‹ Vie de Léon XIIIChapitre 99 sur 148 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Liberie de rÉsIisedaus les possessions anglaises. — Reconnaissance des papes.

— Agilation passagère, en I80O, quand lahicrachie catholique est rùtahlie. — Progrés et prospérité de l'Église dans la Grande-Bretagne, de 1850 à iS'îS. — Renaissance du calliolicisnie en Ecosse. — Pai-t des émigrés irlandais dans celte renaissance. — Léon XIII complète l'œuvre de Pic IX et rétablit en Ecosse la hiérarchie catholique. — Bulle et constitution Rornanos ponlificcs. — Dévouement lièroïquc en Angleterre des missionnaires bénédictins et jésuites.

— La constitution règle leurs rapports avec la nouvelle hiéi'archie. — ArTeclion traditionnelle des papes pour la race anglaise. — Caractère national, d'après Léon XIII. — Décision du saint-pére accueillie avec soumission.

UAND on réfléchit soit aux persécutions que i'Eylise endure chez des peuples autrefois la gloire du nom chrétien, soit aux entraves que le pouvoir civil, che'/; des nations catholiques, ne cesse d'opposer à la liberté de l'épiscopat dans l'exercice de son ministère et même aux droits du saint-siège dans ses rapports avec les fidèles et les pasteurs, on ne saurait s'étonner de voir Léon XIII et ses prédécesseurs regarder avec bienveillance et traiter avec égard la Grande-Bretagne et les États-Unis, où la plus entière latitude est laissée à TÉglise, au souverain pontife, auxévêques et aux prêtres de faire tout le bien qu'ils peuvent à leurs peuples.

En Angleterre, il y eut un réveil violent, mais passager, de l'ancien fanatisme antiromain] quand Pic IX, en 1850, rétablit la hiérarchie épiscopale dans ce royaume. La tourmente ne dura pas. L'opinion publique fut bientôt éclairée sur la naturi; et Ja

}iortéc de l'acte poufifical. La reine elle-même, qui uvail d"a-

LEON XllI ET LA GRANDE-DRETaGNË. 3"B

bord subi l'influence de lord Russell, son premier minisire, s'aperçut bien vite que Pie IX n'en voulait ni aux prérogatives de sa couronne ni à l'intégrité de ses États, et aussitôt elle calma ses inquiétudes. On eut un peu honte d'avoir fait celle levée de boucliers contre le cardinal Wiseman. Cat eminent personnage devint si célèbre, si populaire à cause de son savoir et de son éloquence, que les deu.K chambres anglaises prenaient un congé pour aller entendre une de ses belles conférences sur les arts industriels.

Il ne fut pas difficile à une nation sage de constater que l'Église catholique serait, en Angleterre, un des plus fermes boulevards de l'ordre public et de la constitution.

De 1830 à 1877, le catholicisme fit de rapides progrès dans ce royaume. Collèges, couvents, monastères, riches cathédrales, belles églises paroissiales avec écoles primaires, académies, orphelinats, hôpitaux, asiles pour la vieillesse, refuges pour le jeune âge semblaient sortir de terre comme par enchantement.

Chacun des nouveaux diocèses devint un centre de vie religieuse et d'activé propagande. Les adversaires les plus haineux du catholicisme durent reconnaître et avouer que cette renaissance delà religion d'Alfred le Grand et d'Edouard le Confesseur promettait un surcroît de bonheur au peuple anglais, et affermissaftla base de ses institutions. Celles-ci remontaient aux plus beaux siècles catholiques. C'étaient les fils de l'antique Église qui les avaient établies et consoUdées ; leurs descendants avaient le droit irrécusable d'en partager les avantages.

Ainsi, bien que dans la vie politique du siècle actuel et dans les luttes parlementaires, les catholiques nesesoientpas souciés d'exercer une infliuence marquante, néanmoins la vie divine a pris un vigoureux accroissement sur toute l'étendue de l'île. Elle ressemble aux jeunes arbres d'une forêt. Quand le temps fixé pas la nature et par la Providence est arrivé, ceux-ci s'élèvent, étendent leurs rameaux et parviennent à la hauteur de leurs aînés. Quelle joie si l'abbaye de Westminster est rendue, un jour à sa destination primitive et si Saint-Paul de-Londres devient une église catholique!

