‹ Vie de Léon XIIIChapitre 100 sur 148 · LEON XÎU ET LA GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

LEON XÎU ET LA GRANDE-BRETAGNE

la foj des anciennes. générations revient à la vie, comme renaissent les fleurs au printemps. Les vieux préjugés disparaissent et l'amour fraternel , cet amour béni de Dieu et des hommes qui se base sur la vérité, rapproche les intelligences et les volontés. L'esprit de sainte Marguerite remplit l'atmosphère catholique en Ecosse. On commence à rebâtir plus d'un sanctuaire vénéré. D'autres monastères et couvents qui sont comme les rejetons des anciens établissements, s'élèvent partout avec des écoles, des collèges, des institutions de charité et de bienfaisance qui rappellent les plus beaux âges de la foi. Au bord des lacs, au fond des vallons, sur le flanc de quelque montagne sauvage, on entend le matin, le midi et le soir, le son de la cloche qui invite l'homme à la prière et porte l'âme à: Dieu. C'est comme le chant des moines et des religieuses d'autrefois revenant habiter ces lieux chéris. Ainsi les montagnes de l'Ecosse reprennent le manteau de la justice, ainsi ses collines résonnent de ces voix qui proclament la paix de Dieu pour les peuples (1).

Léofl XIII trouva en 1881 une occasion favorable de donner un solennel témoignage de son amour pour l'Angleterre ellemême, celle nation si glorieuse dans, les siècles de foi. II lui exprima les grandes espérances qu'il avait de voir pleinement revivre le catholicisme dans le pays d'Alfred le Grand, et sa ferme conviction que les trois royaumes, une fois unis par la charité, exerceraient une salutaire influence sur les vastes colonies où s'étend leur domination. Cette occasion naquit des relations tout exceptionnelles que les missionnaires appartenant aux ordres religieux avaient eues, en Angleterre et en Er.osse, avec les vicaires apostoliques, et qui continuent en grande partie à subsister après la restauralionde la hiérarchie régulière.

Ces ordres et leurs membres, durant îa longue période des missions, avaient dépendu immédiatement du saint-siège, et indirectement des vicaires apostoliques. Les évêques et les prêtres, depuis Elisabeth, partageaient le sort des fidèles proscrits et persécutés,. Les bénédictins surtout et les jésuites

(1) Psaume lxxi, 3.

avaient tout bravé et tout enduré plutôt que d'abahdonner ces chrétiens véritablement héroïques. Ils vécurent d'abord dispersés, isolés, cachés, traqués comme des bêles fauves, exerçant leur ministère avec mille précautions et au milieu de mille dangers, et payant parfois de leur vie leur courageux dévouement. Ils se hasardèrent ensuite à s'établir dans une demeure fixe, puis à vivre deux ou trois ensemble. Ils espéraient que la longue nuit des persécutions aurait un terme. Vers la fin du siècle dernier seulement , ils osèrent fonder des établissements qui rappelèrent d'une manière imparfaite les églises primitives et les écoles ouvertes à la jeunesse. Tous ces germes se montraient à peine à fleur de terre. Tel le blé d'automne qui survit à un long hiver, à des neiges abondantes et à des gelées rigoureuses, semble redouter les premières chaleurs du printemps.

Ces modestes maisons, ces écoles, ces églises de bénédictins et de jésuites servaient de refuge, quand l'ère de la liberté était à<peine commencée. Par la nécessité même des choses, ïes membres des ordres religieux ne pouvaient guère se conformer aux règles de leur institut et aux prescriptions du droit canonique. Leurs relations avec le peuple, avec le clergé séculier et les évèques se ressentaient de la situation. Toutefois ces hommes apostoliques n'ont jamais cessé un seul instant d'être des» modèles de toutes les vertus sacerdotales et religieuses. Recrutés à peu près toujours dans les bonnes familles, ils n'avaient pas besoin, quand une mort violente menarait sans cesse le prêtre, qu'on leur dît à l'oreille : Noblesse oblige. Avec la restauration de la hiérarchie, il devenait nécessaire de régler la position de ces ordres auxquels la religion, en Angleterre, était si redevable. Il ne s'agissait pas d'opérer des réformes; il fallait simplement faire disparaître toute cause de conflit en matière de juridiction ou toute espèce de malentendu.

En 1880, le souverain pontife nomma une commission cardinalice, qui, avec l'aide des plus habiles canonistes de Rome, devait étudier la question sous toutes ses faces. Léon Xlll examina lui-même à son tour, et avec la plus grande attention, tous les points sur lesquels il avait à prononcer en dernier V

Lt;ON XIII ET LA GRANDE-BRETAGNE.

ressort. Il en résulta la constitution Romanos Pontifices, du 8 mai 1881.

