureux et une soif si ardente, car il ne mangea pendant tout le temps qu'il fut sur le trône que trois morceaux de pain par jour et ne but qu'une seule coupe.
Que sa prière, son intercession, son secours et sa grâce
prolègeiU noire reine Walatla lyasus, ainsi que ses fils Hayla lyasus, Hayla Mika'el, Walada Maryam el ses filles Walalla Maryâm el II i ru la Selasê.