L'Ecosse, que le génie de Scott a fuit connaître et aimer

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de toute la terre, lé pays pittoresque de sainte Marguerite, de Malcolm, son héroïque époux, et de leur fils saint David, a vu la foi des ancienp jours s'accroître et se fortifier dans son sein comme en Angleterre. Celle loi, chez plusieurs des clans celtiques, co^ime les Mac-Donald et les Frazer, était demeurée ferme au milieu des plus terribles persécutions, semblable au chêne de leurs montagnes au milieu des tempêtes. Ces clans, il est vrai, avaient émigré dans la Nouvelle-Ecosse, à File du Prince-Edouard ou dans le Haut-Canada, mais ils avaient laissé sur le vaste sol de la patrie des rejetons aussi vigoureux et aussi vivaces que Varbre lui-même.

Les Irlandais, également de race celtique, avaient apporté en Ecosse, avec leur riche pauvreté, celte foi et ces vertus surnaturelles que des siècles de souffrances endurées pour Dieu avaient purifiées et élevées. Ils avaient pris , en venant en Ecosse, la route qu'avait suivie autrefois saint Colomban, dont Montalembert a si noblement parlé (1). Les germes deleur foi ne tornbèrent pas sur une terre ingrate.

Il y eut un temps où les apôtres venant de l'Irlande étaient partout les bienvenus sur le sol de la Grande-Bretagne et oii les hommes les plus remarquables que cette nation possédât, comme saint Dunstan, étaient dans l'habitude de traverser la mer pour fréquenter les écoles si vantées de l'Irlande. Tous savent quelle hospitalité leur était fournie : on les logeait, on les nourrissait, on les instruisait. Tout abondait alors dans la verte Erin, le lait et le miel, la sainteté et la science. Et tout se donnait gratuitement, comme doiventse communiquerles dons de Dieu.

Les deux îles étaient séparées par la mer; mais l'amour fraternel semblait avoir fait disparaître cet obstacle, tant était grande l'union des cœurs entre les deux peuples, tant les communications étaient fréquentes. On les, appelait les îles sœurs. El maintenant la foi des pauvres émigrés que la famine menace chaque année, dans les beaux vallons où saint Colunib-Kill avait construit ses premiers monastères, ne sera-t-elle pas comme une semence bénie pour l'Ângletepre et l'Ecosse? Ne

ii) Les Moines d'Ocàdenj^l. iSt c il.

LÈO>t Mil ET LA GRANDR-BRETAGNK.

servira-l-elle pas à préparer celte ère de paix et de charité -qu'appellent les vœux de Léon XIII, que hâtent les prières et

Pig. 77. i.c cardinal Wiseman.

les efforts de tout ce qu'il y a dans les trois royaumes de plus saint et de plus grand?

Un triomphe pour le christianisme, semblable à celui que vit

378 LÉox xiit.

le monde aux jours de Constanliri, dépend de la réconciliation de l'Angleterre et de l'Ecosse avec l'Irlande (1).

Léon XIII saisit avec empressement l'occasion qui s'offrait à lui, au seuil même de sa carrière pontificale, de compléter l'œuvre de Pie IX et de faire en Ecosse ce que celui-ci avait exécuté en Angleterre : ressusciter la hiérarchie épiscopale. Les expressions si vivement senties dont le pape se sert dans sa lettre, Ex supremo aposlolatus apicc, et dans sa première allocution (2), prouvent que le pontife nourrit une affection spéciale pour ces îles de l'ouest, d'oii sont partis les essaims de hardis et intelligents colons, qui ont fondé au delà des mers ces grands Étals oîi l'Eglise, dans l'avenir, régnera glorieusement. C'est un bon augure pour le saint-père de commencer son règne en reconstruisant le bel édifice bâti en l'honneur de l'Église, sous les auspices de sainte Marguerite et de son royal époux.