« Que les pontifes romains qui no.us ont précédé , dit le saint-père, aient regardé avec une paternelle affection l'illustre

ia;:Lâ

^g^-^ga^^a=-^^

Fig. 79. — Saint Boniface, de la nation anglaise, va recevoir du pape Grégoire II les pouvoirs nécessaires pour évangéliser l'Allemagne. — Fresque de Henri de Hesse, à Munich. D'après la Vie de saini Boniface, Paris' Schulgen.

nation anglaise, c'est ce qu'attestent les annales de l'histoire et les marques de celte affection énumérées par Pie IX dans sa bulle Universalis Ecclesiœ, du 29 septembre 1830 (1). Comme

(1) Voir ce document dans les Acta PU IXi

384 LÉON XUl.

celte bulle rétablissait en Angleterre la hiérarchie épiscopale, le pape y meltait le comble aux. bienfaits dont la nation anglaise est redevable au âaint-siège.

« En efTet, par cette restauration du gouvernement diocésain, la portion du vaste troupeau de Jésus-Christ, déjà appelée au festin de noces de l'Agneau et devenue membre de son corps mystique, acquit une plus ample et plus stable possession de la vérité et de l'ordre, grâce au régime et au gouvernement de ses évêques.

« La suite des événements a servi merveilleusement les sages desseins du pontife. Il a été permis de célébrer plusieurs conciles provinciaux, dans lesquels on a fait des statuts salutaires réglant toutes les affaires diocésaines; la foi catholique en a reçu des accroissements journaliers, et plusieurs personnes distinguées par leur naissance et leur savoir sont revenues à l'unité de l'Église. Les rangs du clergé ont été largement recrutés. Le nombre des communautés religieuses s'est augmenté dans la même proportion, non seulement pour les ordres réguliers, mais aussi pour les instituts plus récents qui ont rendu de grands services à l'Église et à l'État en élevant la jeunesse et en pratiquant les œuvres de bienfaisance. Partout de pieuses confréries ont été fondées, de nouvelles missions établies, une multitude d'églises bâties, toutes remarquables par la beauté de l'architecture et la magnificence des ornements.

« De plus, on a créé de nombreux asiles pour les orphelins, avec des séminaires, des collèges et des écoles où une multitude d'enfants et de jeunes gens sont élevés dans la pratique de la piété et l'étude des lettpes.

« Le grand mérite qu'il faut louer et reconnaître dans toutes ces œuvres est dû au caractère du peuple delà Grande- Bretagne. Ce caractère se distingue par une invincible cons-^ tance à supporter l'adversité et par une parfaite docilité à recevoir les enseignements de la vérité. Voilà pourquoi Tertullien disait d'eux : « Vritannorum inaccessa Romanis loca, Christo subjecta; les Bretons savaient défendre contre les Romains l'accès de leur paj's, mais ils se soumettaient à la foi de Jésus-Christ (1). » Ce qu'il faut encore plus admirer

(i; Adversus Judxos, c. v.

LÉON. XIl-î ET LA GRANDE BBETAGNE.

dans la Gronde-^Bretagne c est l'infatigable vigilance des évoques, la prompte obéissance de tout le clergé et son zèle toujours actif et intelligent. »

Les matières qui donnaient lieu à controverse sont ensuite exposées, discutées et résolues avec une lucidité et une sagesse admirables, telles qu'on doit les attendre de Rome, le lV))'er de la science, ecclésiastique. Les jugements sur les

Fig. 80. — Le cardinal Manning, arclicvëquc (Je VVestminsler.

points en litige sont formulés avec cet esprit de modération et cette paternelle affection qui donnent le droit de compter sur l'humble soumission et sur la charité muluelle des contestants. II est peu de pièces émanant de la chancellerie romaine qui méritent plus que cette constitution l'élude des canonistes et du clergé.

" Ayant décidé Tes questions qui nous avaient été soumises, continue le souverain pontife, nous espérons que le soin consciencieux avec lequel nous les avons étudiées et résolues ai-

LEON XUI.

dera beaucoup à consolider la paix et à favoriser l'accroissement de la religion catholique en Angleterre... L'amour paternel que les évêques portent à leurs collaborateurs et le respect que le clergé professe pour ses évêques demandent qu'il règne entre eux la plus grande concorde. Elle est nécessaire à leur œuvre commune, le salut des âmes... Elle est indispensable en vue des attaques incessantes des ennemis du nom catholique. La concorde est une source de force. Elle donne au faible le courage d'accomplir de grandes choses. Elle est aussi le signe par lequel on distingue les vrais disciples de Jésus-Christ de ceux qui prétendent l'être (1). »

Cette concorde tant désirée, Léon XIII s'efforce aussi de l'établir entre l'Angleterre et l'Irlande, comme nous allons le voir dans le chapitre suivant.

(i)Acta, II, p. 22" et suivantes. —Recueil deBruses et de Lille, l.ll, p. 189.

D'après une miniature d'une Apocalypse du XllI" siècle. Cibl. de M. Ambr. Firmin-Didot.

Page 1