‹ Vie de Lalibala, roi d'ÉthiopieChapitre 42 sur 48 · LALIBALA NE VEUT PAS QUE SON FILS LUI SUCCÈDE; MORT DE LALIBALA · texte numérisé non relu

LALIBALA NE VEUT PAS QUE SON FILS LUI SUCCÈDE; MORT DE LALIBALA

Lorsque le bienheureux et saint Lalibala eut achevé la construction de ces églises, d'après le modèle de celles que Dieu lui avait montrées, il ne voulut pas conserver plus longtemps la charge de la royauté, ni la transmettre à son fils. Mais il dit : « Que Dieu reprenne ces fonctions royales et les fasse revenir {à la maison) d'Israël, car c'est à elle qu'il a dit : C'est pour vous que j'ai créé toutes les nations, et il a aussi juré en ces termes : Ne méprisez pas le peuple de Jacob; ne dédaignez pas le peuple d'Israël, parce que je l'ai choisi parmi tous les peuples. Et le prophète dit : Dieu a juré à David par sa justice, et il ne s'en repentira point * ; il lui a dit : Je placerai ta postérité sur ton trône. Maintenant donc que Dieu fasse retourner ce royaume à la maison d'Israël; qu'il reste désormais à la maison d'Israël; qu'elle occupe le trône; que le Dieu puissant ne conserve pas la royauté plus longtemps à moi et h ma famille. J'ai

1. Ps. ex, 4 : c: L'Éternel l'a juré et il ne s'ea repentira point. y>

achevé la mission pour laquelle il me l'avait donnée luimême par l'intermédiaire de ses anges. »

Ainsi parla le roi Gabra Masqal, qui n'aimait pas les honneurs de ce monde, après avoir terminé son œuvre. Il distribua tous ses biens en aumônes, à tel point qu'il ne lui restait plus de chaussures pour se mettre aux pieds. Il donna des ornements aux églises qu'il avait bâties en tous lieux ; v^ quanta ces dix temples qu'il avait tirés d'une seule pierre, il les dota, comme il convenait à des édifices de ce genre, de . croix et de tentures. Quelques-unes n'eurent que des peinvy tures. Il fit surtout des choses merveilleuses dans le sanctuaire de Golgolha; (la représentation) du corps glorieux de la brebis qui n'est pas dévoré par les vers (?) et plusieurs autres peintures, auxquelles il pensait nuit et "jour (?). Il n'eut pas d'autre pensée, n'eut aucun souci de sa nourriture [fol. 130] ni de ses vêtements et ne se préoccupa ni de sa femme ni de ses enfants, mais seulement de ces églises. Et lorsqu'elles furent complètement terminées, il y fit chaque matin cette prière : Dans ces sanctuaires que lu as élevés par ma main, donne-moi la dîme, ô Seigneur. Et Dieu lui dit : Qu'il soit fait selon ton désir; puisque tu viens le matin dans mon église avec un cœur pur (?), ô mon élu, il en sera ainsi que tu l'as demandé. Tu as achevé ta mission et gardé ta foi; maintenant la couronne brillante des justes t'attend et la porte du royaume des cieux est ouverte pour toi, afin que tu y entres avec joie.

Quelque temps après que Notre Sauveur lui eut adressé ces paroles, le bienheureux Lalibala eut une courte maladie et mourut le 22 du mois de Hazirân*. Son âme fut reçue par les anges de lumière. Gabriel la porta sur ses ailes,

i . Hazirân est le FiOm d'un mois syrien, qui correspond au mois de juin.

pendant que les autres an^es marchaient devant et derrière lui en chantant. Ils la portèrent au ciel. Gabra Masqal reviût à sa demeure éternelle et s'assit à côté de Pierre et de Paul, ainsi que le Sauveur le lui avait promis.