Citons les paroles mêmes de Léon XllI : " Du sommet de la dignité apostolique où nous venons d'être élevé par les conseils de la divine bonté, sans aucun mérite de notre part, les pontifes romains nos prédécesseurs avaient coutume de porter sans cesse les yeux, comme de la cime d'une haute montagne, sur les diverses parties du champ du Seigneur, afin de découvrir ce qui était le plus nécessaire à l'état actuel, à la beauté, à la stabilité de toutes les églises. Leur principale sollicitude les portait, en proportion des lumières venant d'en-haut, ou à ériger de nouveaux sièges épiscopaux dans les différents pays, ou à rappeler à- la vie ceux qui avaient péri par le malheur des temps...

'< Notre prédécesseur de sainte mémoire. Pie IX, dont nous déplorons tous la mort si récente, voyant dès le commencement de son pontificat-les progrès accomplis par les missions dans le royaume d'Angleterre, progrés qui permettaient de rétablir la forme régulière du gouvernement ecclésiastique tel qu'il existe en d'autres pays catholiques, rendit à cette nation sa hiérarchie épiscopale""-..

" Le cœur si bon du pontife éprouva un vif regret de ne.

(I) Voir, sur riilan(le,Tli. Moore et El. Rcgnault.

<-2) Acta L,conift .Mil, P. M. La ktlrc aposioliqueest du 4 mars 18'?.

ris- 18. .— La Grande-Urclagiicit\i)it de Koiuc le Ijicnlail de la fui. — Le pape saint Grégoire'bénil les missionnaires qu'il envoie pour convertir l'Ansleterre. D'après une miniature d'un nis. du X" siècle

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pouvoir fail e partager à l'Ecosse les bienfaits de celte restauration. Et ce qui ajoutait à sa douleur, c'était la pensée que le catholicisme avait jadis porté en Ecosse d'aussi glorieux fi'uits... Ce que notre prédécesseur ne putcQnsommeri prévenu comme il fut par la mort, Dieu, si abondant en miséricorde et si grand dans ses œuvres, nous permet de l'accomplir, afin que nous puissions aussi commencer sous d'heureux auspices le pontificat que nous avons accepté avec tremblement...

« En conséquence, de notre propre mouvement, de science certaine et en vertu de l'auloritéque nous possédons sur l'Eglise universelle, à la plus grande gloire du Dieu tout-puissant, pour l'êxallation de la foi catholique, nous décidons et décrétons que, dans le royaume d'Ecosse, la hérarchie des évêques ordinaires soit par les présentes rétablie en conformité avec les prescriptions des canons. Ces évéques seront appelés aux sièges que nous érigeons et constituons en une seule province ecclésiastique (1). »

Nous omettons tout le détail des divers évêchés et de leurs délimitations géographiques. Voici la conclusion : « Que les évêques soient bien assurés que nous leur viendrons en aide par notre autorité apostolique, en tout ce qui regarde l'avancement de la gloire de Dieu et l'avantage spirituel de leurs peuples... Et puisque l'état actuel de l'Ecosse est tel, qu'il n'y a pas de biens suffisants pour l'entretien des ministres de Jésus-Christ et les besoins de leurs églises respectives,, nous nourrissons l'espoir que nos bien-aimés enfants les catholiques écossais, aux pressantes sollicitations desquels nous avons cédé en restaurant la hiérarchie, continueront à fournir avec une libéralité plus large encore, par leurs aumônes et leurs dons, les moyens nécessaires aux pasteurs que nous leur donnons pour rétablir les sièges épiscopaux, à orner les temple , à ajouter à la solennité du culte divin, à secourir le clergé et les pauvres et à subvenir à toutes les nécessités de l'Eglise (2). »

Ainsi, dans la terre classique des Bruce que ses enfants aiment d'un cœur si passionné, si plein d'un orgueil légitime,'

(i) Voir ce document d'une grande imporlance dans les Actes de Léon XIIJ. (2) Ada, I, <-lG.

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