Voilà, mes chers amis, un petit aperçu des vertus de Gabra Masqal, que j'ai composée pour vous, afin de vous procurer de la joie. Que la prière puissante de ce roi soit pour nous tous, qui sommes réunis ici, un casque glorieux pour nos têtes, une auréole (?) resplendissante pour nos visages, un collyre efficace pour nos yeux, des anneaux de grâce pour nos oreilles, une odeur suave pour nos narines, un sceau de justice pour nos lèvres, un manteau joyeux pour nos épaules, une robe triomphale pour nos poitrines, des bracelets de clémence pour nos bras, des bagues d'amour pour nos doigts, des chaussures protectrices pour nos pieds, une boisson rafraîchissante pour notre soif et une manne pour notre faim; que Lalibala nous introduise dans la maison de délices où il est entré lui-même, en nous protégeant à l'ombre de ses ailes et qu'il nous fasse asseoir à la table où il est assis, jusqu'à la fin des siècles. Amen.

Que Dieu fasse miséricorde (et donne en partage) le royaume des cieux à celui qui a écrit et a fait écrire cette histoire, à ceux qui laliront, la traduiront ou en entendront la lecture;, par la prière de Marie, mère de Dieu, par l'intercession de Mikâ'el, de Gabriel, des prophètes, des apôtres, des justes et des martyrs.

Qu'à la requête de Lalibala et de Masqal Rebrâ, il accorde son aide à notre reine Walatta lyasus, à ses fils Hayla lyasus, Hayla Mika'ël, WaldaMâryàm et à ses filles Walatta Maryam et Hiruta Selasê, jusqu'à la fin des siècles. Amen\

1 . Je dois à mon cher maître, M. Josepti Halévy, qui a eu l'obligeance de revoir ma traduction, l'explication de certains passages contenant des allusions dont je ne me rendais pas compte. Je le remercie bien sincèrement de son précieux concours.

LES ÉGLISES MONOUTHES DE LALIBALA

Quatre voyageurs en Abyssinie ont donné dans leur relation de voyage une description des églises monolithes construites par Lalibala ; ce sont dans l'ordre chronologique :

Le P. Francisco Alvarès (chapelain de l'ambassade envoyée en Ethiopie vers 1,^20 par le roi de Portugal Emmanuel) : Verdadeira informaçào das terras do Preste Joào (Rapport véridique sur les pays du Prêtre Jean), ch. lui et liv.

M. Gerhard Rohlfs : Land und Volk in Africa [Berichte ans den Jahren 1865-1870), Bremen, 1870.

M. Achille Raffray : Voyage en Abyssinie et au pays des Gallas Raïas [Bulletin de la Société de géographie de Paris, 2° trimestre 1882). M. Ralîray a publié aussi un travail spécial sur ces églises : Les églises monolithes de la ville de Lalibéla, 14 pages, 20 planches, Paris, 1882, Morel. — Je n'ai pu me procurer ce travail.

M. Gabriel Simon, ancien officier de cavalerie: L'Ethiopie, ses m/'iirs, ses traditions. Le négouss Johannès, les églises monolithes de Lalibéla, avec des plans des églises et des dessins de sculptures. Paris, Challamel aîné, 1885.

L'ouvrage de François Alvarès a été réimprimé en 1883 par l'Imprimerie nationale de Lisbonne. Grâce à l'obligeance de M. Esteves Pereira, bien connu des éthiopisants par sa publication de la Chronique du roi Minas, je possède un exemplaire de cette réédition et je vais donner la traduction des deux

chapitres qui ont trait aux églises monolithes do Lalibala. J'y ajouterai celle des passages de Rohlfs relatifs au même sujet et enfin les descriptions de MM. Achille Raffray [Bulletin de la Société de géographie, 4882) et Gabriel Simon.

M. René Basset, qui est très versé dans la connaissance de l'histoire de l'Ethiopie et qui m'a été d'un grand secours pour la publication de ce mémoire, ainsi que je l'ai déjà dit, a bien voulu me prêter Touvrage de Rohlfs que je n'avais pas et revoir ma traduction des textes allemand et portugais. Je le prie d'agréer mes plus vifs remerciements.

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